RFI : l'ONU affirme qu'une concentration récente de troupes de la rébellion des Forces de Soutien Rapide laisse craindre une offensive imminente sur El-Obeid. Est-ce que vous avez les mêmes informations ?
Roland Marchal : Oui, on le sait effectivement. Les observateurs soudanais, depuis pratiquement une semaine, mentionnent l 'arrivée au nord d’El-Obeid de troupes qui viennent soit de la frontière libyenne, soit du Darfour et qui constituent aujourd'hui une masse, disons, combattante, pour attaquer la capitale du Kordofan du Nord.
Et pourquoi visent-ils cette ville de quelque un million d'habitants de El Obeid ?
Parce qu'El-Obeid est la capitale historique du Kordofan, avant de devenir celle du Kordofan du Nord, et surtout le dernier grand verrou stratégique qui ouvrirait la route vers Khartoum, mais aussi vers la province du Nil Blanc, donc plus au sud de la capitale soudanaise, ce qui permettrait aux Forces de Soutien Rapide, si elles réussissaient, de reprendre pied dans les régions agricoles les plus riches du pays et peut être, à terme, de faire la jonction avec les troupes qui se battent dans la province du Nil Bleu. Ce qui, évidemment, constituerait une défaite stratégique importante pour les forces armées régulières et le gouvernement qui, aujourd'hui, est à Khartoum.
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, déclare : « Nous ne devons pas permettre que les horreurs d'El-Fasher se répètent à El-Obeid » ?
Alors, compte tenu de l'histoire de cette guerre, on peut évidemment craindre beaucoup. Cependant, un analyste doit quand même rappeler que la perception d’El-Obeid par les Forces de Soutien Rapide est quand même très différente de celle d'El-Fasher. El-Fasher était la capitale du groupe Zaghawa, qui a fourni l'essentiel des combattants aux forces conjointes alliées, des forces régulières qui se sont battues avec détermination dans tout le Darfour contre les Forces de Soutien Rapide, et qui se battent aujourd'hui également au Kordofan, et qui constituent sans doute l'un des alliés militaires les plus importants des forces armées régulières. Donc, l'identification d'El-Fasher comme la capitale de nos ennemis les plus jurés ne fonctionne pas pour El-Obeid. On peut imaginer, mais en étant optimiste ou très optimiste même, que du coup, les violences contre les populations civiles ne seront pas de la même intensité. Ceci dit, depuis ces dernières semaines, on voit les Forces de Soutien Rapide multiplier les frappes sur des infrastructures d'El-Obeid, des infrastructures civiles qui visiblement visent à terroriser la population et à l'inciter à fuir la capitale du Kordofan du Nord pour rejoindre Khartoum ou quelque autre endroit, de façon à ce qu'El-Obeid soit plus facile à prendre.
En février dernier, une mission d'enquête de l'ONU a fait état d'actes de génocide commis en octobre dernier par les Forces de Soutien Rapide à El-Fasher. Est ce que cette accusation très grave peut dissuader le général Hemedti de commettre de nouvelles atrocités ?
Écoutez, je ne crois pas que les atrocités qui ont été commises à El-Fasher, et autour d’El-Fasher, étaient au sens plein ordonnées par le général Hemedti. Lui a des ambitions politiques nationales dont on peut penser ce qu'on veut par ailleurs, mais il sait très bien que la communauté internationale intègre tout à fait ces violences dans son passif et que ces actes de génocide constitueront demain une difficulté très grande dans son approche de la communauté internationale. Donc, lui, certainement a été plus prudent, plus réservé. Le problème, c'est évidemment sa capacité de contrôler ses propres troupes, alors qu'à El-Fasher, c'était vraiment une vengeance historique contre le groupe Zaghawa.
Vendredi dernier, l'envoyé spécial d'Antonio Guterres au Soudan a appelé au téléphone le général Hemedti pour lui demander d'éviter toute action qui pourrait aggraver la situation humanitaire. Est-ce que vous savez ce qu'a répondu le chef des Forces de Soutien Rapide ?
Le général Hemedti a été, comme il sait l'être, quelqu'un de très responsable, à l'écoute des demandes de la communauté internationale. Il a évidemment souscrit à toutes ses demandes. Il a annoncé que ses troupes organiseraient et autoriseraient la sortie des civils de la capitale du Kordofan du Nord. Et que ces civils seraient protégés, qu'il n'y aurait pas de violence systématique contre ceux-ci. Mais si vous voulez, encore une fois, depuis le début de la guerre, le général Hemedti a multiplié les assurances sur le bon comportement de ses troupes. Et sauf à penser qu'il est un menteur irréductible, on peut imaginer qu'il a été, à certains moments, de bonne foi et qu'il a été trompé par ses propres troupes.
Samedi dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé, je cite, « tous les membres de l'ONU à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures du Soudan ». Mais donc, les alliés des Émirats arabes unis que sont les Américains et les Français n'arrivent pas à être entendus par les Emiratis ?
Je crois qu'ils sont entendus. Mais les Emiratis ont la volonté, en tous les cas, de changer sans doute la nature du pouvoir aujourd'hui au Soudan, ce qui les rend extrêmement réticents.
Roland Marchal : Oui, on le sait effectivement. Les observateurs soudanais, depuis pratiquement une semaine, mentionnent l 'arrivée au nord d’El-Obeid de troupes qui viennent soit de la frontière libyenne, soit du Darfour et qui constituent aujourd'hui une masse, disons, combattante, pour attaquer la capitale du Kordofan du Nord.
Et pourquoi visent-ils cette ville de quelque un million d'habitants de El Obeid ?
Parce qu'El-Obeid est la capitale historique du Kordofan, avant de devenir celle du Kordofan du Nord, et surtout le dernier grand verrou stratégique qui ouvrirait la route vers Khartoum, mais aussi vers la province du Nil Blanc, donc plus au sud de la capitale soudanaise, ce qui permettrait aux Forces de Soutien Rapide, si elles réussissaient, de reprendre pied dans les régions agricoles les plus riches du pays et peut être, à terme, de faire la jonction avec les troupes qui se battent dans la province du Nil Bleu. Ce qui, évidemment, constituerait une défaite stratégique importante pour les forces armées régulières et le gouvernement qui, aujourd'hui, est à Khartoum.
Le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, déclare : « Nous ne devons pas permettre que les horreurs d'El-Fasher se répètent à El-Obeid » ?
Alors, compte tenu de l'histoire de cette guerre, on peut évidemment craindre beaucoup. Cependant, un analyste doit quand même rappeler que la perception d’El-Obeid par les Forces de Soutien Rapide est quand même très différente de celle d'El-Fasher. El-Fasher était la capitale du groupe Zaghawa, qui a fourni l'essentiel des combattants aux forces conjointes alliées, des forces régulières qui se sont battues avec détermination dans tout le Darfour contre les Forces de Soutien Rapide, et qui se battent aujourd'hui également au Kordofan, et qui constituent sans doute l'un des alliés militaires les plus importants des forces armées régulières. Donc, l'identification d'El-Fasher comme la capitale de nos ennemis les plus jurés ne fonctionne pas pour El-Obeid. On peut imaginer, mais en étant optimiste ou très optimiste même, que du coup, les violences contre les populations civiles ne seront pas de la même intensité. Ceci dit, depuis ces dernières semaines, on voit les Forces de Soutien Rapide multiplier les frappes sur des infrastructures d'El-Obeid, des infrastructures civiles qui visiblement visent à terroriser la population et à l'inciter à fuir la capitale du Kordofan du Nord pour rejoindre Khartoum ou quelque autre endroit, de façon à ce qu'El-Obeid soit plus facile à prendre.
En février dernier, une mission d'enquête de l'ONU a fait état d'actes de génocide commis en octobre dernier par les Forces de Soutien Rapide à El-Fasher. Est ce que cette accusation très grave peut dissuader le général Hemedti de commettre de nouvelles atrocités ?
Écoutez, je ne crois pas que les atrocités qui ont été commises à El-Fasher, et autour d’El-Fasher, étaient au sens plein ordonnées par le général Hemedti. Lui a des ambitions politiques nationales dont on peut penser ce qu'on veut par ailleurs, mais il sait très bien que la communauté internationale intègre tout à fait ces violences dans son passif et que ces actes de génocide constitueront demain une difficulté très grande dans son approche de la communauté internationale. Donc, lui, certainement a été plus prudent, plus réservé. Le problème, c'est évidemment sa capacité de contrôler ses propres troupes, alors qu'à El-Fasher, c'était vraiment une vengeance historique contre le groupe Zaghawa.
Vendredi dernier, l'envoyé spécial d'Antonio Guterres au Soudan a appelé au téléphone le général Hemedti pour lui demander d'éviter toute action qui pourrait aggraver la situation humanitaire. Est-ce que vous savez ce qu'a répondu le chef des Forces de Soutien Rapide ?
Le général Hemedti a été, comme il sait l'être, quelqu'un de très responsable, à l'écoute des demandes de la communauté internationale. Il a évidemment souscrit à toutes ses demandes. Il a annoncé que ses troupes organiseraient et autoriseraient la sortie des civils de la capitale du Kordofan du Nord. Et que ces civils seraient protégés, qu'il n'y aurait pas de violence systématique contre ceux-ci. Mais si vous voulez, encore une fois, depuis le début de la guerre, le général Hemedti a multiplié les assurances sur le bon comportement de ses troupes. Et sauf à penser qu'il est un menteur irréductible, on peut imaginer qu'il a été, à certains moments, de bonne foi et qu'il a été trompé par ses propres troupes.
Samedi dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a appelé, je cite, « tous les membres de l'ONU à s'abstenir de toute ingérence dans les affaires intérieures du Soudan ». Mais donc, les alliés des Émirats arabes unis que sont les Américains et les Français n'arrivent pas à être entendus par les Emiratis ?
Je crois qu'ils sont entendus. Mais les Emiratis ont la volonté, en tous les cas, de changer sans doute la nature du pouvoir aujourd'hui au Soudan, ce qui les rend extrêmement réticents.