L’école devrait être un refuge. Un lieu de protection, de transmission, d’émancipation. Un espace où l’enfant se construit et où l’adolescent apprend à devenir, sans craindre d’être humilié, rejeté ou détruit. Pourtant, une réalité persistante fissure ce socle éducatif : la violence scolaire, et plus encore le harcèlement, qui s’installe, s’enracine et abîme durablement des vies.
Il faut cesser de considérer le harcèlement scolaire comme un phénomène marginal. Il traverse l’école de la maternelle au lycée, sans rupture, sans frontière nette. Dès le plus jeune âge, certains enfants apprennent non pas la confiance, mais la peur ; non pas la parole, mais le silence ; non pas la solidarité, mais l’isolement. À mesure que l’élève grandit, la violence se transforme, se sophistique, se dissimule parfois derrière l’humour, la rumeur, le groupe, ou l’anonymat des écrans. Mais ses effets, eux, restent constants : exclusion, souffrance, solitude.
Le harcèlement est une violence qui s’installe dans la durée. Il est fait de haine diffuse, de regards qui condamnent, de paroles qui blessent, de rumeurs qui détruisent une réputation, de silences qui protègent les agresseurs. Il se nourrit de l’intolérance, parfois du racisme, souvent du rejet de la différence. Il enferme la victime dans une peur permanente, un sentiment d’insécurité qui ne s’arrête plus aux portes de l’école et qui envahit la vie entière.
Les conséquences sont profondes. Elles touchent la scolarité, bien sûr : chute des résultats, désengagement, absentéisme, décrochage. Mais elles atteignent surtout l’être humain. Perte de l’estime de soi, anxiété chronique, troubles du sommeil, isolement social, souffrance psychique. La victime apprend à douter d’elle-même, à se faire discrète, à intérioriser l’idée qu’elle dérange. Dans certains cas, cette souffrance devient si lourde qu’elle mène à l’effondrement. Parfois, à l’irréparable, au suicide.
Et pourtant, l’une des réalités les plus choquantes demeure celle-ci : dans de nombreux cas, ce sont les victimes qui quittent l’établissement. Elles changent d’école, se déplacent, se taisent, s’adaptent. Les harceleurs, eux, restent.
Cette logique installe une double sanction profondément injuste. La victime est punie d’avoir été victime. Elle subit la violence, puis elle subit l’exil scolaire. Le message implicite est d’une extrême gravité : pour préserver une paix apparente, on déplace la souffrance au lieu de la traiter.
Ce mécanisme révèle un échec éducatif majeur. Il banalise la loi du plus fort. Il apprend aux victimes que parler ne protège pas toujours. Il apprend aux agresseurs que la peur peut changer de visage, mais rarement de camp. Il fragilise la confiance dans l’institution scolaire, censée être un rempart, non un lieu de renoncement.
Les responsabilités sont pourtant claires et partagées. Les parents ont un rôle essentiel : écouter, observer, croire la parole de l’enfant, même lorsqu’elle dérange ou inquiète. Un changement brutal de comportement, un refus d’aller à l’école, un repli inhabituel, une agressivité soudaine sont des signaux d’alerte. Les ignorer, c’est parfois laisser la souffrance s’installer jusqu’au point de rupture.
Le Ministère de l’Education Nationale, les autorités éducatives, chefs d’établissement et enseignants, portent une responsabilité déterminante. La détection précoce n’est pas un luxe, c’est une obligation morale. Voir sans agir, savoir sans intervenir, c’est laisser le harcèlement prospérer. L’école ne peut plus attendre que le drame survienne pour réagir. Elle doit anticiper, former, structurer, protéger. Elle doit se doter de dispositifs clairs, visibles, crédibles.
Elle doit sanctionner les actes de harcèlement avec fermeté, non par esprit punitif, mais pour rappeler que la violence n’a pas sa place dans l’espace éducatif.
Il est temps que la peur change réellement de camp. Il est temps que l’école affirme clairement que ce ne sont pas les victimes qui doivent partir. Protéger un enfant harcelé n’est pas une faiblesse, c’est un devoir. Soutenir les victimes, sanctionner les agresseurs, mobiliser les équipes éducatives, les institutions et les associations est une exigence collective.
Cette chronique « REGARDS CROISÉS » se veut ici une alerte, mais aussi un appel. Une école qui tolère la violence trahit sa mission fondamentale. Une société qui accepte que ses enfants grandissent dans la peur prépare des adultes blessés, défiants, parfois violents à leur tour.
Il est encore temps d’agir. De rompre le silence. De replacer l’humain au cœur de l’école. De faire de l’institution scolaire un lieu de vie, de dignité et d’apprentissage pour tous. Car apprendre ne devrait jamais faire peur.
Marie Barboza MENDY -Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25
Il faut cesser de considérer le harcèlement scolaire comme un phénomène marginal. Il traverse l’école de la maternelle au lycée, sans rupture, sans frontière nette. Dès le plus jeune âge, certains enfants apprennent non pas la confiance, mais la peur ; non pas la parole, mais le silence ; non pas la solidarité, mais l’isolement. À mesure que l’élève grandit, la violence se transforme, se sophistique, se dissimule parfois derrière l’humour, la rumeur, le groupe, ou l’anonymat des écrans. Mais ses effets, eux, restent constants : exclusion, souffrance, solitude.
Le harcèlement est une violence qui s’installe dans la durée. Il est fait de haine diffuse, de regards qui condamnent, de paroles qui blessent, de rumeurs qui détruisent une réputation, de silences qui protègent les agresseurs. Il se nourrit de l’intolérance, parfois du racisme, souvent du rejet de la différence. Il enferme la victime dans une peur permanente, un sentiment d’insécurité qui ne s’arrête plus aux portes de l’école et qui envahit la vie entière.
Les conséquences sont profondes. Elles touchent la scolarité, bien sûr : chute des résultats, désengagement, absentéisme, décrochage. Mais elles atteignent surtout l’être humain. Perte de l’estime de soi, anxiété chronique, troubles du sommeil, isolement social, souffrance psychique. La victime apprend à douter d’elle-même, à se faire discrète, à intérioriser l’idée qu’elle dérange. Dans certains cas, cette souffrance devient si lourde qu’elle mène à l’effondrement. Parfois, à l’irréparable, au suicide.
Et pourtant, l’une des réalités les plus choquantes demeure celle-ci : dans de nombreux cas, ce sont les victimes qui quittent l’établissement. Elles changent d’école, se déplacent, se taisent, s’adaptent. Les harceleurs, eux, restent.
Cette logique installe une double sanction profondément injuste. La victime est punie d’avoir été victime. Elle subit la violence, puis elle subit l’exil scolaire. Le message implicite est d’une extrême gravité : pour préserver une paix apparente, on déplace la souffrance au lieu de la traiter.
Ce mécanisme révèle un échec éducatif majeur. Il banalise la loi du plus fort. Il apprend aux victimes que parler ne protège pas toujours. Il apprend aux agresseurs que la peur peut changer de visage, mais rarement de camp. Il fragilise la confiance dans l’institution scolaire, censée être un rempart, non un lieu de renoncement.
Les responsabilités sont pourtant claires et partagées. Les parents ont un rôle essentiel : écouter, observer, croire la parole de l’enfant, même lorsqu’elle dérange ou inquiète. Un changement brutal de comportement, un refus d’aller à l’école, un repli inhabituel, une agressivité soudaine sont des signaux d’alerte. Les ignorer, c’est parfois laisser la souffrance s’installer jusqu’au point de rupture.
Le Ministère de l’Education Nationale, les autorités éducatives, chefs d’établissement et enseignants, portent une responsabilité déterminante. La détection précoce n’est pas un luxe, c’est une obligation morale. Voir sans agir, savoir sans intervenir, c’est laisser le harcèlement prospérer. L’école ne peut plus attendre que le drame survienne pour réagir. Elle doit anticiper, former, structurer, protéger. Elle doit se doter de dispositifs clairs, visibles, crédibles.
Elle doit sanctionner les actes de harcèlement avec fermeté, non par esprit punitif, mais pour rappeler que la violence n’a pas sa place dans l’espace éducatif.
Il est temps que la peur change réellement de camp. Il est temps que l’école affirme clairement que ce ne sont pas les victimes qui doivent partir. Protéger un enfant harcelé n’est pas une faiblesse, c’est un devoir. Soutenir les victimes, sanctionner les agresseurs, mobiliser les équipes éducatives, les institutions et les associations est une exigence collective.
Cette chronique « REGARDS CROISÉS » se veut ici une alerte, mais aussi un appel. Une école qui tolère la violence trahit sa mission fondamentale. Une société qui accepte que ses enfants grandissent dans la peur prépare des adultes blessés, défiants, parfois violents à leur tour.
Il est encore temps d’agir. De rompre le silence. De replacer l’humain au cœur de l’école. De faire de l’institution scolaire un lieu de vie, de dignité et d’apprentissage pour tous. Car apprendre ne devrait jamais faire peur.
Marie Barboza MENDY -Regards croisés d’une Franco-Sénégalaise
mendymarie.b@gmail.com
📞 78 291 83 25