Tunisie: retour sur un été 2026 caniculaire, révélateur des vulnérabilités du pays



En Tunisie, après un été caniculaire rythmé par les coupures d'eau, les Tunisiens entament une rentrée avec des problèmes d'approvisionnement en eau minérale. Bien que le retour à la normale se fasse progressivement, les crises de cet été gérant des comportements de stockage ou d'adaptation face à un manque grandissant de confiance dans la capacité de l'Etat à aider.

Dans le centre-ville de Nabeul à 60 kilomètres de Tunis, à la mi journée, difficile de trouver une bouteille d'eau dans les commerces de proximité, comme l'explique Skander, commerçant d'une supérette : « C'est pas une crise qu'on a eu, ce sont des crises en continu, l'électricité, l'eau, les bouteilles d'eau, les problèmes de pénuries de certains produits. Bon, après, le citoyen a sa part de responsabilité. Ici, par exemple, on me livre de nouveau de l'eau en bouteille, deux palettes par jour d'une vingtaine de packs. D'habitude ça me tient sur trois jours, là tout part en deux heures, les gens continuer de stocker chez eux, par peur.»
                                         
Manque d'anticipation

Son frère, Ahmed, qui a dû gérer les coupures d'eau dans la maison familiale avec deux parents malades estime qu'il s'agit aussi d'un manque d'anticipation des autorités : « Moi, en tant que citoyen, je suis au courant qu'on est le quatrième pays consommateur d'eau embouteillée au monde et que l'on consomme environ sept millions de litres par jour pendant l'année. »
 
« Donc, poursuit-il, avec la canicule et le pic de consommation l'été, vous allez me dire que les autorités ne pouvaient anticiper un minimum ? Il y a des problèmes dans la prise de décision et aussi certaines lois qui sont passées ces dernières années qui empêchent de faire des stocks stratégiques pour les petits commerçants. Franchement, ça a été très dur de gérer ça et moi, ce qui me fait peur, c'est que ça ne va pas aller mieux l'année prochaine parce que les températures vont en augmentant. »
 
Le syndicat des producteurs de boissons non alcoolisés a annoncé prévoir un stock stratégique de 200 millions de litres d'eau embouteillée pour l'année prochaine afin de faire face à la hausse de la demande. Les problèmes de stress hydrique, de sécheresse et de dépendance énergétique sont diagnostiqués depuis des années en Tunisie. L'été 2026 a mis à jour des problèmes de gouvernance pour faire face aux crises.
 
Avoir « une vision globale »

Pour l'expert en politiques agricoles Faouzi Zayani, les défis auxquels la Tunisie va être de nouveau confrontée montrent qu'il est nécessaire d'avoir une vision plus large du problème : « Tout a été dit, il y a plein d'experts, beaucoup de compétences nationales. Le problème c'est qu'on le dit depuis des années et la situation s'aggrave. Donc il n'y a pas de "tirer les leçons", il n'y a pas de "réformer en profondeur." »
 
« Les prix grimpent et avec les changements climatiques, la Tunisie est pointée du doigt, continue cet expert. En Afrique du Nord, c'est un des pays qui sera le plus touché par les changements climatiques. Et qu'est-ce qu'on fait ? Nous, je ne vois pas de stratégie, je ne vois pas de vision. Ce n'est que des visions fragmentées, temporaires, en fonction des problèmes. Donc on est en train de faire le travail du sapeur-pompier en quelque sorte. Ça c'est inquiétant parce qu'il faut une vision globale, une vision à court, moyen et long terme. Et surtout la transparence, je pense que la transparence manque. »

RFI

Dimanche 13 Septembre 2026 11:07


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