​Casamance : des universitaires plaident pour une sortie de crise globale



Le conflit en Casamance doit désormais être abordé sous l’angle de la sécurité humaine, du développement économique et de la dimension culturelle, tout en tenant compte de ses ramifications en Gambie et en Guinée-Bissau. C’est l’analyse développée lundi par le professeur Ibou Sané et le spécialiste du contreterrorisme et des opérations de maintien de la paix, Dr El Hadji Babacar Faye.
 
Pour le Pr Ibou Sané, le conflit, qui perdure depuis décembre 1982, constitue un enjeu majeur pour la stabilité du Sénégal. Il alerte notamment sur le risque de voir le djihadisme et le terrorisme profiter de la porosité des frontières et des dynamiques sécuritaires dans la sous-région. « Le conflit en Casamance est un conflit très important qu’on doit surveiller », estime l’universitaire.
 
Le professeur Sané privilégie l’expression de « conflit sénégalais en Casamance », estimant qu’il s’agit avant tout d’un affrontement entre Sénégalais, malgré les divergences sur la question de l’autonomie.
 
Miser sur le développement et le dialogue
Selon l’universitaire, la réponse exclusivement militaire a montré ses limites. Il préconise ainsi de renforcer le développement économique afin de favoriser la réinsertion des combattants, le retour des déplacés et la relance des activités des jeunes et des femmes affectés par le conflit.
 
Mais cette approche économique doit, selon lui, être accompagnée d’une dimension culturelle. La destruction de l’environnement et la profanation de certains bois sacrés pendant le conflit constituent, à ses yeux, des blessures qui nécessitent également une réponse symbolique et culturelle.
 
Le Pr Sané appelle ainsi à avancer « step by step », dans une démarche progressive, inclusive et participative. Il estime que les solutions doivent associer les dimensions politique, économique, sociale et culturelle.
 
Une crise aux ramifications sous-régionales
De son côté, le Dr El Hadji Babacar Faye insiste sur la sécurité humaine. Après plusieurs déploiements en Casamance au cours de sa carrière militaire, il affirme avoir constaté que certains acteurs du conflit ne savaient même plus précisément pourquoi ils se battaient.
 
Il identifie notamment les besoins fondamentaux des populations — accès aux soins, alimentation, mobilité et environnement sain — comme des facteurs déterminants dans la persistance des frustrations.
 
Le spécialiste souligne également que la crise ne peut être analysée uniquement à l’échelle sénégalaise. Ses ramifications en Gambie et en Guinée-Bissau imposent, selon lui, une approche géopolitique et sous-régionale. Son étude consacrée au conflit propose notamment des pistes axées sur le développement économique de la Casamance.
 
Une sortie de crise toujours possible
Malgré la complexité du conflit, les deux intervenants se disent optimistes. Pour eux, le contexte actuel peut constituer une opportunité pour exploiter les facteurs d’apaisement et relancer progressivement le dialogue.
 
La sortie de crise passerait ainsi par une approche globale combinant dialogue, développement inclusif, réintégration, prise en compte des réalités culturelles et coopération sous-régionale.
 
La rencontre a également été l’occasion d’évoquer l’Université pour la paix, créée par l’Accord international adopté sous l’égide des Nations unies en 1980. Son cadre juridique international lui confère notamment une capacité propre à conclure des accords avec des institutions d’enseignement et de recherche.


Lundi 14 Septembre 2026 19:54


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