Corée du Sud : Park Geun-hye, une «dame de fer» dans la tourmente

Quelques semaines seulement après son entrée en fonction, la présidente sud-coréenne doit affronter l’une des crises parmi les plus spectaculaires de la péninsule depuis la guerre de Corée (1950-1953). Un défi auquel Park Geun-hye a répondu avec une fermeté désormais légendaire.



Park Geun-hye, le 3 avril 2013 à Séoul.
Park Geun-hye, le 3 avril 2013 à Séoul.
Dans la guerre des nerfs initiée par le régime nord-coréen, la présidente sud-coréenne montre qu’elle n’a pas usurpé son surnom de « dame de fer ». Park Geun-hye a mis un point d’honneur, depuis le début de la crise, à ne pas se laisser intimider par les menaces d’apocalypse nucléaire brandies presque quotidiennement par le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un.

« Il est indispensable de répliquer avec force en cas d’attaque. Il faut interdire à la Corée du Nord ne serait-ce que de penser à une provocation », déclare-t-elle ainsi le 3 avril, lors d’une réunion de sécurité avec ses ministres et conseillers. La veille, elle avait demandé à ses généraux de riposter « sans aucune considération politique », et sans même attendre son feu vert en cas de provocation armée du Nord.

Une intransigeance affichée

Cette fermeté sud-coréenne est inhabituelle. En 2010, quand l’artillerie du Nord avait pilonné l’île de Yeonpyeong au Sud (la première attaque sur le sol sud-coréen depuis la fin de la guerre), tuant deux civils et deux soldats, la réponse de Séoul avait été très mesurée. Cette intransigeance nouvelle affichée par Park Geun-hye a suscité l’inquiétude du grand allié américain. Craignant une escalade militaire en cas d’accrochage localisé, Washington a récemment envoyé deux bombardiers nucléaires furtifs survoler la péninsule : un geste très médiatisé, destiné autant à dompter le Nord qu’à rassurer et apaiser le Sud.

Cette détermination de la « princesse de glace » - un autre de ses surnoms - trouve ses racines dans sa propre tragédie familiale. Sa mère a été assassinée par un sympathisant pro-Nord, qui visait son père. Ce dernier, le président-dictateur Park Chung-hee (1917-1979), était un anti-communiste farouche qui a échappé à un commando de tueurs envoyés à Séoul par le régime ennemi avant de succomber sous les balles de son propre chef des services secrets.

La légende a été répétée à l’envi pendant sa campagne présidentielle. Apprenant au petit matin le décès de son père, la première question de la jeune Park Geun-hye, alors âgée de 27 ans, fut : « Quelle est la situation sur la frontière avec la Corée du Nord ? »
Cette histoire personnelle tourmentée n’a pas empêché Park de se rendre à Pyongyang en 2002 pour rencontrer Kim Jong-il, dirigeant d’un régime qui avait commandité l’assassinat de son père. En privé, Kim Jong-il lui présente des excuses. Dix ans plus tard, candidate à la présidentielle, elle se dit prête à un sommet avec l’héritier de la dynastie du Nord, Kim Jong-un. Devenue chef de l’Etat, Park Geun-hye affiche une politique nord-coréenne à deux axes : extrême fermeté en cas d’agression, et construction de la confiance à travers le dialogue - si le Nord accepte de discuter.

La donne changée

Fait intéressant : la propagande pourtant hargneuse du régime se montre très modérée à son encontre. Si les médias officiels du Nord appelaient régulièrement au meurtre de son prédécesseur Lee Myung-bak, qualifié de « rat » et de « traître », ceux-ci se sont abstenus pour le moment de toute insulte contre Park. Seule exception : une référence presque poétique au « bruissement venimeux de sa jupe », une référence à un vieil adage coréen misogyne qui vise à rappeler aux femmes qu’elles doivent savoir rester à leur place. Cette retenue de Pyongyang permet de ne pas fermer la porte à un éventuel sommet intercoréen après ceux de 2000 et 2007.

Sur le plan intérieur, les premières semaines de Park Geun-hye ont été difficiles. Peu à l’aise en public, évitant les discours, la « dame de fer » a été très critiquée pour son manque de communication et le choix désastreux de plusieurs de ses ministres et vice-ministres, dont onze ont dû se retirer après des auditions parlementaires calamiteuses. « Elle pourrait faire une équipe de foot avec ses ministres recalés », a plaisanté l’opposition.

Quand elle a présenté ses excuses pour ces nominations ratées, elle l’a fait à travers un porte-parole ; ces excuses publiques ont été si courtes que la presse sud-coréenne s’est amusée à les chronométrer (17 secondes).

« Elle et son équipe ont commis plusieurs erreurs qui ont donné l’impression que la présidence était trop grande pour eux. Ils ont semblé être complètement débordés, mal préparés, amateurs », analyse Karl Friedhoff, politologue à l’Institut d’études politiques Asan à Séoul. Le conflit avec la Corée du Nord lui a permis de changer la donne : selon un sondage réalisé par l’Institut Asan, Park Geun-hye a réuni 62,1% d’opinions favorables le 14 avril, soit une hausse de 8% en seulement deux semaines.

« Les tensions lui ont permis de se donner l’image d’une présidente en temps de crise. Elle a dit et fait les bonnes choses, ce qui explique sa popularité en hausse », conclut Karl Friedhoff. Pourtant, une fois la Corée du Nord calmée, la « dame de fer » devra affronter son plus grand défi : le redémarrage d’une croissance affaiblie et la réduction des inégalités sociales.

Source : Rfi.fr

Dépéche

Mardi 16 Avril 2013 - 13:48



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