Echanges commerciaux au Sénégal: le chèque en perte de crédit

Avec le foisonnement des banques et mutuelles d’épargne, certains sénégalais ont pris l'habitude de régler leurs transactions commerciales avec des chèques. Toutefois, il arrive que des clients mal intentionnés débitent des chèques sans provision. Pour prévenir tout risque, plusieurs grands commerçants de Dakar refusent ce mode de paiement pourtant devenu banal dans certains pays. Enquête.



Le chéquier est presque devenu encombrant, beaucoup de commerçants refusent les cheques
Le chéquier est presque devenu encombrant, beaucoup de commerçants refusent les cheques

Situé en plein coeur de la capitale sénégalaise, le marché Sandaga offre son spectacle habituel en ce samedi 08 novembre. Des produits destinés à la vente sont étalés partout où un espace est disponible, sur la chaussée, sur les véhicules et même sur le macadam. Avenue Emile Badiane, les passants se disputent la chaussée avec les automobilistes dont les coups de klaxons demeurent inaudibles face au tintamarre habituel des vendeurs à la criée. C'est dans une ruelle sombre contigüe à cette avenue que la boutique de M. Seck se situe. C’est un grand commerçant pour qui la Chine, les Etats-unis et Dubai sont comme la porte d'à côté du fait des voyages fréquents qu'il y effectue. M Seck est propriétaire d'une grande boutique d'habillement. Habitué à vivre dans une société moderne, il (M. Seck) n'en est pas moins le prototype du « Saloum-Saloum (nom traditionnel conféré aux originaires de Kaolack 200km au centre ouest». S'exprimant dans un Wolof lourd, cet originaire de TaÏba n'accepte pas les chèques. Pour lui, cette façon de faire est souvent source de problèmes. Il justifie : «ce mode de payement m'a causé des dommages dans un passé trop récent pour que je continue d'y accorder foi. Un nigérian m'a une fois passé une commande. Je lui ai fait parvenir un conteneur et il m'a envoyé un chèque qui, par la suite, s'est avéré faux. Il s'est ensuite fondu dans la nature avec mes bagages. J'ai déposé plainte contre lui mais c'est resté sans suite.»
A deux rues de là, sur l'avenue Lamine Guèye se trouve « Touba Sandaga » l’un des plus beaux centres commerciaux du Sénégal. Il attire l'attention des curieux et des clients. La trentaine bien sonnée, Lamine M. est le propriétaire d'une boutique de matériels électroménagers à « Touba Sandaga ». Le teint clair, la voix rauque cet homme d'affaire partage l'avis de M. Seck. A l'en croire « le payement en espèce arrange plus les commerçants que les chèques ». Il ajoute « je suis un baol-baol (sénégalais originaires de Diourbel 146 km au centre), j'aime tellement l'argent que je ne peux me faire à l'idée d'attendre une transaction bancaire pour entrer en possession de mon dû. »
S. D, un client venu faire ses achats, critique l'attitude des commerçants qui, selon lui, « sont handicapés par leur manque d'instruction ». Il estime que « l'évolution des mentalités, la prouesse des technologies informatiques et la modernisation de l'économie doit se sentir sur les marchés et partout où le besoin de rénover se fera sentir.». Très à l'aise, le professeur qu'il est, explique à Lamine M, tel un maître à son élève pourquoi il devrait accepter l'évolution tout en demeurant vigilant quant aux truands.

Mame Coumba Diop

Jeudi 27 Novembre 2008 - 20:02



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