Cheikh Tidiane Diakhaté, président du Conseil constitutionnel "le Magistrat des dossiers brûlants"

Portrait. Le haut magistrat Cheikh Tidiane Diakhaté qui vient d’être nommé à la tête du Conseil constitutionnel est assurément un magistrat des dossiers brûlants et des circonstances…heu extraordinaires depuis plus d’une vingtaine d’années maintenant ! Il essuie depuis que le président du Conseil supérieur de la magistrature et non moins chef de l’Etat du Sénégal l’a élevé au rang de président du Conseil constitutionnel, les soupçons de partialité d’une partie de l’opposition sénégalaise, notamment du Parti socialiste et de l’Alliance des forces du progrès (Afp).



Dans un communiqué au vitriol, les camarades de Ousmane Tanor Dieng son condisciple pourtant, n’y sont pas allés en effet du dos de la cuillère pour fustiger sa nomination à la tête des cinq sages appelés à connaître des élections et de leur transparence. « Sans conteste, cette nomination a troublé les esprits. Il ne s’agit pas de jeter l’opprobre, mais comment ne pas garder en mémoire les verdicts aux relents politiques rendus par la Cour d’appel alors qu’il en était le Président. Si l’objectif est de mettre l’homme qu’il faut à la place qu’il faut, il y a lieu de s’étonner de cette grave lacune qui, à elle seule déjà, est grosse d’hypothèque sur la garantie d’une bonne administration de la justice », déclarent-ils. Arrêt pour le moins sans circonstances atténuantes entraînant une condamnation sans recours et sans rémission de peine !

Pourtant le tout nouveau président du Conseil constitutionnel qui, pour les socialistes et les progressistes de Moustapha Niasse aujourd’hui dans l’opposition « a symbolisé la domestication d’une certaine frange de la justice sénégalaise avec le contentieux pré-électoral des listes de la Coalition Sopi forcloses à Ndindy et à Ndoulo, ainsi qu’avec le contentieux postélectoral de Mbane… », a servi au plus haut niveau du temps où ils exerçaient eux le pouvoir, tout le pouvoir dans le pays. Est-ce à dire que c’est parce qu’il « avait été domestiqué et servait par conséquent aveuglement les injonctions » de l’Exécutif d’alors ?

La question mérite d’être posée quand on sait que le Doyen des juges d’instruction du tribunal régional hors classe de Dakar de 1988 à 1994, Cheikh Tidiane Diakhaté, a eu à connaître, à piloter tous les dossiers chauds de ces années de braise qui ont vu l’assassinat du juge constitutionnel, Me Babacar Seye au sortir des élections contestées de 1993. La tuerie contre les policiers des allées du Boulevard Centenaire en 1994 suite à une marche de l’opposition d’alors et tant d’autres dossiers que sa position d’instructeur en premier, amenait à connaître et à instruire et qui avaient forcément atterri sur sa table. Etait-il à l’époque plus sur qu’aujourd’hui et sa force serve au régime en place ?

Sorti en 1977 de la section judiciaire de l’ex-Ecole nationale d’Administration et de la magistrature (Enam), Cheikh Tidiane Diakhaté, le « Thièssois » d’origine Soninké, arrivé certainement dans la capitale du rail en plein Cayor dans les wagons du Dakar-Niger, est de la deuxième promotion des magistrats formés au pays. Sa promotion vient après celle première de l’auteur du fameux « flagrant délit continu », le Procureur général Abdoulaye Gaye et du charmant juge, Chérif Soumaré. La région de Diourbel lui permet d’étrenner sa robe de magistrat. Il y exerce jusqu’en 1983. Il est nommé à la tête du tribunal de première instance de Ziguinchor à partir de cette date.

Témoin aux premières loges par conséquent des événements douloureux consécutifs d’une crise casamançaise qui perdure. En 1988, il rallie la capitale : Dakar où il est nommé doyen des juges d’instruction du tribunal régional hors classe de Dakar. Poste qu’il occupe jusqu’en 1994. Il atterrit à la Cour d’appel et il en devient le président de la Chambre d’accusation jusqu’en 2000. A partir de cette date, le Conseil d’Etat l’accueille et lui fournit occasion de raffermir son droit administratif.

En 2003 il est nommé Procureur général auprès la Cour d’Appel de Dakar, puis Avocat général à la Cour de Cassation. En 2004, celui dont la seconde épouse, fut doyenne des juges d’instruction comme lui au tribunal régional hors classe de Dakar, Mme le juge Seynabou Ndiaye Diakhaté qui exerce désormais à la Cour commune de l’Union économique et monétaire ouest-africaine, Uemoa siégeant à Ouagadougou, la capitale burkinabé, premier président de la Cour d’Appel hérite du fameux dossier des chantiers de Thiès 44. Il est en effet, président de la Commission d’instruction de la Haute cour de justice réactivée depuis la mise en accusation dans cette affaire par l’Assemblée nationale de l’ancien Premier ministre, Idrissa Seck en disgrâce.

Son épouse, est la première instructrice du tribunal régional. N’empêche, la commission d’instruction conclut à un non lieu « partiel » après ses investigations. Idrissa Seck et ses co-accusés sont libres. Président de la Cour d’Appel, le magistrat est également président de la Commission nationale de recensement des votes. A ce titre, il a supervisé depuis 2004, toutes les consultations populaires : quatre au total. La présidentielle de 2007 avec pas moins de 15 candidats sans grosses vagues même si le candidat Wade passe dès le premier tour à la surprise générale, les législatives boycottées de la même année, les sénatoriales et les locales de 2009 qui ont vu la formidable percée de Benno Siggil Senegaal.

Certes ses détracteurs actuels avancent que « le parti pris, pour le pouvoir, de la Cour d’Appel qu’il dirigeait était si flagrant que la Cour Suprême a dû censurer la Cour d’Appel et dire le droit, faisant ainsi honneur à ses membres qui ont respecté leur serment de rendre la justice au nom du peuple sénégalais ». A quoi ses amis rétorquent que Benno a vu ses 183 recours agrées par la Cour d’Appel. Et même pour Mbane, la Cour suprême s’est rangée de son côté. Il s’y ajoute, poursuivent-ils, que le président de la Cour d’Appel, Cheikh Tidiane Diakhaté n’a jamais fait l’objet de parjure ou de déni de justice. Ils soutiennent également, que le tout nouveau président du Conseil constitutionnel qui n’est pas une cour de justice, mais une simple chambre consultative, n’a pas de voix prépondérante. Sa voix ne pèse pas plus que celle des autres membres. Les Sénégalais auront eux le loisir de le juger sur pièce. La présidentielle de 2012 qui charrie déjà les passions pointe à l’horizon. Mais le juge hors hiérarchie depuis 1992 aura connu, lui de tous les dossiers chauds de ces 20 dernières années.




Madior Fall (Sud)

Jeudi 26 Août 2010 - 11:34



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