De la dégradation des mœurs à la recrudescence des meurtres



De la dégradation des mœurs à la recrudescence des meurtres
L’affaire du viol, suivi de meurtre, en octobre dernier, de la jeune Ndèye Selbé Diouf, au quartier Darou Salam 2, à Guédiawaye Sahm Notaire, avait suscité de légitimes réactions d’exaspération dans toutes les couches de la société sénégalaise. Abdou Lahat Wade, le meurtrier, était certes porteurs de quelques anomalies psychiques, mais son état clinique ne disculpe en rien la responsabilité collective constitutive de l’acte monstrueux dont il s’est rendu coupable, en violant lâchement et en décapitant cruellement l’innocente Ndéye Selba Diouf, une gamine de 11 ans, à peine sortie des limbes.

Et, depuis lors, comme si une malédiction s’était abattue sur le pays, combien de victimes sont passées de vie à trépas, dans des conditions quasi-similaires ? De Khalifa Ndiaye (ce haut fonctionnaire du Pnud, lâchement assassiné sur la Corniche), au «charcutage» de la dame Fama Niane (retrouvée également sur la Corniche, découpée en sept morceaux), en passant par les affaires, non encore élucidées, de Souleymane Mané (poignardé par un toxicomane, aux Hlm), de Awa Samb Laye (retrouvée sans vie au seuil de son domicile à Yoff), ces affaires auront eu un douloureux trait commun : les victimes sont toutes de jeunes gens, trucidées à la fleurs de l’âge. En définitive, par moins de quarante meurtres ignobles, enregistrés par les services officiels au cours de ces six derniers mois.

Deux autres tristes constats, relativement à cette série noire, dont la liste est loin d’être exhaustive : la plupart des auteurs de ces méfaits étaient soit impérieusement mus par une incoercible libido, s’ils n’étaient pas sous l’effet de quelque substance psychotrope. Aussi, JAMRA, qui n’a eu de cesse d’établir une étroite corrélation entre la dégradation des mœurs et la recrudescence des meurtres, se voit, malheureusement, confirmée dans ses appréhensions, chaque jour que Dieu fait.

Autant les victimes de l’industrie de la drogue ne se comptent plus chez nous ; autant également les victimes de l’industrie pornographique foisonnent de nos jours, surtout chez la frange juvénile des quartiers populaires. Insidieusement, des hommes sans foi ni loi y fabriquent à la chaîne de véritables pervers sexuels, dont la libido débridée, les porte de plus en plus à chercher pour exutoire des sujets socialement plus fragiles et physiquement plus faibles : à savoir les enfants mineurs.

Tant que les sanctions pénales ne seront pas réellement dissuasives, tant que de véritables actions de prévention – par le biais notamment de cours d’instruction civique – ne seront pas officiellement mis en œuvre dans les écoles, notre société assistera toujours, quasi-impuissante, à la prolifération sous nos cieux de pédophiles et de toxicomanes, toujours plus dangereux, car constituant une menace permanente pour la stabilité sociale.

Le plus inquiétant est que les populations, exaspérées, se sentant délaissées, sont souvent tentées de vouloir se faire justice elles-mêmes, comme ce le fut cas pour le meurtrier de la jeune Ndéye Selbé, de Guédiawaye, qui a été promptement bastonné à mort par des populations en furie.

Les pouvoirs publics, en attendant d’inscrire la problématique de la dégradation des mœurs, en corrélation avec la montée en flèche de la criminalité, dans des programmes gouvernementaux essentiellement préventives, pourraient commencer par s’inscrire résolument dans la voie récemment indiquée par le Khalife Serigne Mouhamadou Lamine Bara Mbacké, qui a déclaré, sur tout le périmètre de la Ville Sainte de Touba, la guerre aux industriels du sexe et de la drogue. Lesquels, sans vergogne, ne se fixent plus de frontières ni de limites dans leur quête effrénée du gain amoral et facile.

Mais, par-dessus tout, le Saint Coran, qui, après avoir été, depuis quatorze siècles, la première institution à avoir statué sur les Droits de l’Homme («Nous avons conféré la dignité aux fils d'Adam» - sourate XVII, Al Isra, v. 70), a toujours considéré l’atteinte à la vie comme le plus grave des crimes. Aussi, les sanctions prônées par l’Islam contre le meurtre sont à la dimension de l’importance que l’Islam confère à la vie humaine. Allant même jusqu’à considérer le meurtre d’une seule personne comme le meurtre de toutes les vies. Et la préservation d’une vie comme la conservation de toutes les autres vies.

Ce fondant sur ce principe fondamentale d’équité, c’est la «Kisa’s» (Loi du Talion) qui est préconisée par l’Islam comme remède à toutes formes de meurtres, dés lors que ceux-ci sont commis avec préméditation, doublée d’une intention manifeste de mettre fin à la vie d’autrui. En effet, l’Islam considère le meurtrier comme une personne qui a injustement arraché la vie à son prochain, rendu des enfants orphelins, des femmes veuves et causé la perte d’un élément utile à la Ummah (Communauté). L’auteur de tout homicide volontaire aura donc défié la Ummah, en se plaçant, de son propre gré, en dehors des lois qui régissent la Communauté.

La «Kisa’s» constitue sans nulle doute une preuve de la Miséricorde d’Allah. Elle préserve la vie et joue un rôle dissuasif à l’égard des tueurs potentiels. Elle leur fait prendre conscience, en amont, qu’en commettant leur forfait, ils se condamnent de facto eux-mêmes, tout en les soustrayant à toute possibilité de récidive.

Le Seigneur en a ainsi statué, depuis la nuit des temps : «Ô vous qui croyez ! La Loi du Talion vous est prescrite en cas de meurtre (…)»; Car «c'est dans le Talion que vous aurez la préservation de la vie» (sourate II, Al Bakhara, v. 178, 179).
Imam Massamba Diop
Président Exécutif de JAMRA

Imam Massamba Diop

Mercredi 3 Juin 2009 - 21:23



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