​Crise au Mali: Alioune Tine, ancien expert de l’ONU, fait un diagnostic sans complaisance



Dans une analyse sans concession livrée ce lundi matin sur la TFM, Alioune Tine, fondateur d'Afrikajom Center et ancien expert de l'ONU, a dressé un constat alarmant de la situation au Sahel, affirmant que « le cas du Mali est à l’origine de l’effondrement de la CEDEAO et de la fin de la coopération sécuritaire ».

Fort d'une solide expérience de terrain à Gao, Ménaka et Mopti, il a souligné l'échec des stratégies militaires passées, notant avec regret que « plus il y avait de militaires et d’armes, plus l’insécurité augmentait ». Selon lui, l'expulsion de la MINUSMA et l'inadaptation des doctrines de maintien de la paix face au djihadisme ont laissé un vide systémique profond.

Décrivant le camp de Kati comme le véritable « Pentagone » malien et le cœur du pouvoir politique actuel, l'expert a analysé le basculement géopolitique majeur de la région. Il a notamment souligné l'influence croissante de figures militaires qu'il qualifie de « stratèges et idéologues », tout en pointant du doigt les nouvelles alliances stratégiques : « Aujourd’hui, ils ont changé d’alliances, remplaçant la France par la Russie », provoquant ainsi une rupture de consensus au sein du Conseil de sécurité de l’ONU.

M. Tine s'est montré particulièrement « perplexe » face au concept actuel de « souverainisme » des juntes.« On ne peut pas bâtir une géopolitique solide uniquement par la force ou l'intimidation. Il est incohérent de vouloir s'isoler de ses voisins immédiats, comme l'Algérie, pour chercher des alliances lointaines ou opportunistes».

Pour lui, le Sahel est aujourd'hui l'épicentre de la géopolitique mondiale. « Il est impératif que nos dirigeants sortent de ce souverainisme de façade qui, pour le moment, manque de vision stratégique à long terme. »

Alioune Tine a appelé à une refonte urgente des institutions régionales. « La sécurité collective doit être la priorité absolue. J'ai partagé avec le Président Bassirou Diomaye Faye l'idée que le choix du prochain président de la Commission de la CEDEAO sera déterminant. Il nous faut une figure d'une compétence incontestable, légitime et non partisane »

Pour l'invité de la TFM, le salut de l'Afrique de l'Ouest passe impérativement par une « sécurité collective » et une intégration militaire accrue. Il a conclu en martelant que tant que l'organisation ne disposera pas d'un véritable organe capable de « mutualiser les armées, les budgets et les stratégies », les États de la région demeureront, malgré eux, des « victimes géopolitiques » sur l'échiquier mondial.

Fodé Bakary Camara

Lundi 27 Avril 2026 12:20


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