Soudan du Sud: à Old Fangak, les déplacés de Leer tentent de se reconstruire

Malgré l'accord de paix signé en 2018 entre le président Salva Kiir et son vice-président Riek Machar, des tensions persistent entre les forces de l’opposition et celles du gouvernement. En mars, des milices armées ont dévasté le comté de Leer, un bastion de l’opposition. Des civils ont trouvé refuge à Old Fangak, une ville déjà surpeuplée avec l’arrivée de populations qui ont fui les inondations.



 
C’est près d’un bâtiment colonial en ruine, entre le marché et la digue qui protège Old Fangak des inondations, que les déplacés de Leer, se sont entassés. Bargate Gatjang a 35 ans. Mi-mars, il a dû fuir son village de Rupkong lorsque des hommes en armes ont lancé un assaut.
 
« Je ne peux pas vraiment expliquer ce qui s’est passé. Ils sont arrivés et ont commencé à tirer. Nous avons fui pour sauver nos vies. Nous nous sommes cachés dans les marécages, mais ils nous ont suivis et ont recommencé à tirer. Je ne sais pas pourquoi ils voulaient nous tuer, raconte Bargate Gatjang. Le village a été entièrement détruit. Nos réserves de nourriture ont été pillées et nos maisons brûlées. Il n’y a plus personne là-bas. Beaucoup sont morts. J’ai perdu six membres de ma famille. Cette attaque a duré cinq ou six jours. Quand on a réalisé qu’on ne pourrait pas tenir, on a décidé de venir ici. »
 
C’est sur un radeau traditionnel fabriqué dans l’urgence que Bargate Gatjang a navigué dans les marécages et dérivé sur les rivières pour atteindre Old Fangak, à plus de 100 km de chez lui.
 
40 000 déplacés
En attendant l’aide alimentaire du Programme alimentaire mondial, les déplacés survivent grâce à la solidarité des habitants d’Old Fangak. Elizabeth Nyakuow Nyot a 40 ans et a, elle aussi, fait le trajet sur un radeau avec ses six enfants. « Obtenir de la nourriture est vraiment un problème. Nous sommes nouveaux ici, et même des nénuphars, nous avons du mal à en trouver. Les gens partagent ce qu’ils ont avec nous pour que l’on puisse cuisiner pour nos enfants, confie cette mère de famille. C’est vraiment difficile. Nous n’avons rien pris avec nous à part les vêtements que nous portions. Nous avons fui pour sauver notre peau. »
 
Pour Elizabeth Nyakuow Nyot, difficile de se fier aux annonces de progrès dans le processus de paix. Elle n’imagine pas pouvoir retourner à Leer prochainement : « Il y a de la défiance. Ce n’est pas la première fois qu’ils font la paix à Juba et qu’ensuite la guerre reprend. Ça va prendre du temps pour construire la confiance. Nous attendons de voir. »
 
En mai, les Nations unies ont observé une accalmie dans le comté de Leer et estimé à 40 000 le nombre de déplacés. Les attaques ont fait 181 morts, dont 23 enfants. 101 cas de violences sexuelles ont également été documentés. Des violences dont le gouvernement « porte la responsabilité », selon l’instance de surveillance du cessez-le-feu.

RFI

Jeudi 14 Juillet 2022 11:28


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