Cinéma : La réalisatrice Rama Thiaw demande à Macky SALL de respecter ses engagements

La réalisatrice sénégalaise Rama Thiaw appelle le président de la République, Macky Sall, à débloquer l’argent destiné au Fonds de promotion de l’industrie cinématographique et audiovisuelle (FOIPICA).



"J’appelle le président Macky Sall à nous indiquer une date et à nous remettre cet argent " dont il a lui-même annoncé l’inscription dans le Budget de l’Etat 2014 » tels sont les propos de la cinéaste, Rama Thiaw qui a pris part à la 25e session des Journées cinématographiques de Carthage (29 novembre-6 décembre). Le 12 mars 2013, en recevant les cinéastes sénégalais primés au Festival panafricain du cinéma et de la télévision d’ Ouagadougou (Fespaco), dont le Grand Prix Alain Gomis, M. Sall avait annoncé qu’un budget d’un milliard de francs CFA allait être alloué à la production cinématographique en 2014.


Un comité chargé de la gestion de cette subvention, présidé par le ministre de la Culture, a été mis en place, à la suite de l’annonce faite par Macky Sall. La Direction de la cinématographie a reçu quelque 85 projets soumis à l’examen d’un comité de lecture. Mais à trois semaines de la fin de 2014, les procédures de décaissement de l’argent destiné au FOIPICA connaissent encore des lenteurs. « Il est urgent qu’on nous donne l’argent du FOIPICA, qu’on nous a promis, et de manière transparente.


Qu’on nous alloue cet argent-là, parce que le cinéma n’est pas un secteur mendiant. Il faut comprendre que le cinéma est une industrie capable même de développer le Sénégal », a insisté Rama Thiaw. Lors des Journées cinématographiques de Carthage, à Tunis, elle a participé à l’atelier "Takmil" (finition, en arabe), à l’issue duquel son documentaire "The Revolution Won’t Be Televised", en cours de réalisation, a reçu le prix de l’Organisation internationale de la Francophonie (Oif), d’un montant de 10 mille euros, environ 6,5 millions de francs CFA. Avec ce montant, elle doit boucler ce documentaire.


The Revolution Won’t Be Televised" raconte l’histoire de Thiat et Kilifeu, du groupe de rap Keur Gui, activistes impliqués dans les événements sociopolitiques qui ont marqué le Sénégal entre juin 2011 et mars 2012.  Rama Thiaw est allé au-delà de ces événements et s’interroge sur ce qu’est devenue cette "révolution", en faisant des incursions dans l’intimité des deux musiciens. Elle estime que l’initiative est bonne, parce qu’il nous faut des fonds nationaux. Aujourd’hui, on ne peut pas parler d’un cinéma sénégalais alors qu’il n’y a aucun centime de l’Etat sénégalais dans les films.


« Ce n’est pas possible », soutient Rama Thiaw. "Un film porte la nationalité certes du réalisateur, des comédiens et des techniciens, mais il porte aussi la nationalité des investisseurs Or, aujourd’hui, ce qui se passe au Sénégal, c’est que tous les films sénégalais sont financés par l’extérieur, et à 80% par la France ». Selon elle, « on fait du cinéma français, il ne faut pas qu’on se leurre, parce que c’est eux (NDLR : les Français) qui jugent nos scénarios. C’est eux qui jugent nos plans de financement, c’est eux qui jugent l’artistique de nos films ». La jeune réalisatrice estime par ailleurs  que le cinéma est une industrie majeure.


« Sur chaque film que nous faisons, nous faisons vivre au minimum 20 techniciens, donc 20 familles. A côté de ceux-là, il y a des chauffeurs, des restauratrices, des hôteliers et d’autres personnes ». A-t-elle  indique. « On fait vivre l’économie locale, on fait vivre les techniciens locaux. A chaque fois qu’on fait un film, on crée une société et on crée une entreprise. Ça, il faut que les dirigeants l’aient dans la tête » poursuit Rama Thiaw. Et d’ajouter « nous avons besoin de financements. Les entreprises coûtent cher.


Le budget d’un film documentaire comme le mien coûte 150 mille euros (environ 98 millions de francs CFA). Je n’ai pas 150 mille euros dans mon compte bancaire", a-t-elle expliqué. « Donc je vais aller chercher ces financements-là. Or, ces 150 mille euros vont être dépensés au Sénégal ». Elle appelle aussi le public sénégalais à ne pas oublier que le cinéma est un vecteur d’image pour le pays. « Si le pays veut aller chercher des investissements à l’étranger, le cinéma peut lui permettre de briller. C’est un moyen qui aide à améliorer l’image du pays, à faire connaître le pays à l’international. Il soutient l’économie aussi, au niveau étatique ou gouvernemental », a-t-elle expliqué.
APS
 
 


Mardi 9 Décembre 2014 - 15:13



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