74 sénateurs américains exhortent Kerry à agir pour la liberté de la presse en Turquie



74 sénateurs américains exhortent Kerry à agir pour la liberté de la presse en Turquie
"Nous vous écrivons pour exprimer notre profonde inquiétude sur la persistance des violations des droits de l'Homme en Turquie", ont écrit 74 sénateurs, Républicains et Démocrates confondus. C'est une première historique, le nombre le plus élevé de sénateurs qui ont signé jusqu'à maintenant une lettre concernant la Turquie. Quelques semaines auparavant, 90 membres de la Chambre des Représentants avaient également saisi Kerry pour qu'il soutienne plus fermement la liberté de la presse dans ce pays. Ce qui avait provoqué la colère des responsables turcs en tête desquels le président Tayyip Erdogan. Celui-ci avait accusé les signataires d'avoir été "achetés". La lettre actuelle pourrait entraîner des réactions semblables dans un contexte pré-électoral où il est de coutume d'employer une rhétorique anti-américaine.

 
Préoccupation sur les procédures touchant Ekrem Dumanli et Hidayet Karaca
Le Sénat américain est particulièrement inquiet des arrestations et détentions récentes et de la censure du gouvernement. En décembre 2014, Ekrem Dumanli, le rédacteur en chef du quotidien le plus diffusé de Turquie Zaman, était placé en garde à vue. Tout comme Hidayet Karaca, le directeur de la chaîne STV. Celui-ci est en détention depuis plus de 3 mois. Le texte estime que la procédure se fonde sur des charges douteuses et qu'elle reflète un abus dans un contexte où des accusations de corruption sont un débat d'intérêt public. Les élus ont rappelé que la liberté d'expression était un principe non négociable d'une véritable démocratie. "Nous espérons que vous discuterez de cette question avec le gouvernement turc", ont écrit les sénateurs. Ils ont rappelé le rapport de Human Rights Watch qui évoquait une "répression" contre les voix dissidentes en Turquie.

 
"Un tel effort du gouvernement turc pour censurer la presse est un affront aux principes de base de la démocratie, d'une société libre, de la libre entreprise, de l'Etat de droit et de l'égalité". Depuis l'éclatement des affaires de corruption en décembre 2013, le pouvoir turc a intensifié sa pression sur la presse. Une dizaine de journalistes sont actuellement sous les verrous. Au début du mois de mars, les autorités ont arrêté un journaliste connu pour son opposition au gouvernement, Mehmet Baransu, accusé d'avoir révélé des documents et des propos secrets.  Erdogan estime que les investigations qui le touchent sont malveillantes et qu'elles visent à le renverser. Tous les suspects ont, depuis, bénéficié d'un non-lieu, les procureurs ont été déplacés, des policiers ont été limogés. Récemment, c'est l'Assemblée nationale qui refusait de renvoyer les ministres accusés devant la Haute Cour de justice.

 
Dans son dernier rapport, Reporters Sans Frontières (RSF) place la Turquie au 149e rang sur 180 dans le classement de la liberté de la presse. Freedom House a de son côté qualifié la Turquie de pays "non libre" en matière de la liberté de la presse. La semaine dernière, c'est le Département d'Etat américain qui annonçait que la liberté des journalistes était une "préoccupation constante" vis-à-vis de la Turquie. Une étude de l'université de Harvard a également mis en évidence qu'au moins 1000 journalistes avaient perdu leur emploi depuis 2013.
 


Lundi 30 Mars 2015 - 14:36



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