"Gambie, 20 de peur et d'impunité" selon les Ong de droit de l'homme



"Gambie, 20 de peur et d'impunité" selon les Ong de droit de l'homme
Ce 22 juillet, les Gambiens “célèbrent” les 20 ans de pouvoir du président Yahya Jammeh. Mais en réalité, y a-t-il vraiment matière à « célébrer », si l’on s’en tient au sens premier de ce mot qui renvoie d’abord à la fête, à la joie et à la communion? 

Il est difficile de répondre par l’affirmative, tant les deux dernières décennies ont vu la Gambie sombrer à petit feu dans l’intolérable. Tout au mieux, la plupart des Gambiens se contenteront de marquer une date qui pour beaucoup est devenue synonyme de recul démocratique, d’atteinte aux libertés, d’impunité, etc...
Du « one man show » du jeune militaire venu au pouvoir par un coup d’Etat et qu’on assimilait à une fougue passagère de tout « début », on est tombé dans une sorte de paranoïa incontrôlée qui a verrouillé toutes les libertés, étouffé dans l’œuf toute velléité d’opposition, réduit au silence toute voix discordante, amené des cadres gambiens à quitter le pays, conduit à plusieurs disparitions forcées et asphyxié tous les  médias indépendants du pays.


Le nombre de journalistes, de militants de la société civile et d’opposants qui ont aujourd’hui choisi l’exil plutôt que de vivre dans l’oppression, en disent plus long que tous les discours et rapports d’ONG sur la nature « liberticide » du régime gambien, qui marque ces 20 ans de présence au pouvoir ce 22 juillet 2014.
Hormis la petite clique autour de l’homme fort de Banjul, tous les Gambiens de l’intérieur sont dans le désarroi et vivent dans la peur, incapables de dire leur malheur au reste du monde, au risque de finir dans une prison ou à l’échafaud. Ce n’est pas acceptable. Le gouvernement de Banjul doit le comprendre et lever cette chape de plomb qu’elle fait peser sur les citoyens qui n’osent plus donner leur opinion ni sur leur gouvernement, ni sur leur propre sort, ni sur la marche de leur pays. C’est intolérable.  


Les deux derniers rapports du département d’Etat américain sur les droits humains en Gambie (2012 et 2013) offrent un panorama exhaustif de tous les abus et atteintes aux droits les plus élémentaires des citoyens. Ce qu’on y lit est plus que révoltant. La « privation arbitraire » de la vie comme en atteste les exécutions des neuf prisonniers en 2012, les « disparitions » devenues courantes, la torture et autres traitements dégradants, les arrestations arbitraires, les atteintes à la vie et à la correspondance privées. La liste est longue qui prouve que le gouvernement de Banjul ne fait rien pour se conformer à ses propres lois d’abord et ensuite aux conventions internationales auxquelles il a adhéré.


C’est une insulte au valeureux peuple gambien qui mérite mieux que ce semblant de démocratie, qui a vu 6 partis d’opposition sur sept refuser de participer au dernier scrutin, parce que sachant les dés pipés d’avance. C’est une provocation manifeste lancée à tous les citoyens africains épris de justice et de liberté. C’est surtout, un pied de nez aux organisations africaines et internationales qui, déclaration après déclaration, énoncent toutes de grands principes sur la sacralité de la vie humaine, le besoin d’une bonne gouvernance et un ancrage plus profond de la démocratie en Afrique – mais qui, pour le cas gambien, regardent sans rien faire.


Alors doit-on laisser se poursuivre une telle attitude ? Doit-on laisser le président Yahya Jammeh, son gouvernement et ses services de sécurité, fouler impunément aux pieds tous les traités internationaux auxquels a souscrit la Gambie ? Les jugements de la Cour de Justice de la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest que Banjul refuse d’exécuter est bien le signe que le président gambien n’en fait qu’à sa tête. Ses pairs et les instances sous régionales doivent-ils le laisser poursuivre ses actions avec arrogance et impunité, sans jamais le rappeler publiquement à l’ordre ?


On aurait pu continuer à lister ce qui ressemble fort bien à du « je m’en foutisme étatique » pour mieux éclairer l’opinion sur la nature autocratique et parfois surréaliste du régime de Banjul, mais passons.
Demandons –nous plutôt que pouvons-nous faire ? Chacun a sa réponse certes, mais il urge alors de la sortir et de la mettre sur la table afin que demain, la Gambie et les Gambiens soient libres enfin et puissent « célébrer » dignement les dates marquantes de leur histoire, à leur guise, en toute liberté et sans aucune crainte de représailles.


Hamadou Tidiane Sy, Ouestaf (Sénégal)
Madiambal Diagne le Quotidien (Sénégal)
Demba Jawo (Gambie)
Cherif Sy Brendre (Burkina Faso)
Boukary Daou le Républicain (Mali),
Pape Amadou Fall, la Gazette, Sénégal


Dépêche

Mardi 22 Juillet 2014 - 11:02



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter