Le développement d’un pays repose sur un ensemble de leviers économiques, sociaux et institutionnels, parmi lesquels les infrastructures occupent une place essentielle. Elles constituent à la fois un soubassement et un catalyseur du développement tout en représentant un puissant facteur d’équité territoriale.
Dans le contexte du Sénégal, elles ne devraient pas être perçues comme des projets de prestige ou des symboles politiques, mais des instruments stratégiques au service de la compétitivité économique et du bien-être des populations. C’est pourquoi la 𝐕𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 Sénégal 𝟐𝟎𝟓𝟎, qui ambitionne de bâtir un pays souverain, juste et prospère, met clairement en évidence que les infrastructures doivent être pensées comme une nécessité, et non comme un prestige.
Ainsi, pour approfondir le sujet, nous analyserons d’abord la problématique des infrastructures en établissant un diagnostic complet de la situation actuelle. Ensuite, nous montrerons en quoi elles constituent un levier central du développement économique et humain. Enfin, nous donnerons les pistes de réflexion en faveur d’un nouveau paradigme infrastructurel.
𝑰. 𝑫𝒊𝒂𝒈𝒏𝒐𝒔𝒕𝒊𝒄
Le secteur des infrastructures a connu une progression notable sous le régime précèdent avec des réalisations d’envergure (TER, BRT, …).
Pourtant, ces grands projets laissent un goût amer en raison de leur coût global exorbitant. Leur modèle de financement, reposant essentiellement sur l’endettement extérieur, fait peser un risque majeur sur leur soutenabilité budgétaire. Il apparaît également que les entreprises attributaires de ces gros marchés sont majoritairement étrangères.
Il est important de souligner que la majeure partie de ces infrastructures se concentre dans la capitale ainsi que dans les grandes agglomérations, laissant en rade des zones rurales très enclavées, où l’accès aux services sociaux de base et aux marchés reste limité.
En milieu urbain, la réalisation des infrastructures reste marquée par un déficit d’aménagement résultant d’une planification défaillante, d’une urbanisation mal maîtrisée et d’une croissance démographique accélérée.
Par ailleurs, ces ouvrages subissent un déficit d’entretien courant, ce qui réduit leur niveau de service et accélère leur dégradation. L’accent a été mis sur la construction de nouvelles infrastructures au détriment de la maintenance. Dans le cas des infrastructures routières, plusieurs études montrent qu’un dollar investi dans l’entretien préventif permet d’éviter des coûts futurs de réhabilitation de l’ordre de quatre à cinq dollars.
Enfin, dans le domaine des infrastructures routières, la sécurité des usagers devrait être intégrée dès la phase de conception des ouvrages. Pour rappel, le Sénégal perd chaque année entre 4 à 5% du PIB à cause des accidents de la route. À cet égard, il est impératif de s’aligner sur les objectifs du 𝐏𝐥𝐚𝐧 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐢𝐚𝐥 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐃𝐞𝐜𝐞𝐧𝐧𝐢𝐞 𝐝’𝐚𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐬𝐞𝐜𝐮𝐫𝐢𝐭𝐞 𝐫𝐨𝐮𝐭𝐢𝐞𝐫𝐞 𝟐𝟎𝟐𝟏-𝟐𝟎𝟑𝟎. Les objectifs 3 et 4 de ce plan prévoient que toutes les nouvelles routes doivent atteindre un niveau de sécurité d’au moins 3 étoiles pour tous les usagers, et que 75% des déplacements se fassent sur des routes d’au moins 3 étoiles d’ici 2030.
𝑰𝑰. 𝑳𝒆𝒔 𝒊𝒏𝒇𝒓𝒂𝒔𝒕𝒓𝒖𝒄𝒕𝒖𝒓𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆 𝒖𝒏 𝒔𝒚𝒔𝒕𝒆𝒎𝒆 𝒗𝒊𝒕𝒂𝒍
Les infrastructures doivent être perçues comme 𝐥𝐞𝐬 𝐯𝐚𝐢𝐬𝐬𝐞𝐚𝐮𝐱 𝐬𝐚𝐧𝐠𝐮𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐞𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐞 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞. Routes, ponts, chemins de fer, ports, aéroports, réseaux d’adduction d’eau, d’électricité et de télécommunications, hôpitaux, écoles, logements sociaux sont autant de leviers qui conditionnent la compétitivité, l’inclusion sociale et la résilience de notre pays.
Ces différents secteurs impactent directement le développement humain.
- 𝐒𝐚𝐧𝐭𝐞 𝐞𝐭 𝐞𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 : dans de nombreux villages, les populations parcourent plusieurs kilomètres sur des pistes rudimentaires pour accéder aux services sociaux de base (centres de santé, écoles, …). L’insuffisance d’infrastructures de proximité accentue la pauvreté et freine le développement du 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧.
- 𝐇𝐲𝐝𝐫𝐚𝐮𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐭 𝐚𝐬𝐬𝐚𝐢𝐧𝐢𝐬𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 : l’accès à l’eau potable reste limité dans une grande partie du pays, notamment dans les zones sylvopastorales. Cela conduit à des déplacements cycliques des populations et accentue la précarité. Par ailleurs, avec les changements climatiques, le Sénégal est confronté à une recrudescence d’événements météorologiques extrêmes entraînant des inondations dans les grandes agglomérations et le débordement du fleuve Sénégal au Nord et au Nord-Est du pays avec ses conséquences néfastes (perte de récolte, problème de mobilité, déplacements des populations).
- 𝐒𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞 𝐚𝐥𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 : une part importante des produits agricoles périssent chaque année faute de routes praticables et d’infrastructures de stockage adaptées. Cela fragilise l’atteinte de la souveraineté alimentaire, pilier important de l’𝐀𝐠𝐞𝐧𝐝𝐚 𝐍𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 𝐝𝐞 𝐓𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧.
- 𝐄𝐦𝐩𝐥𝐨𝐢 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞 : les infrastructures telles que les routes rurales, les plateformes multifonctionnelles et les marchés stimulent l’économie de proximité en favorisant le commerce, l’artisanat et l’entrepreneuriat local.
𝐈𝐈𝐈. 𝐏𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐟𝐥𝐞𝐱𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐮𝐧 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐚𝐮 𝐩𝐚𝐫𝐚𝐝𝐢𝐠𝐦𝐞
Le nouveau modèle doit rompre avec la tentation des projets de prestige, dictés par des influences extérieures, souvent déconnectés des besoins réels des populations. L’État doit privilégier la 𝐩𝐞𝐫𝐭𝐢𝐧𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐨-𝐞𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 plutôt que la visibilité politique.
Il est essentiel de 𝐩𝐫𝐢𝐨𝐫𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐦𝐚𝐢𝐥𝐥𝐚𝐠𝐞 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐢𝐭𝐨𝐫𝐢𝐚𝐥 et les infrastructures de proximité telles que:
* 𝐈𝐧𝐟𝐫𝐚𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞𝐬 : ériger des écoles, des centres de santé et des centres de formation professionnelle pour renforcer le 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧 𝐞𝐭 𝐥’𝐞𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞.
* 𝐈𝐧𝐟𝐫𝐚𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐞𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 : construire des entrepôts modernes, des marchés régionaux et des plateformes de transformation des produits agricoles ;
* 𝐑𝐨𝐮𝐭𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐩𝐨𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐝𝐞-
𝐞𝐧𝐜𝐥𝐚𝐯𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 : développer le réseau routier pour connecter les zones de production agricole aux marchés d’écoulement et de consommation et assurer la connexion entre les pôles territoires ;
* 𝐂𝐡𝐞𝐦𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐟𝐞𝐫 : réhabiliter et moderniser les infrastructures ferroviaires sur les grands corridors et dans les zones minières afin de réduire le coût du transport tout en préservant le réseau routier ;
* 𝐀𝐮𝐭𝐨𝐫𝐨𝐮𝐭𝐞𝐬 : à moyen terme, relier les pôles territoires avec des voies rapides afin de raccourcir et sécuriser les trajets tout en réduisant la pression démographique et le coût de l’immobilier dans la capitale.
Par ailleurs, la mobilité urbaine mérite une réflexion approfondie qui favorise le transport de masse et l’intermodalité.
Pour le financement, au-delà des partenariats public-privé (PPP) avec les multinationales, l’État peut mobiliser les PME et entreprises nationales pour créer de la richesse locale. De même, la mise en place de fonds d'infrastructures nationaux, l’émission de 𝐃𝐢𝐚𝐬𝐩𝐨𝐫𝐚 𝐁𝐨𝐧𝐝𝐬 ou la mobilisation de l'épargne locale peuvent réduire la dépendance à l'endettement extérieur.
Ces initiatives doivent s’accompagner d’une 𝐠𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐩𝐚𝐫𝐞𝐧𝐭𝐞, d’une 𝐩𝐥𝐚𝐧𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐫𝐢𝐠𝐨𝐮𝐫𝐞𝐮𝐬𝐞 et de mécanismes de suivi-évaluation efficaces. Les infrastructures à construire doivent s’intégrer dans une vision cohérente d'aménagement durable du territoire. La construction des ouvrages devra privilégier l’utilisation de matériaux locaux, recyclés et naturels.
La gestion rigoureuse et sans complaisance des contrats est fondamentale. La performance des entreprises est un critère essentiel et, en cas de manquement, des mesures adaptées devraient être prises rapidement.
Enfin, l’entretien des ouvrages doit occuper une place centrale. L’intégration des principes de 𝐫𝐞𝐬𝐢𝐥𝐢𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐜𝐥𝐢𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞, de 𝐬𝐞𝐜𝐮𝐫𝐢𝐭𝐞 d’𝐢𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐯𝐢𝐭𝐞 et de 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐮𝐫𝐚𝐛𝐥𝐞 doit devenir une exigence incontournable de chaque projet.
𝑪𝒐𝒏𝒄𝒍𝒖𝒔𝒊𝒐𝒏 :
Au Sénégal, les infrastructures ne sauraient être considérées comme un simple prestige. Elles représentent une nécessité vitale, un 𝐥𝐞𝐯𝐢𝐞𝐫 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 pour bâtir un développement inclusif, durable et souverain.
La 𝐕𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐒𝐞𝐧𝐞𝐠𝐚𝐥 𝟐𝟎𝟓𝟎 nous projette vers l’avenir en rappelant notre ambition collective : bâtir une nation prospère et résiliante. Pour y parvenir, il est indispensable d’investir dans des infrastructures qui impactent directement la vie quotidienne des Sénégalais.
La véritable question est donc la suivante : 𝐯𝐨𝐮𝐥𝐨𝐧𝐬-𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐞𝐫𝐢𝐠𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐨𝐧𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐮 𝐛𝐚𝐭𝐢𝐫 𝐮𝐧 𝐬𝐨𝐜𝐥𝐞 𝐬𝐨𝐥𝐢𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐠𝐞𝐧𝐞𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐟𝐮𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 ?
En répondant à cette interrogation, le Sénégal pourra transformer ses infrastructures en un moteur de prospérité et de justice sociale.
Conscient de ces enjeux, le Président de la République, SEM Bassirou Diomaye Faye, et le Premier Ministre du Sénégal, Monsieur Ousmane SONKO, ont fait le choix stratégique de consacrer un ministère exclusivement dédié aux infrastructures et d’en confier la direction à Monsieur Déthié FALL Officiel, Ingénieur Polytechnicien.
Il ne s’agit pas là d’un geste symbolique, mais d’un signal fort. Comme l’a affirmé le ministre lui-même : « 𝒊𝒍 𝒏’𝒚 𝒂 𝒑𝒂𝒔 𝒅𝒆 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔 à 𝒑𝒆𝒓𝒅𝒓𝒆. 𝑵𝒐𝒖𝒔 𝒂𝒍𝒍𝒐𝒏𝒔, 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒖𝒏𝒆 𝒓𝒊𝒈𝒖𝒆𝒖𝒓 𝒎𝒊𝒍𝒊𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆, 𝒇𝒂𝒊𝒓𝒆 𝒆𝒏 𝒔𝒐𝒓𝒕𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒍𝒆𝒔 𝒊𝒏𝒔𝒕𝒓𝒖𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝒒𝒖𝒆 𝒏𝒐𝒖𝒔 𝒂𝒗𝒐𝒏𝒔 𝒓𝒆𝒄𝒖𝒆𝒔 𝒔𝒐𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒂𝒑𝒑𝒍𝒊𝒒𝒖𝒆𝒆𝒔 ». Le Sénégal entend désormais accélérer, innover, construire et entretenir ses infrastructures, dans le respect des délais et dans la transparence.
𝐀𝐦𝐚𝐝𝐨𝐮 𝐀𝐥𝐢𝐨𝐮 𝐁𝐀, Ingénieur Polytechnicien en Génie Civil
Membre du MONCAP
Chargé de la massification de PASTEF NDIAYENE PENDAO
Chargé de projets à l’AGEROUTE
Contact : amaliouba@gmail.com
Dans le contexte du Sénégal, elles ne devraient pas être perçues comme des projets de prestige ou des symboles politiques, mais des instruments stratégiques au service de la compétitivité économique et du bien-être des populations. C’est pourquoi la 𝐕𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 Sénégal 𝟐𝟎𝟓𝟎, qui ambitionne de bâtir un pays souverain, juste et prospère, met clairement en évidence que les infrastructures doivent être pensées comme une nécessité, et non comme un prestige.
Ainsi, pour approfondir le sujet, nous analyserons d’abord la problématique des infrastructures en établissant un diagnostic complet de la situation actuelle. Ensuite, nous montrerons en quoi elles constituent un levier central du développement économique et humain. Enfin, nous donnerons les pistes de réflexion en faveur d’un nouveau paradigme infrastructurel.
𝑰. 𝑫𝒊𝒂𝒈𝒏𝒐𝒔𝒕𝒊𝒄
Le secteur des infrastructures a connu une progression notable sous le régime précèdent avec des réalisations d’envergure (TER, BRT, …).
Pourtant, ces grands projets laissent un goût amer en raison de leur coût global exorbitant. Leur modèle de financement, reposant essentiellement sur l’endettement extérieur, fait peser un risque majeur sur leur soutenabilité budgétaire. Il apparaît également que les entreprises attributaires de ces gros marchés sont majoritairement étrangères.
Il est important de souligner que la majeure partie de ces infrastructures se concentre dans la capitale ainsi que dans les grandes agglomérations, laissant en rade des zones rurales très enclavées, où l’accès aux services sociaux de base et aux marchés reste limité.
En milieu urbain, la réalisation des infrastructures reste marquée par un déficit d’aménagement résultant d’une planification défaillante, d’une urbanisation mal maîtrisée et d’une croissance démographique accélérée.
Par ailleurs, ces ouvrages subissent un déficit d’entretien courant, ce qui réduit leur niveau de service et accélère leur dégradation. L’accent a été mis sur la construction de nouvelles infrastructures au détriment de la maintenance. Dans le cas des infrastructures routières, plusieurs études montrent qu’un dollar investi dans l’entretien préventif permet d’éviter des coûts futurs de réhabilitation de l’ordre de quatre à cinq dollars.
Enfin, dans le domaine des infrastructures routières, la sécurité des usagers devrait être intégrée dès la phase de conception des ouvrages. Pour rappel, le Sénégal perd chaque année entre 4 à 5% du PIB à cause des accidents de la route. À cet égard, il est impératif de s’aligner sur les objectifs du 𝐏𝐥𝐚𝐧 𝐦𝐨𝐧𝐝𝐢𝐚𝐥 𝐝𝐞 𝐥𝐚 𝐃𝐞𝐜𝐞𝐧𝐧𝐢𝐞 𝐝’𝐚𝐜𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐚 𝐬𝐞𝐜𝐮𝐫𝐢𝐭𝐞 𝐫𝐨𝐮𝐭𝐢𝐞𝐫𝐞 𝟐𝟎𝟐𝟏-𝟐𝟎𝟑𝟎. Les objectifs 3 et 4 de ce plan prévoient que toutes les nouvelles routes doivent atteindre un niveau de sécurité d’au moins 3 étoiles pour tous les usagers, et que 75% des déplacements se fassent sur des routes d’au moins 3 étoiles d’ici 2030.
𝑰𝑰. 𝑳𝒆𝒔 𝒊𝒏𝒇𝒓𝒂𝒔𝒕𝒓𝒖𝒄𝒕𝒖𝒓𝒆𝒔 𝒄𝒐𝒎𝒎𝒆 𝒖𝒏 𝒔𝒚𝒔𝒕𝒆𝒎𝒆 𝒗𝒊𝒕𝒂𝒍
Les infrastructures doivent être perçues comme 𝐥𝐞𝐬 𝐯𝐚𝐢𝐬𝐬𝐞𝐚𝐮𝐱 𝐬𝐚𝐧𝐠𝐮𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐥’𝐞𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐞 𝐧𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥𝐞. Routes, ponts, chemins de fer, ports, aéroports, réseaux d’adduction d’eau, d’électricité et de télécommunications, hôpitaux, écoles, logements sociaux sont autant de leviers qui conditionnent la compétitivité, l’inclusion sociale et la résilience de notre pays.
Ces différents secteurs impactent directement le développement humain.
- 𝐒𝐚𝐧𝐭𝐞 𝐞𝐭 𝐞𝐝𝐮𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 : dans de nombreux villages, les populations parcourent plusieurs kilomètres sur des pistes rudimentaires pour accéder aux services sociaux de base (centres de santé, écoles, …). L’insuffisance d’infrastructures de proximité accentue la pauvreté et freine le développement du 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧.
- 𝐇𝐲𝐝𝐫𝐚𝐮𝐥𝐢𝐪𝐮𝐞 𝐞𝐭 𝐚𝐬𝐬𝐚𝐢𝐧𝐢𝐬𝐬𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 : l’accès à l’eau potable reste limité dans une grande partie du pays, notamment dans les zones sylvopastorales. Cela conduit à des déplacements cycliques des populations et accentue la précarité. Par ailleurs, avec les changements climatiques, le Sénégal est confronté à une recrudescence d’événements météorologiques extrêmes entraînant des inondations dans les grandes agglomérations et le débordement du fleuve Sénégal au Nord et au Nord-Est du pays avec ses conséquences néfastes (perte de récolte, problème de mobilité, déplacements des populations).
- 𝐒𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐚𝐢𝐧𝐞𝐭𝐞 𝐚𝐥𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐚𝐢𝐫𝐞 : une part importante des produits agricoles périssent chaque année faute de routes praticables et d’infrastructures de stockage adaptées. Cela fragilise l’atteinte de la souveraineté alimentaire, pilier important de l’𝐀𝐠𝐞𝐧𝐝𝐚 𝐍𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐚𝐥 𝐝𝐞 𝐓𝐫𝐚𝐧𝐬𝐟𝐨𝐫𝐦𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧.
- 𝐄𝐦𝐩𝐥𝐨𝐢 𝐞𝐭 𝐢𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞 : les infrastructures telles que les routes rurales, les plateformes multifonctionnelles et les marchés stimulent l’économie de proximité en favorisant le commerce, l’artisanat et l’entrepreneuriat local.
𝐈𝐈𝐈. 𝐏𝐢𝐬𝐭𝐞𝐬 𝐝𝐞 𝐫𝐞𝐟𝐥𝐞𝐱𝐢𝐨𝐧 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐮𝐧 𝐧𝐨𝐮𝐯𝐞𝐚𝐮 𝐩𝐚𝐫𝐚𝐝𝐢𝐠𝐦𝐞
Le nouveau modèle doit rompre avec la tentation des projets de prestige, dictés par des influences extérieures, souvent déconnectés des besoins réels des populations. L’État doit privilégier la 𝐩𝐞𝐫𝐭𝐢𝐧𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐨-𝐞𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞 plutôt que la visibilité politique.
Il est essentiel de 𝐩𝐫𝐢𝐨𝐫𝐢𝐬𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐦𝐚𝐢𝐥𝐥𝐚𝐠𝐞 𝐭𝐞𝐫𝐫𝐢𝐭𝐨𝐫𝐢𝐚𝐥 et les infrastructures de proximité telles que:
* 𝐈𝐧𝐟𝐫𝐚𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞𝐬 : ériger des écoles, des centres de santé et des centres de formation professionnelle pour renforcer le 𝐜𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥 𝐡𝐮𝐦𝐚𝐢𝐧 𝐞𝐭 𝐥’𝐞𝐪𝐮𝐢𝐭𝐞 𝐬𝐨𝐜𝐢𝐚𝐥𝐞.
* 𝐈𝐧𝐟𝐫𝐚𝐬𝐭𝐫𝐮𝐜𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 𝐞𝐜𝐨𝐧𝐨𝐦𝐢𝐪𝐮𝐞𝐬 : construire des entrepôts modernes, des marchés régionaux et des plateformes de transformation des produits agricoles ;
* 𝐑𝐨𝐮𝐭𝐞𝐬 𝐞𝐭 𝐩𝐨𝐧𝐭𝐬 𝐝𝐞 𝐝𝐞-
𝐞𝐧𝐜𝐥𝐚𝐯𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 : développer le réseau routier pour connecter les zones de production agricole aux marchés d’écoulement et de consommation et assurer la connexion entre les pôles territoires ;
* 𝐂𝐡𝐞𝐦𝐢𝐧𝐬 𝐝𝐞 𝐟𝐞𝐫 : réhabiliter et moderniser les infrastructures ferroviaires sur les grands corridors et dans les zones minières afin de réduire le coût du transport tout en préservant le réseau routier ;
* 𝐀𝐮𝐭𝐨𝐫𝐨𝐮𝐭𝐞𝐬 : à moyen terme, relier les pôles territoires avec des voies rapides afin de raccourcir et sécuriser les trajets tout en réduisant la pression démographique et le coût de l’immobilier dans la capitale.
Par ailleurs, la mobilité urbaine mérite une réflexion approfondie qui favorise le transport de masse et l’intermodalité.
Pour le financement, au-delà des partenariats public-privé (PPP) avec les multinationales, l’État peut mobiliser les PME et entreprises nationales pour créer de la richesse locale. De même, la mise en place de fonds d'infrastructures nationaux, l’émission de 𝐃𝐢𝐚𝐬𝐩𝐨𝐫𝐚 𝐁𝐨𝐧𝐝𝐬 ou la mobilisation de l'épargne locale peuvent réduire la dépendance à l'endettement extérieur.
Ces initiatives doivent s’accompagner d’une 𝐠𝐨𝐮𝐯𝐞𝐫𝐧𝐚𝐧𝐜𝐞 𝐭𝐫𝐚𝐧𝐬𝐩𝐚𝐫𝐞𝐧𝐭𝐞, d’une 𝐩𝐥𝐚𝐧𝐢𝐟𝐢𝐜𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧 𝐫𝐢𝐠𝐨𝐮𝐫𝐞𝐮𝐬𝐞 et de mécanismes de suivi-évaluation efficaces. Les infrastructures à construire doivent s’intégrer dans une vision cohérente d'aménagement durable du territoire. La construction des ouvrages devra privilégier l’utilisation de matériaux locaux, recyclés et naturels.
La gestion rigoureuse et sans complaisance des contrats est fondamentale. La performance des entreprises est un critère essentiel et, en cas de manquement, des mesures adaptées devraient être prises rapidement.
Enfin, l’entretien des ouvrages doit occuper une place centrale. L’intégration des principes de 𝐫𝐞𝐬𝐢𝐥𝐢𝐞𝐧𝐜𝐞 𝐜𝐥𝐢𝐦𝐚𝐭𝐢𝐪𝐮𝐞, de 𝐬𝐞𝐜𝐮𝐫𝐢𝐭𝐞 d’𝐢𝐧𝐜𝐥𝐮𝐬𝐢𝐯𝐢𝐭𝐞 et de 𝐝𝐞𝐯𝐞𝐥𝐨𝐩𝐩𝐞𝐦𝐞𝐧𝐭 𝐝𝐮𝐫𝐚𝐛𝐥𝐞 doit devenir une exigence incontournable de chaque projet.
𝑪𝒐𝒏𝒄𝒍𝒖𝒔𝒊𝒐𝒏 :
Au Sénégal, les infrastructures ne sauraient être considérées comme un simple prestige. Elles représentent une nécessité vitale, un 𝐥𝐞𝐯𝐢𝐞𝐫 𝐬𝐭𝐫𝐚𝐭𝐞𝐠𝐢𝐪𝐮𝐞 pour bâtir un développement inclusif, durable et souverain.
La 𝐕𝐢𝐬𝐢𝐨𝐧 𝐒𝐞𝐧𝐞𝐠𝐚𝐥 𝟐𝟎𝟓𝟎 nous projette vers l’avenir en rappelant notre ambition collective : bâtir une nation prospère et résiliante. Pour y parvenir, il est indispensable d’investir dans des infrastructures qui impactent directement la vie quotidienne des Sénégalais.
La véritable question est donc la suivante : 𝐯𝐨𝐮𝐥𝐨𝐧𝐬-𝐧𝐨𝐮𝐬 𝐞𝐫𝐢𝐠𝐞𝐫 𝐝𝐞𝐬 𝐦𝐨𝐧𝐮𝐦𝐞𝐧𝐭𝐬 𝐯𝐢𝐬𝐢𝐛𝐥𝐞𝐬 𝐨𝐮 𝐛𝐚𝐭𝐢𝐫 𝐮𝐧 𝐬𝐨𝐜𝐥𝐞 𝐬𝐨𝐥𝐢𝐝𝐞 𝐩𝐨𝐮𝐫 𝐥𝐞𝐬 𝐠𝐞𝐧𝐞𝐫𝐚𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐟𝐮𝐭𝐮𝐫𝐞𝐬 ?
En répondant à cette interrogation, le Sénégal pourra transformer ses infrastructures en un moteur de prospérité et de justice sociale.
Conscient de ces enjeux, le Président de la République, SEM Bassirou Diomaye Faye, et le Premier Ministre du Sénégal, Monsieur Ousmane SONKO, ont fait le choix stratégique de consacrer un ministère exclusivement dédié aux infrastructures et d’en confier la direction à Monsieur Déthié FALL Officiel, Ingénieur Polytechnicien.
Il ne s’agit pas là d’un geste symbolique, mais d’un signal fort. Comme l’a affirmé le ministre lui-même : « 𝒊𝒍 𝒏’𝒚 𝒂 𝒑𝒂𝒔 𝒅𝒆 𝒕𝒆𝒎𝒑𝒔 à 𝒑𝒆𝒓𝒅𝒓𝒆. 𝑵𝒐𝒖𝒔 𝒂𝒍𝒍𝒐𝒏𝒔, 𝒅𝒂𝒏𝒔 𝒖𝒏𝒆 𝒓𝒊𝒈𝒖𝒆𝒖𝒓 𝒎𝒊𝒍𝒊𝒕𝒂𝒊𝒓𝒆, 𝒇𝒂𝒊𝒓𝒆 𝒆𝒏 𝒔𝒐𝒓𝒕𝒆 𝒒𝒖𝒆 𝒍𝒆𝒔 𝒊𝒏𝒔𝒕𝒓𝒖𝒄𝒕𝒊𝒐𝒏𝒔 𝒒𝒖𝒆 𝒏𝒐𝒖𝒔 𝒂𝒗𝒐𝒏𝒔 𝒓𝒆𝒄𝒖𝒆𝒔 𝒔𝒐𝒊𝒆𝒏𝒕 𝒂𝒑𝒑𝒍𝒊𝒒𝒖𝒆𝒆𝒔 ». Le Sénégal entend désormais accélérer, innover, construire et entretenir ses infrastructures, dans le respect des délais et dans la transparence.
𝐀𝐦𝐚𝐝𝐨𝐮 𝐀𝐥𝐢𝐨𝐮 𝐁𝐀, Ingénieur Polytechnicien en Génie Civil
Membre du MONCAP
Chargé de la massification de PASTEF NDIAYENE PENDAO
Chargé de projets à l’AGEROUTE
Contact : amaliouba@gmail.com