CHEIKHNA CHEIKH MAHFOU AIDARA : Pragmatisme et sainteté au service de l’Islam

Gloire et Gratitude à la lignée des sourafa ou des Alhoulbayt : Sainte lignée qui constitua les gens de la maison du Sceau des prophètes, MOUHAMMAD (P.S.L) fils d'Abdallah et d’Aminata. Qu’hommage soit rendu à Allahou Talah de vous entretenir d’une figure emblématique de cette lignée bénie de Dieu.



CHEIHNA CHEIKH MAHFOU AIDARA
CHEIHNA CHEIKH MAHFOU AIDARA
Avec humilité et des tares imputables à l'Humain, nous nous livrons  à retracer une infime dimension de CHEIKHNA CHEIKH MAHFOU AIDARA. Il a vécu soixante trois ans (63) en ce bas-monde. Le chérif sénégambien a rempli sa mission terrestre grâce à une foi ardente et sans faille à l'unique Dieu, miséricordieux, omnipotent et omniscient. Par la diplomatie et par la rhétorique dissuasive, chérif Cheikh Mahfouz AIDARA a converti massivement plusieurs peuples païens dont : BAMBARA, BEAFAB, BALANTE, WOYINKE, PEPEL, KABOUNKE, DIOLA DU FOGNY-KOMBO.

A coté de ce prosélytisme pacifique, il a réalisé des médiations entre des résistants Africains et des conquérants coloniaux. S'il s'est livré à cette œuvre philanthropique, c'est à cause de sa passion pour la concorde PAN-HUMAINE et pour la paix entre les peuples.

Face aux peuples empêtrés dans l'obscurantisme dû à la croyance aux forces occultes d'un fétichisme satanique, le chérif Cheikh Mahfouz AIDARA a fait montre de ses aptitudes surnaturelles.

Dans sa vie de dévotion, jamais égalée, dans l'espace sénégambien, le Saint chérif présentait plusieurs dispositions innées et des acquisitions intellectuelles prédites, tour à tour  par son grand père : Mohammad FADEL et par son maître spirituel : Cheikh Saadbou.

A travers les pages qui suivront, nous allons dans la mesure du possible, retracer les faits marquants de la vie du Saint Homme.
 
 
CHERIF MAHFOUAIDARA: une nativité de lumière
Cheikh Mahfouz est le fils du vénéré Cheikhna Cheikh Abba, dit Taleb KHAIR. Il est né vers 1856 à Al Audu, dans le Hodh (près de Oualata). Il est le petit fils de Mohammad FADEL, patriarche de la communauté des Taleb Al Makhtar. Cheikhna Cheikh Abba ou Taleb KHAIR est le neuvième fils de Mohammad FADEL.

NB: Mohammad FADEL est le fondateur de la confrérie Fadéliya. Plutôt connu sous le titre de célèbre Cheikh du Hodh, Mohammad FADEL est le père, aussi « des deux grandes lumières de l’Islam » que sont, Ma el-Aïnin bouclier (de la résistance contre l’avancée des Français, aussi bien au Maroc et au Sahara occidental) et du Saint érudit Cheikh Saadibou du Tichit (Nimzatt).

Le très vénéré Cheikh Mohammad FADEL s'est éteint en 1869 dans le Hodh. En grand érudit en exégèse, il a révélé la mission divine de Cheikh Mahfou AIDARA dès la naissance de celui-ci. A travers les vagissements du bébé Mahfou AIDARA, Mohammad FADEL indiquait, sans ambages que : « Cheikh Mahfou AIDARA propagera l'lslam dans une contrée abritant le plus grand fétiche de la sous-région : BINAKO». Comme pour étancher la curiosité des convives ou de ses talibés, Mohammed FADEL apporta des clarifications très édifiantes sur l’environnement écologigue de BINAKO. Selon lui : « BINAKO se situe en Afrique noire, dans une zone de forêt à arbres géants et gibyeuse.  BINAKO est une ville ou un village dont les populations sont paganistes et animistes. Il est une ville ou un village qui abrite le plus grand fétiche qui polarise la Casamance et la Guinée dite Portuguaise.

Apres Nabillahi Insa, Cheikh Mahfou AIDARA est le deuxième enfant-bébé qui communiqua pour la postérité. En 1893, Cheikhna Cheikh Saadbou, à son tour, révéla à son talibé : « Ton grand père, Mohamrned FADEL t'a prédit Binako pour accomplir ta mission divine. Moi, je te signale que tu étendras l'lslam dans une autre contrée fétichiste ».
Chacune de ces prédictions se réalisa :
- En Mai 1908, Cherif Mahfou AIDARA arrive à Binako. Désormais, les chants de Muezzins vont supplanter la libation et les sacrifices païens.

- En1914, Cheikh Mahfou AIDARA quitte définitivement Binako, pour s’établir à NARA (Village païen du FOGNY-KOMBO. Il y connut des succès fulgurants dans sa mission d’islamisation. C’est ainsi que le Saint homme va rebaptiser NARA sous le toponyme de DARESALAM ou « la cité de Paix ». Daresalam est aussi une cité de dévotion pleine à Dieu. C'est ici, que le Saint Cherif, le très vénéré Cheikhna Cheikh Mahfou AIDARA s'est éteint en Novembre 1919.
 
LE CURSUS INTELECTUEL DE CHIEKH MHAHFOUAIDARA
Toutes les sources orales s’accordent à reconnaitre que Cheikh Mahfou AIDARA était doté d’une intelligence exceptionnelle et hors du commun : il était un véritable surdoué. Ces mêmes sources attestent que :
« Cheikh Mahfou AIDARA a assimilé parfaitement les 114 sourates du coran alors qui’il n’avait que quatre ans ». A cet âge déjà, il récitait avec une rare aisance, chacun des cent quatorze sourates du coran.

Cheikhna Cheikh  Abba ou Taleb KHAIR a confié, dès l'âge de 14 ans, le jeune Mahfou AIDARA, au Cherif Cheikhna Cheikh Saadbou. Cheikhna Cheikh Saadbou est le jeune frère de Cheikhna Cheikh  Abba-Taleb KHAIR.
Etabli à Tichit (Nimzatt), Cheikhna Cheikh  Saadbou est le dépositaire de la confrérie Fadélya dans le Trarza.
En réalité, Cheikh Mahfou était confié à cet oncle paternel, pour que ce dernier rafermisse son caractère et accroitre son aura dans la baraka Chérifienne.

De 1870 à 1893, Cheikh Mahfou AIDARA est demeuré talibé de Cheikh Saadbou. Avide de savoir davantage, Cheikh Mahfou AIDARA quitta momentanément son maître spirituel. Il a beaucoup voyagé de 1880 à 1893, entre la Mauritanie et le Sénégal. Durant treize ans de voyage d'études, Mahfou AIDARA a séjourné dans plusieurs foyers islamiques dont : Oualata, Tagant, Adrar, chinguetti, Dra dans la communauté des Kçour Tekna et d'oued Noun.
Il compléta ses études à Smara, auprès de Ma el-Aïnin (dans le Saguit Al Hamra). A l'issue de toute cette odyssée, Cheikh Mahfou devient une véritable bibliothèque ambulante. C'est à ce stade d'intellectuel aguerri, qu'il revient auprès de son maître : Cheikhna Cheikh Saadbou, en 1893. Les motifs de ce retour reposent sur la nécessité de parfaire son initiation appropriée à l'ordre Qadriya.

Mesurant l'étendue du savoir de son disciple, Cheikhna Cheikh Saadbou décida de l'émanciper. Il le gratifia du titre très noble de Cheikh.
LES DIFFERENTES MISSIONS CHERIFFIENNES DE CHEKH MAHFOU AIDARA
 
Dès sa naissance, Cheikh Mahfou AIDARA a su la mission divine qui lui a été prédestinée. Il suit sa voie sacerdotale de réconcilier l'Homme avec sa foi, en un Dieu unique. Il s'y engouffra avec certitude. C'est ainsi, entre 1893 et 1915, il a rempli plusieurs missions. A l'espace de vingt deux ans (22ans), le Saint Cherif s'est illustré avec pragmatisme dans la diplomatie médiatrice, dans le prosélytisme et dans la formation de l'Humain.
 
Les missions de médiation
Les présences Françaises et Portugaises sont perçues par Cheikh Mahfou AIDARA comme une volonté de Dieu.
Dans sa réthorique dissuasive, Cheikh Mahfou avait bien compris l’inégalité de rapport de force entre les antagonistes occidentaux et africains. Pour persuader les résistants africians contre toute vélleité d’opposisiton à la pénétration coloniale, il stipulait souvent : « la victoire coloniale est inéluctable. Toute résistance face à cette volonté divine conduirait les peuples Africains à la déperdition et à la perte de son âme identitaire. Le mieux serait de retourner à Dieu pour le maintien et la consolidation de nos acquis spirituels en l’Islam ». En marabout pacifique, Cheikh Mahfou AIDARA est contre toute forme de violence et d’injustice de l’Homme en vers son prochain. C’est dans cet élan de prosélytisme pacifique, qu’il va séjourner dans le Nioro du Sahel  auprès d'Ahmadou de SEGOU ou Ahmadou TALL (fis ainé d’EL HADJI OMAR FOUTYOU TALL), en 1893. Il a tenté, vainement de réconcilier le Sultan Ahmadou TALL avec le colonel Archinard. Par la même veine, il se rendit aucours de la même année, dans la cour de Samory TOURE : empereur du Wassoulou. En panafricaniste convaincu, il a, aussi, tenté de sceller entre le Sultan Ahmadou (se voulant émire El Mouminina) et l’Almamy Samory TOURE, un pacte de fraternité qui transcenderait leurs ambitions réciproques. Cette tentative a été vaine. Son séjour du Wassoulou a duré six mois et se termina par une sérieuse brouille. A son arrivée au Wassoulou, Samory avait un captif blanc du nom de Mr BROCARD. BROCARD était un Français, employé par Samory TOURE, comme palefrenier. Cheikh Mahfou AIDARA appréciait mal ce statut de captif blanc. Il conseilla Samory « de libérer ce prisonnier Français ».
Cette requête chérifienne a courroucé l’empereur du Wassoulou. Samory décida alors de déclarer : « Cherif Cheikh Mahfou, persona non grata dans le Wassoulou ». De retour du Wassoulou, Cheikh Mahfou entreprit une brève escale à Saint-Louis du Sénégal en 1896. Pendant quelques mois, il s'établit dans le Sandougou (à quelques encablures du territoire britannique de la Gambie). Ensuite, le chérif poursuit sa voie qui le mena dans le Woye, en Guinée dite Portugaise. Il arriva au Woye en 1897, pour s'établir, par la suite, sur les rives du Rio de Gêba entre 1898 et 1901. Sur les rives du Rio de Gêba, il se fixa dans la province de Kanadougou : précisément à Pakoua. Puis il rejoint le Kabou dans les provinces de Kadé et de Dania. Parallèlement à Paphane, le Chérif Cheikhna Cheikh Mahfou AIDARA s’est, aussi, établit à Kantoufa et dans la cité vénérée de Bidjini.

Dans le Woye, son influence s’étend dans plusieurs villages : Bafata, Birban, Bissinkiti, Dembassou, Mansaba. Entre 1901et 1905, le chérif va jouir d'une très grande popularité dans le Woye. Aucours de ce long périple, il a converti plusieurs Balantes du Woye, des Woyinkés, des Peuls Kabou, des Beafad ou Kinara Diola.

De 1904 à 1912, dans le Woye, sévit la rébellion des Balantes contre le commandanté de Farim : FALCOM. En 1905, il a tenté une réconciliation entre les Balantes du Woye et l'administration Portugaise. Mais les Portugais apprécièrent mal la grande influence du chérif sur les populations indigènes ou autochtones. Ce qui pousse les Portugais à le placer en résidence surveillée à Pakoua, puis à le frapper d’une interdiction de séjour en Guinée dite Portugaise.
 
L'étape décisive de la mission divine
 
Dès sa naissance vers 1856, Mahfou AIDARA avait été prédestiné à un grand destin par son grand-père, Muhammad FADEL. Son étoile brillait pour la propagation de l'lslam jusqu'aux contrées lointaines où l'animisme est hégémonique. Son horoscope s'illustrait pour la trouvaille de BINAKO.

Retrouver cette cité obscurantiste symbolisant la JAHILYA est devenue une obsession pour le chérif Mahfou. Il mena d'intenses activités, durant quinze ans (1893-1908). Toutes les missions de médiation, antérieurement entreprises, ont été secondaires par rapport à ses ambitions prosélytes. BINAKO attirait le Saint Homme comme l'aimant le fait pour un acier.

Dans la recherche de BINAKO, il rallie la Guinée dite Portugaise, en 1897, à partir de Niakou (Sandougou).
Son séjour en Guinée dite Portugaise a duré onze ans. Pendant ces onze ans il s'est établi dans le Woye de 1897 à 1898, puis de 1901 à 1908. Dans la province de  Kanadougou où il a élu domicile à Pakoua sur les rives de Rio de Géba de 1898 à 1901.

En marge du Kanadougou, il s'établit dans le Kabou, précisément à Kadé et à Dania, à Kantoufa et à Bidjini.  Le chérif, grâce à sa persévérance, à sa diplomatie de petits pas et grâce à sa rhétorique dissuasive, a converti plusieurs autochtones en l’Islam. Il faut retenir que dans le Woye, il a eu un disciple d'une très grande renommée : le chef de guerre Abdou N'DIAYE.

Si le monothéisme Mohamettan a supplanté le paganisme dans ces provinces, jadis animistes, c’est avec le concours de ses plus remarquables disciples dont : Bara, Demba KONTE, Moustapha KONTA et Mamadou KONTA.
En 1898, à son bref séjour dans la province des peuls Kabou : au Canton de Paphane, il sera l'hôte du chef Mamadou PATHE ou PATHE KOYO. PATHE KOYO est le frère du puissant souverain peulh Kabouké : Mody Sellou Kayada ou Sellou Koyo.

Chérif Cheikh Mahfou AIDARA eu le privilège particulier d’être choisi par Mamadou Pathé, chef de canton du Paphana, comme son Marabout officiel.

Cette vague d'islamisation déferlante a rendu les autorités administratives Portugaises très frileuses. Le Saint chérif deviendra très indésirable en Guinée dite portugaise. Ce fut le prétexte de son interdiction de séjour dès 1905. En 1908 l'administrateur du cercle de Sedhiou, le commandant COPPET reçut des hautes autorités de la colonie du Sénégal, l'ordre de rétrocéder en faveur du chérif, pour son accueil en Casamance. Il arrive en Casamance, aucours de la même année. Sédhiou est son premier point de chute. Cette arrivée à Sedhiou est marquée par deux coincidences heureuses :
-           L'adjoint du Commandant de cercle de Sedhiou est l'ancien captif Français de Samory TOURE. Un palefrenier blanc dont la libération a été réclamée par chérif Mahfou en 1893. Ce qui fut à la base de la brouille entre l'empereur Samory et le chérif. Cet adjoint est Monsieur BROCARD.

-           Les Balantes, à la suite d'une terrible altercation, étaient jugés pour coups et blessures. Ces justiciables étaient originaires de Binako. A l'ouie du mot Binako : crédo religieux de sa mission, Cheikh Mahfou raffolait d'entrer en contact avec les ressortissants de sa cité de prédilection.

En guise de reconnaissance de l'intervention du Saint chérif au prés de Samory et en sa faveur, Monsieur BROCARD voulut que cheikh Mahfou AIDARA s'établisse à Sedhiou. Le Chérif déclina l'hospitalité. Car, l'étape décisive de sa mission divine, prédite par son grand-père, est BINAKO. En plus, s'établir à Binako, lui permettra d'être à la proximité de ses multiples disciples résidant en
Guinée dite Portugaise. Sa décision fut assouvie par Monsieur BROCARD. Celui-ci l'autorise à s'établir à Binako en Mai 1908. Il lui a octroyé une terre large de huit kilomètres carrés. Dans son exode pour la Casamance, le Chérif était en compagnie de deux disciples : Arfang Omar GASSAMA et Keba TOURE.

Cette présence était mal vue par les Balantes. Car Binako est à la proximité de leur zone de parcours. Mais le Chérif, dont la lame de fond du prosélytisme, est le pacifisme, a dû cohabiter avec les Balantes. Par l'art d'une diplomatie persuasive, il a noué amitié avec le grand devin de Mangaroungou : Karkaye DIATTA. Néanmoins, il fera face à l'hostilité mystique de la grande devineresse : N'janga jééra de Mangaroungou. Les Balantes, malgré les comportements, de Cheikh Mahfou AIDARA, empreints de convivialité et de jovialité à leurs égards, se montrèrent très perplexes et réservés vis-à-vis de leur hôte.

Pour témoigner de ses bonnes intentions aux autochtones Balantes, il a confié à leurs bouviers, son immense troupeau de vaches. Par ces gestes de magnanimité, les Balantes lui ont accordé une adulation sans faille. Ce qui permit une conversion progressive de quelques Balantes dans l'lslam. Cette lune de miel entre le chérif et ses tuteurs fut de durée éphémère. Son cheptel se rétrécit, au fil du temps, à cause de la rapine et du vol. Cheikh Mahfou accuse les bouviers Balantes d'être auteurs de la disparition des têtes de bovins. Une accusation qui fut très mal perçue par les habitants de Mangaroungou et environs. C'était en 1909. Les Balantes très courroucés tuent cinq (05) talibés du chérif. Cet assassinat collectif, un véritable acte gratuit et crapuleux, eut un ample écho dans le cercle de Sédhiou. Ce présage dangereux pour la paix et la stabilité intercommunautaire emmena le Commandant COPPET à se déplacer jusqu'à Binako. Il proposa au chérif un bataillon de tirailleurs pour réprimer les auteurs de ces actes criminels. Deux mobiles sont à la base du zèle du commandant COPPET :
- La consolidation de la pacification du Balantacounda.
- La protection d'un allier sûr : un apôtre véritablement pacifique.

Le chérif déclina l'offre de l'adminlstrateur colonial. Car il est adossé sur un pilier indécrottable qui est l'lslam. Il fit savoir au commandant que : « son chapelet est plus redoutable que toute autre arme ; le jour où sept grandes Mosquées seront construites au Balantacounda, les Balantes embrasseront, majoritairement, l’Islam ». A la suite de ce meurtre, chérif Cheikh Mahfou observa une retraite mystique ou halwa de neuf nuits. A sa sortie de cette retraite, il décréta : « chaque talibé tué va entrainer la mort de cent (100) Balantes ». Cette malédiction est à l'origine probable d'une rixe fratricide dans la quelle les Balantes vont s'entretuer. Le bilan total des morts est de cinquante (50) individus. Ensuite de 1909 à 1912, une folie meurtrière et une terrible épidémie semparèrent du balantacounda. Les Balantes vont observer durant quatre ans une épreuve ordalique ou abreuvage du Tali. Dans l’unique année 1912, dans les tannes de Rèw (prés de Ngoré en Guinée dite portugaise) il y a eu deux cent soixante dix (270) morts.

Cette autodestruction massive des Balantes engendra chez le chérif de très profondes compassions. Son cœur de saint ne peut pas supporter, pour longtemps, cette hécatombe. Lui, le grand médiateur entre des résistants africains et des envahisseurs coloniaux ; lui apôtre du prosélytisme diplomatique, est très affligé par le grand nombre de morts. Ces morts massives sont dues à l’incrédulité. Dans un grand regret, il va décider de quitter Binako, en 1914, pour entreprendre l’odyssée de l'Ouest. Par ce geste fatidique, la prophétie de Cheikh Saadbou de Nimzatt, se confirme.
 
La grande odyssée du Fogny kombo
Dès 1909, le climat social entre les Balantes et le chérif est devenu très délétère. L'amertume du chérif à l'égard des autochtones Balantes a été très grande. Il décida de quitter Binako en 1914. Parti de Binako, le chérif fit une grande partie du voyage par la voie fluviale pour atteindre Nara. Nara est la cité de prédilection annoncée par Cheikh Saadbou. Avant Nara, le Chérif a fait beaucoup d'escales : Tambacounda (près de la Gambie), Diouloulou, Oumorto, Kénaba. Nara porta le nouveau toponyme de DARESSALAM. Daressalam devient la cité rayonnante, riche en plusieurs exploits du Saint chérif. A partir de Daressalam, le chérif étend l'ISLAM dans plusieurs localités Diola (symboles du Paganisme) dont : Tandouck, Thiobon, Diatock, Bessir, Baïla, Kartiack,Tandième, etc.

Progressivement, dans toute la contrée, la confrérie Quadri devient un effet de mode et de prestige. Les adhésions à l'lslam se propagent et s'amplifient dans les villages les plus lointains du Fogny. Cette adhésion des villages se réalisa grâce aux contributions dévouées et sincères de plusieurs illustres disciples dont les plus marquants sont : Cheikh lbrahima Dianko DlEDHIOU de Thiobon, Kémo DIATTA de Diouloulou, Amadou DIENG de Sédhiou, ou Ousmane DIATTA. L'étape de Tambacounda permit au chérif de découvrir les ruines de Kénaba en compagnie de Cheikh lbrahima DIATTA.

Entre 1914 et 19l5, l'étendard du chérif flotte au dessus des plus importants villages du Fogny-Kombo. Ainsi Thiobon devient le centre de gravité de la polarisation de l'ISLAM. Parallèlement à la citadelle Islamique de Thiobon, le chérif effectue un voyage à Birkama. Les portes de la Gambie s'ouvrent au chérif Cheikh Mahfouz AIDARA. Son tuteur de Birkama est Cheikh lbrahima SANE, un grand disciple de Cheikh Saadbou. De ce tuteur, il eut la main d'une promise. Celle-ci est la fille de Cheikh lbrahima SANE et la mère du Saint Cheikh Abba.
Cheikh lbrahima SANE offrit une autre fille au jeune frère de Cheikh Mahfou AIDARA, comme épouse : en l'occurrence Cheikh Adramé. L'influence du Chérif s'accroit davantage.

       En Gambie, dans plusieurs localités : Birkama, Sabigny, Sérécounda, Youndoum, des talibés affluent en grand nombre dans la confrérie Qadrya. Dans toutes ces localités, il se fit respectivement représenter par des disciples très illustres dont : Boubacar MANE (Birkama), Mamadou Bilal (Sabigny), Kécouta BODIAN (Sérécounda), Naffis (Banjul) et Samba DIAO (Youndoum).

L’île de Karabane et ses environs tombent dans l'escarcelle de l'ISLAM. Il y construit une mosquée placée sous l’Imamat de Mor DIOP.

En souvenir, il y a lieu de rappeler qu'entre 1880-1893, Cheikh Mahfou, en bon talibé de Cheikh Saadbou, avait effectué une intense navette entre la Mauritanie et le Sénégal. Dans une des occasions, les Lebous de Saint-Louis lui avaient, exprimé le vœu de s'y établir. Il informa son maitre Cheikh Saadbou, par écrit sur cette offre d'hospitalité des Saint-Louisiens. Cheikh Saaddbou lui exprima son accord, en ces termes : « Saint-Louis est mon salon. Dakar est ma véranda. Les rives de Foundiougne constituent la limite des zones d'influence de mes successeurs et des miens. Jusqu'au-delà…en Gambie, dans les deux Guinées, tu évolueras ». Toute cette prophétie se réalisera. Car Cheikh Mahfouz aura beaucoup de disciples sur toutes les terres énumérées par Cheikh Saadbou.
En 1915, il arrivera à Dakar. Il sera successivement hébergé par deux très distingués notables Lébous dont : Cheikh lbra GUEYE et Cheikh Youssouph Bamar GUEYE, sise avenue William PONTY. C'est dans le domicile de Youssouph Bamar GUEYE qu'il eut la visite du Saint marabout Malick SY de Tivaoune. Ils y ont noué amitié. Dans ce qui suit, il sera mis en relief la substance de leur entretien.
 
 

Professeur Sény SADIO, Historien, Chercheur

Samedi 17 Septembre 2016 - 15:37



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