Réflexion d’un diplomate devenu Sénégalais de l’extérieur
Sans verser dans le déni des événements ni des dysfonctionnements dénoncés à travers les réseaux sociaux, il faut, à la vérité, confesser, avec l’Abbé Bienvenu des "Misérables "de Victor Hugo, que nous sommes parfois victimes de ce que j’appellerais le « grossissement de l’épouvante ».
Les réseaux sociaux ont démocratisé l’accès à l’information. Ils permettent à chacun de témoigner, d’alerter et de rendre visibles des réalités qui, autrefois, pouvaient rester ignorées. Ils jouent ainsi un rôle important dans la vigilance citoyenne et dans la communication de proximité.
Mais leur puissance comporte aussi ses pièges.
Il arrive que des vidéos présentées comme l’illustration d’un événement actuel soient anciennes, parfois de plusieurs années. D’autres montrent des événements survenus ailleurs dans le monde. L’image peut être parfaitement authentique, mais son déplacement dans le temps ou dans l’espace peut produire une information profondément trompeuse.
Je me souviens ainsi de ce qui m’est arrivé récemment en regardant des images de Ngor-Almadies.
Je n’ai pas dormi cette nuit-là. En voyant les images d’inondation, j’ai immédiatement pensé à la maison de ma cousine, qui jouxte le canal. Je me suis imaginé qu’elle avait peut-être été engloutie dans le déluge.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’elle m’apprit que c’était le gardien qui l’avait informée qu’il avait plu pendant la nuit !
La maison était là. Et, surtout, l’évacuation des eaux fonctionnait correctement.
Cela ne signifie évidemment pas que les difficultés montrées dans les images étaient inexistantes. Elles étaient bien réelles. Mais elles étaient localisées. Elles ne constituaient pas, à elles seules, l’image d’un désastre national.
Cette expérience m’a rappelé une vérité simple : l’intensité d’une image ne mesure pas nécessairement l’ampleur d’un phénomène.
La même prudence devrait nous conduire à regarder avec circonspection certaines affirmations répétées à longueur de journée sur les réseaux sociaux.
Ainsi, le montant de 700 milliards de francs CFA est répété de manière assourdissante dans certains débats et interventions publiques, parfois accompagné d’insinuations ou d’accusations dont les fondements ne sont pas toujours établis.
Mais un chiffre répété avec insistance ne devient pas, par sa seule répétition, une preuve.
La critique de la gestion publique est légitime. La demande de transparence l’est tout autant. Mais la démocratie ne gagne rien lorsque le soupçon se substitue à la preuve, lorsque l’insinuation se substitue à l’enquête et lorsque la répétition finit par tenir lieu de vérité.
Pour ceux qui vivent loin du Sénégal, cette question revêt une dimension particulière.
Nous recevons quotidiennement des images et des commentaires qui peuvent finir par composer, à distance, une représentation extrêmement sombre du pays. L’image du Sénégal peut ainsi être journellement craquelée par des informations fausses, décontextualisées ou fallacieuses.
Le phénomène n’est pas sans conséquence.
L’attractivité économique d’un pays repose aussi sur la confiance que celui-ci inspire. Investisseurs, partenaires économiques, touristes, étudiants, membres de la diaspora : tous sont sensibles à l’image de stabilité, de sécurité, de prévisibilité et de capacité institutionnelle que projette un pays.
Lorsque la représentation du Sénégal à l’extérieur se résume progressivement à celle d’un pays où « tout va à l’eau », où rien ne fonctionnerait et où l’avenir serait irrémédiablement compromis, cette perception peut finir par produire des effets économiques et diplomatiques bien réels.
C’est pourquoi la diplomatie contemporaine ne peut être indifférente à la bataille de l’information.
Le ministère des Affaires étrangères a naturellement un rôle à jouer dans la préservation de l’image internationale du Sénégal. Il ne s’agit ni de censurer les critiques, ni de nier les difficultés, ni de construire artificiellement une image idyllique du pays.
Il s’agit de rétablir les faits, de contextualiser les images, de corriger les fausses informations et de faire connaître, avec la même rigueur, les réalités qui fonctionnent.
Une diplomatie crédible ne consiste pas à dire que tout va bien.
Elle consiste à faire en sorte que ce qui va mal soit connu dans sa juste proportion et que ce qui va bien ne soit pas systématiquement invisible.
Un pays ne se résume jamais aux images qui circulent sur nos écrans.
Entre le déni de la réalité et le « grossissement de l’épouvante », il existe une troisième voie : le discernement.Voir. Écouter. Vérifier. Contextualiser. Puis seulement juger.
Nous ne pouvons plus nous passer des réseaux sociaux. Mais nous ne devons pas leur abandonner notre jugement.
Une information mérite notre attention ; elle ne mérite pas toujours notre panique.
Maître Khaly Adama Ndour
Avocat, Barreau du Québec
Ambassadeur à la retraite
Sans verser dans le déni des événements ni des dysfonctionnements dénoncés à travers les réseaux sociaux, il faut, à la vérité, confesser, avec l’Abbé Bienvenu des "Misérables "de Victor Hugo, que nous sommes parfois victimes de ce que j’appellerais le « grossissement de l’épouvante ».
Les réseaux sociaux ont démocratisé l’accès à l’information. Ils permettent à chacun de témoigner, d’alerter et de rendre visibles des réalités qui, autrefois, pouvaient rester ignorées. Ils jouent ainsi un rôle important dans la vigilance citoyenne et dans la communication de proximité.
Mais leur puissance comporte aussi ses pièges.
Il arrive que des vidéos présentées comme l’illustration d’un événement actuel soient anciennes, parfois de plusieurs années. D’autres montrent des événements survenus ailleurs dans le monde. L’image peut être parfaitement authentique, mais son déplacement dans le temps ou dans l’espace peut produire une information profondément trompeuse.
Je me souviens ainsi de ce qui m’est arrivé récemment en regardant des images de Ngor-Almadies.
Je n’ai pas dormi cette nuit-là. En voyant les images d’inondation, j’ai immédiatement pensé à la maison de ma cousine, qui jouxte le canal. Je me suis imaginé qu’elle avait peut-être été engloutie dans le déluge.
Quelle ne fut pas ma surprise lorsqu’elle m’apprit que c’était le gardien qui l’avait informée qu’il avait plu pendant la nuit !
La maison était là. Et, surtout, l’évacuation des eaux fonctionnait correctement.
Cela ne signifie évidemment pas que les difficultés montrées dans les images étaient inexistantes. Elles étaient bien réelles. Mais elles étaient localisées. Elles ne constituaient pas, à elles seules, l’image d’un désastre national.
Cette expérience m’a rappelé une vérité simple : l’intensité d’une image ne mesure pas nécessairement l’ampleur d’un phénomène.
La même prudence devrait nous conduire à regarder avec circonspection certaines affirmations répétées à longueur de journée sur les réseaux sociaux.
Ainsi, le montant de 700 milliards de francs CFA est répété de manière assourdissante dans certains débats et interventions publiques, parfois accompagné d’insinuations ou d’accusations dont les fondements ne sont pas toujours établis.
Mais un chiffre répété avec insistance ne devient pas, par sa seule répétition, une preuve.
La critique de la gestion publique est légitime. La demande de transparence l’est tout autant. Mais la démocratie ne gagne rien lorsque le soupçon se substitue à la preuve, lorsque l’insinuation se substitue à l’enquête et lorsque la répétition finit par tenir lieu de vérité.
Pour ceux qui vivent loin du Sénégal, cette question revêt une dimension particulière.
Nous recevons quotidiennement des images et des commentaires qui peuvent finir par composer, à distance, une représentation extrêmement sombre du pays. L’image du Sénégal peut ainsi être journellement craquelée par des informations fausses, décontextualisées ou fallacieuses.
Le phénomène n’est pas sans conséquence.
L’attractivité économique d’un pays repose aussi sur la confiance que celui-ci inspire. Investisseurs, partenaires économiques, touristes, étudiants, membres de la diaspora : tous sont sensibles à l’image de stabilité, de sécurité, de prévisibilité et de capacité institutionnelle que projette un pays.
Lorsque la représentation du Sénégal à l’extérieur se résume progressivement à celle d’un pays où « tout va à l’eau », où rien ne fonctionnerait et où l’avenir serait irrémédiablement compromis, cette perception peut finir par produire des effets économiques et diplomatiques bien réels.
C’est pourquoi la diplomatie contemporaine ne peut être indifférente à la bataille de l’information.
Le ministère des Affaires étrangères a naturellement un rôle à jouer dans la préservation de l’image internationale du Sénégal. Il ne s’agit ni de censurer les critiques, ni de nier les difficultés, ni de construire artificiellement une image idyllique du pays.
Il s’agit de rétablir les faits, de contextualiser les images, de corriger les fausses informations et de faire connaître, avec la même rigueur, les réalités qui fonctionnent.
Une diplomatie crédible ne consiste pas à dire que tout va bien.
Elle consiste à faire en sorte que ce qui va mal soit connu dans sa juste proportion et que ce qui va bien ne soit pas systématiquement invisible.
Un pays ne se résume jamais aux images qui circulent sur nos écrans.
Entre le déni de la réalité et le « grossissement de l’épouvante », il existe une troisième voie : le discernement.Voir. Écouter. Vérifier. Contextualiser. Puis seulement juger.
Nous ne pouvons plus nous passer des réseaux sociaux. Mais nous ne devons pas leur abandonner notre jugement.
Une information mérite notre attention ; elle ne mérite pas toujours notre panique.
Maître Khaly Adama Ndour
Avocat, Barreau du Québec
Ambassadeur à la retraite