Violences dans les universités sénégalaises: Pr Abdou Salam Sall livre son analyse de la situation



Invité de l’émission Le Jury du Dimanche (JDD), ce dimanche 22 février, l’ancien recteur de l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) de Dakar, le Professeur Abdou Salam Sall, a livré un diagnostic sans complaisance sur l’état de l'institution qu'il a dirigée, dans un contexte marqué par une crise au niveau de l'enseignement supérieur sénégalais. 
 
​Pour le Pr. Sall, le constat est amer, si les perturbations font partie de l'ADN de l'université depuis les événements de mai 1968, leur nature a radicalement changé. Là où la lutte était autrefois portée par la force des convictions, elle s'exprime aujourd'hui par la brutalité.
 
​«Au début, les gens parlaient des idées, essayaient de convaincre, d'avoir l'opinion avec soi [...]. Mais depuis quelque temps quand même, il y a des violences», regrette l'ancien recteur.
 
​Cette mutation vers l'affrontement physique désole l'universitaire, qui rappelle qu'une concentration humaine de 100 000 personnes, soit la population d'une ville moyenne, nécessite une gestion de l'ordre public complexe que l'administration universitaire peine parfois à contenir.
 
​L'un des points saillants de son intervention concerne l'incapacité de l'État et des autorités académiques à sortir d'un schéma de réponse binaire. Malgré les tentatives de dialogue et d'anticipation, la réponse sécuritaire reste la norme.

​Les perturbations systématiques occultent, selon lui, les capacités réelles et les talents de l'université. Le Pr Sall souligne une dérive inquiétante : « Il nous est arrivé plusieurs fois où les étudiants sont allés en grève et la plateforme de revendications ne sortait pas. Ce n'est qu'après qu'on conçoit la plateforme ». Les retards de paiement des bourses restent le déclencheur majeur des récents heurts.
 
​Au-delà de la logistique et du maintien de l'ordre, c'est un problème culturel que soulève Abdou Salam Sall. Il pointe du doigt une forme de dépendance excessive vis-à-vis de la puissance publique : « Dans nos imaginaires, nous pensons que l'État nous doit tout».

Dans un pays en développement, les ressources sont limitées et les défis immenses. Pour l'ancien recteur, tant que l'université ne retrouvera pas sa vocation de temple du savoir et du débat contradictoire, elle restera prisonnière de ce cycle de violences qui ternit son excellence.


Dimanche 22 Février 2026 13:37


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