​Commerce, projets et chaînes d'approvisionnement : Comment la Chine réinvente sa présence en Afrique



Selon le rapport de l'Institute of International Finance (IIF) intitulé « Chine-Afrique : Plus grand, plus profond, plus inégal », la relation économique entre la Chine et le continent africain se caractérise par une expansion marquée mais profondément asymétrique, marquant un net recul des prêts massifs au profit d'une emprise commerciale renforcée.

Les auteurs soulignent que « l’ancienne configuration cède la place à une réorganisation axée sur l’exécution et l’accès aux marchés plutôt que sur une nouvelle vague de capitaux propres chinois », faisant de l'Afrique un débouché commercial majeur pour compenser le ralentissement de la demande américaine et européenne.

Sur le plan des échanges, les exportations chinoises vers l'Afrique ont bondi de 26 % en 2025 et de 25 % supplémentaires depuis le début de l'année, portées par une forte progression des biens d'équipement qui représentent désormais 42 % du total.

En sens inverse, les importations chinoises en provenance de l'Afrique subsaharienne restent structurellement concentrées sur « une poignée de matières premières, de minerais et d'hydrocarbures provenant d'un nombre restreint de pays », creusant un excédent commercial chinois qui atteint près de 10 % du total mondial de Pékin.

Les analystes notent toutefois que « la levée des tarifs douaniers ne suffit pas à elle seule à pallier le manque de capacités de production et de transformation locale ».
Du côté des investissements et des flux financiers, l'étude met en évidence un « plateau » des investissements directs étrangers (IDE) chinois en Afrique, stabilisés autour de 45 milliards de dollars depuis 2018, soit seulement 1,4 % du total mondial de la Chine.

 En revanche, l'activité s'appuie massivement sur l'exécution de projets sous contrat (OCP), atteignant 40 milliards de dollars par an, tandis que « les engagements de prêts publics ont chuté de manière drastique, passant d'un pic de 29 milliards de dollars en 2016 à environ 2 milliards en 2024 ». Cette mutation traduit une posture de crédit « beaucoup plus prudente et sélective face aux risques de surendettement et au climat post-Covid ».

Le rapport observe l'émergence progressive de canaux financiers alternatifs à travers « l'internationalisation du renminbi, l'émission de Panda bonds par des institutions africaines et l'activation de lignes de swap de devises ».

 Pour l'IIF, le véritable défi du développement africain réside dans la capacité des économies locales à « transformer ces apports d'infrastructures et d'équipements en capacités de production industrielle et en chaînes de valeur régionales », sous peine de voir la relation se limiter à un modèle déséquilibré d'exportation de ressources brutes.

Fodé Bakary Camara

Lundi 24 Aout 2026 14:52


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