Uemoa : le problème n’est pas la France, mais notre incapacité stratégique (Dr Seydou Bocoum, Economiste hétérodoxe)



UN SYSTÈME HÉRITÉ QUI CONTINUE DE PRODUIRE SES EFFETS

Le fonctionnement de l'UEMOA repose sur une architecture où le franc CFA centralise la stabilité monétaire au prix de la souveraineté économique. Malgré la réforme de 2019 retrait français des instances de décision, fin du dépôt obligatoire des réserves la parité fixe avec l'euro (1€ = 655,957 FCFA) contraint la BCEAO à aligner sa politique sur celle de la Banque centrale européenne. Les règles héritées orientent les choix économiques vers la stabilité des prix et restreignent les marges de manœuvre stratégiques des États.

UNE COMPÉTITION POLITIQUE QUI DÉTRUIT LA VALEUR COLLECTIVE

La compétition politique dans la zone se traduit par une lutte pour l'accès aux ressources plutôt que par l'amélioration des politiques publiques. Cette dynamique fragmente les élites et empêche toute stratégie de long terme. Les crises récurrentes ont poussé l'UEMOA à dévier de son cœur de métier la monnaie et l'économie pour imposer des sanctions, révélant une perte de souveraineté interne. Le confort immédiat prime sur la transformation collective. L'État s'affaiblit là où il devrait structurer, et les citoyens paient le prix d'une gouvernance qui confond pouvoir d'État et prébendes personnelles.

UNE ÉCONOMIE DE RENTE AU LIEU D'UNE ÉCONOMIE DE PRODUCTION

Le cadre actuel privilégie la captation de rentes sur la création de richesse. Dépendantes des matières premières et des flux extérieurs, les économies de la zone peinent à industrialiser face à des coûts prohibitifs de l'énergie et de la logistique. La croissance affichée masque une position périphérique dans les chaînes de valeur mondiales, où la valeur ajoutée échappe aux pays producteurs. Sans maîtrise des facteurs de production essentiels, la croissance reste un leurre statistique qui ne se traduit ni par emploi qualifié ni par souveraineté alimentaire.

LA VRAIE BATAILLE : LE CONTRÔLE DES RÈGLES DU JEU

Les acteurs dominants ne participent pas au marché : ils en fixent les règles. Tant que l'Union ne développera pas une capacité collective à redéfinir ses institutions monnaie, normes financières, stratégies industrielles elle restera exécutante d'une stratégie écrite ailleurs. Le projet ECO prévu pour 2027, avec son taux de change flexible, en témoigne : la souveraineté monétaire réelle peine à émerger, seuls deux pays sur quinze remplissant les critères de convergence. La véritable souveraineté ne réside pas dans les ressources possédées, mais dans la maîtrise des mécanismes qui organisent leur exploitation.

Dr Seydou Bocoum
Economiste hétérodoxe

Dr Seydou Bocoum

Dimanche 26 Avril 2026 11:13


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