​Exploitation des minéraux stratégiques: L’Afrique impose ses conditions aux investisseurs étrangers




Le gouvernement zimbabwéen a annoncé, la suspension immédiate et indéfinie de toutes les exportations de minerais bruts et de concentrés de lithium. Selon Reuters, le ministère  des mines a justifié cette mesure par la nécessité de stopper les malversations financières  et pratiques irrégulières des sociétés, tout en exigeant une plus-value locale. «Le gouvernement reste engagé à assurer la transformation in situ et la transparence », a-t-il déclaré. L'objectif de cette décision est de mettre fin à l'exportation des minéraux stratégiques  pour exiger la construction d'usines de transformation (raffinage) sur son propre sol. Pour le gouvernement zimbabwéen, c'est le seul moyen de capter la richesse qui échappe actuellement au pays.

En avançant une interdiction initialement prévue pour 2027, le Zimbabwe  détenteur de 4,4 % des réserves mondiales de lithium   vient de  perturbé  le marché. Le pays qui a exporté plus de 1,1 million de tonnes de concentré de lithium en 2025 (principalement vers la Chine), retire brusquement une part significative de l'offre mondiale. Dès l'annonce, les marchés ont réagi : les prix du lithium, essentiels aux batteries de véhicules électriques, ont enregistré une hausse immédiate de 15 à 25 %. Les géants du secteur, comme les groupes chinois Huayou Cobalt et Sinomine, se retrouvent contraints d'accélérer leurs investissements dans les infrastructures de raffinage local pour espérer reprendre leurs exportations.

Malgré un sous-sol regorgeant de platine, d'or et de diamants, la situation sociale du Zimbabwe reste critique. Les chiffres de la Banque mondiale estime  que  le taux de pauvreté dépasse les 60 %. Avec 9,8 milliards de dollars de production annuelle, le Zimbabwe se classe au 5ème rang des puissances minières présentées, loin derrière le géant sud-africain. En imposant la transformation locale, le pays espère multiplier cette valeur par cinq ou dix d'ici la fin de la décennie. Les  minéraux stratégiques sont  essentiels à la transition énergétique et à la haute technologie, notamment le cobalt, le platine, le chrome, le manganèse, le lithium et le graphite.

Le Zimbabwe n'est pas un cas isolé. L'an dernier, la République démocratique du Congo (RDC) avait déjà tenté un embargo sur le cobalt avant de se replier sur un système de quotas. Au Sénégal, le gouvernement s’est engagé dans un processus de renégociations des contrats notamment dans le secteur des hydrocarbures et  le BTP. Partout sur le continent, la volonté des dirigeants  est d’exploiter les milliards de dollars de richesses inexploitées pour développer l'économie locale. Cependant, le défi  de taille est de  surmonter son obstacle de l'accès à une énergie stable et bon marché, indispensable au fonctionnement des futures raffineries.
 

Fodé Bakary Camara

Vendredi 27 Février 2026 01:06


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