À son entrée dans le vélodrome, dans la roue de Tadej Pogacar, une clameur a envahi les tribunes. Puis un silence presque inquiet. Comme si chacun redoutait un nouvel incident, une chute, un coup du sort de plus. Mais cette fois, rien n’est venu entraver sa route : Van Aert a dominé le Slovène au sprint pour s’offrir enfin la victoire qu’il poursuivait depuis toujours.
« J’ai encore peur de me réveiller de ce très beau rêve », a-t-il confié, encore incrédule.
Une victoire pour “boucler la boucle”
Coureur complet, capable de s’imposer sur tous les terrains, Van Aert compte désormais 52 victoires à son palmarès. Mais ce succès dépasse les statistiques. Après Milan-San Remo 2020, il décroche un deuxième Monument, et surtout celui qui manquait à son histoire.
« C’est le sens de ma vie, et de celle de ma famille, qui m’a mené à une journée comme celle-ci. J’ai chassé ça si longtemps », a-t-il expliqué, ému.
Une carrière marquée par les épreuves
Car le chemin vers ce triomphe a été semé d’embûches. Les cicatrices sont encore visibles : une lourde chute sur la Vuelta 2024, des fractures à la clavicule et aux côtes sur À Travers la Flandre, ou encore ses chutes sur le Tour de France 2019 et en cyclo-cross à Mol.
Sur Paris-Roubaix lui-même, la malchance semblait s’acharner : crevaisons, incidents mécaniques, chutes à répétition. En 2023, il avait encore vu ses espoirs s’effondrer après une crevaison dans les derniers kilomètres alors qu’il venait d’attaquer Mathieu Van der Poel.
« Cette année, j’ai crevé deux fois, mais j’ai appris que ce n’est jamais fini sur Paris-Roubaix », a-t-il rappelé.
La résilience comme signature
Pour ses proches et son équipe Visma-Lease a Bike, cette victoire est celle de la persévérance. « Il incarne la résilience, ne jamais abandonner », souligne son manager Richard Plugge.
Même constat pour Christophe Laporte, équipier précieux ce dimanche : « Il est passé par de gros moments de doute. Mentalement, il est impressionnant. »
Dans les coulisses, l’émotion était palpable. Nathan Van Hooydonck, ancien coéquipier contraint d’arrêter sa carrière, n’a pu retenir ses larmes. « Il a vécu des heures très compliquées, mais il a su les surmonter. Aujourd’hui, cette victoire donne du sens à tous ses sacrifices. »
Le triomphe d’une vie
Au-delà du champion, c’est aussi l’homme qui est salué. « Wout, c’est un vrai gentil », résume son agent Yannick Prévost. « Il est grand dans la défaite comme dans la victoire. Beaucoup se reconnaissent en lui. »
Dimanche, sur les pavés de Roubaix, Wout Van Aert n’a pas seulement gagné une course. Il a vaincu ses démons, brisé la fatalité et écrit, enfin, la plus belle page de sa carrière.
Avec l’EQUIPE