Tabagisme à Dakar : entre dépendance, regret et lutte pour l'arrêt



La cigarette fait partie du quotidien de nombreux Dakarois. Pour certains, elle est née d'une simple curiosité ou de l'influence des pairs. Pour d'autres, elle est devenue une dépendance difficile à vaincre. Témoignages et éclairages sur un fléau aux multiples visages.

Moussa Diallo, 31 ans, boulanger, raconte avoir commencé très jeune. « J’avais aucun souci, je voulais juste essayer comme mes amis. Maintenant, je ne peux plus arrêter », confie-t-il.

Aujourd'hui, il consomme un paquet par jour. Ses tentatives d'arrêt ont échoué. « J’ai essayé d’arrêter. J’ai voulu rester un jour sans fumer, mais à 14h, je ne voyais plus rien. Mes yeux étaient rouges, je n’étais pas de bonne humeur », témoigne-t-il.

Pour d’autres, la cigarette reste une consommation occasionnelle. C’est le cas de Souleymane Baldé, 24 ans, boutiquier : « Je fume juste de temps en temps car ça me fait du bien. »

Mais derrière cette consommation se cachent parfois des difficultés personnelles. Samba Dème, 22 ans, marchand ambulant, dit avoir commencé à fumer il y a trois ans, alors qu’il traversait des problèmes familiaux. « Je me suis tourné vers l’alcool, le tabac entre autres. Aujourd’hui, je regrette car je n’arrive jamais à arrêter. Presque tout ce que je gagne, j’achète ces machins », explique-t-il.

Après plusieurs années de consommation, Mohammed Sané, 41 ans, a décidé de tourner la page. Aujourd’hui ancien fumeur, il revient sur les difficultés de son sevrage. « Au début, ce n’était pas facile. J’avais souvent envie de reprendre une cigarette, surtout dans les moments de stress. J’étais aussi plus irritable. Mais avec le temps, j’ai réussi à tenir ».
« Je me sens mieux et je ne regrette pas d’avoir arrêté »

Pour Mohammed, l’arrêt du tabac a été un véritable combat contre une habitude devenue dépendance. « Maintenant, je me sens mieux et je ne regrette pas d’avoir arrêté ». 
Face à ces témoignages, les professionnels de santé alertent sur les dangers du tabagisme. 

Pour la médecin Racky Badiane, le tabac peut avoir de lourdes conséquences sur la santé, notamment en favorisant les maladies cardiovasculaires, les problèmes respiratoires et certains cancers. La nicotine entraîne également une dépendance qui peut rendre l’arrêt particulièrement difficile.

Au-delà des conséquences physiques, la consommation de tabac peut aussi être liée à un contexte social plus large. Pour Cheikh Fall Gueye, étudiant en sociologie, « il y a une réalité que personne ne soulève. C’est facile de juger. La jeunesse sénégalaise s’adonne aujourd’hui au tabac et autre, d’une part à cause du chômage. Quand on n’a pas une occupation, c’est facile de se noyer dans de mauvaises pratiques ».

Selon lui, le tabac peut alors devenir une forme d’échappatoire : « Le tabac est pour ces jeunes un moyen de s’évader et d’oublier les réalités du pays ». 

Derrière chaque cigarette, une trajectoire unique : curiosité, influence, plaisir ou détresse. Mais une fois la dépendance installée, arrêter peut s’avérer beaucoup plus difficile que prévu.

Hapsatou Kane (stagiaire)

Lundi 17 Aout 2026 20:34


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