Correctionnel: les 47 milliards de Singapour soldés après le verdict du 23 mars

Et dire que la partie civile (Karim représenté par ses avocats) et la défense (Alboury Ndao bien présent aux côté de Me El Hadji Diouf et Cie) ont plaidé jusqu'à 18h44. C'est en ce moment que le Procureur attendu pour faire son réquisitoire, demande le renvoi. Ce, pour le motif des nouvelles pièces déposées par les conseils de Wade-fils. Ce qui n'est pas pour plaire ni à la partie civile encore moins à la défense. Le tonitruant avocat ne manque pas de le faire savoir: "Votre demande est tardive", sert-il au Procureur.



Déjà renvoyé à moult reprises, l’affaire Karim Wade contre l’expert-comptable et ancien administrateur de la société DPW pour faux, usage de faux en écritures privées, tentative d’escroquerie pour jugement, a été bel et bien retenu ce jeudi en Correctionnel. Tout est parti vers les coups de 12h29 lorsqu’ Alboury Ndao, l’auteur du fameux compte de Singapour, est appelé à la barre. Tiré à quatre épingles, costume bleu de nuit, cravate rouge assorti aux chaussures, s’avance. Il est encadré par un trio d’avocats, en tête Me El Hadji Diouf. Ceci, face à la défense de Karim à savoir Mes Seydou Diagne, Ciré Clédor LY, Demba Ciré Bathily et El Hadji Amadou Sall.  Le juge de s’enquérir des nouvelles de Karim. « Il n’a pas été extrait ? » interroge-t-il la défense qui renvoie l’interrogation au Procureur qui marque, à son tour sa surprise : «Qui avez-vous saisi ? ». « La présence de la partie civile n’est pas nécessaire », tonne Me El Hadji Diouf. «Elle n’est pas obligatoire mais nécessaire », rétorque Me Ciré Clédor LY.

 
Des piques entre les deux parties qui n’empêcheront pas que le dossier soit retenu. Une audience en deux temps à savoir l’exposition des faits avant les plaidoiries de la partie civile. En effet, c’est Me Diagne qui ouvre les débats. En faisant le résumé de la citation directe que son client a servi à l’expert-comptable, la robe noire entend démolir le rapport d’Alboury Ndao qui selon lui, « aurait inventé les milliards de Singapour ». Pis, un rapport de 500 pages sans « aucun relevé de comptes » ni « pièces justificatives des virements effectués entre  Karim Wade, Bibo Bourgi, Mamadou Pouye et Tahibou Ndiaye ». Le conseil de Wade-fils n’a toujours pas plaidé, il affirme juste « avoir exposé les faits ». Une partie civile qui avait cité trois (3) témoins à savoir les présumés complices de l’ancien ministre, Bibo Bourgi et Mamadou Pouye en plus de l’ancien Directeur du Cadastre, Tahibou Ndiaye dans le viseur de la Cour de Répression de l’Enrichissement Illicite (CREI). « Ils sont libres de refuser de comparaître », précise Me Ciré Clédor LY.

 
Impatient, Me El Hadji Diouf de lancer : « Allez à l’essentiel pour qu’on puisse en finir ». Interpellé par la partie civile, Alboury Ndao ne reconnait pas les faits et « campe les débats », selon ses propres termes. « La Commission d’Instruction (CI) m’avait confié deux (2) missions, administration provisoire et investigations ». Sur le premier volet, il dira avoir «diligenté convenablement des travaux » et dans le cadre desquels, il a eu à fournir «des rapports mensuels». C’est en « toute objectivité », poursuit-il qu’il a écrit qu’il n’y a pas eu de mouvements suspects entre DPW SN et DPW Dubaï ». Mais assure-t-il, c’est sur la base de cette conclusion par la négative sur ces mouvements suspects qu’il a été décidé de la levée de l’administration provisoire. Commence alors, sa seconde mission d’investigations. L’expert-comptable répète les explications qu’il avait fournies à la CREI. Il déclare avoir mis en place des équipes de sapiteurs (second que s'adjoint un expert sur une question technique) qui ont travaillé avec méthodologie. C’est ainsi que quand la première a découvert le compte de Singapour, une seconde équipe a procédé aux « travaux de recoupements » avant « la validation de la CREI » qui dispose de plus de pouvoir d’investigation.


L’expert-comptable parle d’«informations aux valeurs plus que probantes » et « au maximum de garanties » sur un compte logé dans « une zone où on peut bénéficier d’opacité, d’éradication de traces et de preuves », répondra-t-il aux questions de la Cour. «C’est faux ce que tu dis, s’écrit un pro-Karim qui sera arrêté pour « troubles à l’audience ».  «M. Ndao ne cherche à enfoncer qui que ce soit…Ce n’est pas dans mon éducation. Je n’ai pas cette éthique», tient à préciser Alboury Ndao qui est, toutefois dans l’incapacité de produire des preuves.  Sa déclaration sur le fait que «même si les comptes étaient logés au Sénégal, je n’ai pas le pouvoir-là à fortiori pour les comptes logés aux Iles Vierges Britanniques… », n’y changera rien. Les avocats de Karim Wade ne lâchent pas le morceau. Ce sera même le fil conducteur de leurs plaidoiries. « Il est coupable de ce dont nous l’accusons », charge Me Seydou Diagne qui indique qu’il n’y a pas eu « de virements » comme l’écrit l’expert-comptable qui selon lui, «a rempli des feuilles blanches sans en-tête ».


« On patauge dans une affaire où la moitié, c’est vous », ironise l’avocat qui embraie : « Vous ne faites que chercher dans le monde l’argent appartenant à Karim Wade pour en informer qui de droit ». « Je n’ai aucun pouvoir, mon avis ne lie point le juge », réplique l’ex administrateur provisoire de DPW. La robe noire de brandir «  les éléments pour prouver que c’est un faux rapport ». Il lit la lettre en date du 27 février dernier, en réponse à la lettre de la défense de Karim, la banque ICBC à travers son Directeur général adjoint fait part à ladite partie qu’il n’existe aucune donnée sur le compte de Singapour.

 
Pis, développe Me Seydou Diagne, le DG des registres des sociétés, écrit être dans l’incapacité de « confirmer l’existence d’une société logée aux Iles vierges Britanniques »…Fort de ce fait, la partie civile réclame 47 milliards à l’expert-comptable selon elle, « atteint des délits de faux et usage de faux, l’escroquerie au jugement, il aide l’Etat à obtenir la tête de Karim Wade». Appelé à faire son réquisitoire, le Procureur qui se fonde sur les nouvelles pièces déposées, sollicite le renvoi. Ce, «au nom de la loi et convenable au bien de la justice». Malgré l’opposition de la défense (Me El hadji Diouf) qui demande à ce que ses dossiers soient écartés car «l’affaire en cours de plaidoiries », le dossier sera renvoyé au 26 mars prochain. Trois (3) jours après le verdict de la CREI. 
 


Jeudi 12 Mars 2015 - 21:43



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