Hécatombe en mer Méditerranée: des responsabilités partagées



Hécatombe en mer Méditerranée: des responsabilités partagées
De 2000 à nos jours, près de 22.000 migrants ont péri dans les eaux de la Méditerranée. Ces statistiques macabres ont été livrées par l’Organisation Internationale pour les Migrations (OIM). Les victimes de cette tragédie sont pour la majeure partie d’origine africaine. En 2015, durant le premier trimestre, 1187 migrants sénégalais ont rejoint l’Italie par mer selon le Haut Conseil pour les Réfugiés des Nations-Unies (UNHCR). Ce constat est délirant et doit amener les décideurs politiques du monde à réagir pour trouver une solution à cette situation. C’est inacceptable que de tels drames se passent sous nos yeux en ce début du 21 ème siècle et sans une réaction appropriée pour mettre fin à cette hécatombe. De 2000 à 2015, cela fait exactement quinze ans que cette situation perdure et le sentiment le mieux partagé, c’est une gêne exprimée par un silence coupable. A la limite on en fait un tabou.
 
1-            La responsabilité des gouvernants africains et la politique de l’autruche.
Pourquoi ces milliers de jeunes africains s’entêtent au péril de leurs vies, à vouloir traverser la Méditerranée et regagner l’Europe coûte que coûte ? Certains d’entre eux ne le cachent pas et crient haut et fort : « Barça ou Barsak », autrement dit, l’Europe ou la mort. La réponse à cette question est à chercher dans la manière dont les gouvernants africains gèrent les politiques publiques. L’Afrique est un continent très riche de ses ressources naturelles, mais aussi de sa main-d’œuvre potentielle, là où l’Europe compte une couche vieillissante de sa population, à hauteur de plus de 50%. L’Afrique a besoin de se construire en infrastructures de base, en infrastructures modernes, a besoin de s’auto suffire en matière agricole, elle a besoin, l’Afrique, de mettre en place des chaînes de valeurs pour la transformation et la valorisation de ses ressources naturelles. Un vaste chantier, beaucoup de travaux herculéens en perspectives. Et cette jeunesse africaine est prête à participer à ce vaste chantier. Mais, lui a-t-on donné l’opportunité pour ce faire ? Evidemment non ! L’immobilisme et le manque de vision de certains chefs d’Etat africains est à l’origine de ce départ massif de cette jeunesse, qui par dépit, va transpercer cet horizon bouché, pour l’ailleurs, dans la perspective de raisons de vivre et d’envoyer des bouées de sauvetage aux familles qu’ils ont laissé derrière eux. Une mauvaise gouvernance des politique publiques, la corruption, la gabegie, la confiscation des libertés individuelles, l’atteinte aux droits humains (la liste n’est pas exhaustive), voilà les maux qui gangrènent l’Afrique du seul fait de ses gouvernants et qui poussent sa jeunesse au « suicide ».
 
Au demeurant, si les perspectives sur l’autre rive ne sont pas concluantes, cela conduirait au renforcement des organisations terroristes comme Boko Haram, Shabab ou Aqmi, et constitueraient un facteur de déstabilisation plus grave que ce que nous vivons aujourd’hui dans certaines parties du continent. En effet, une telle jeunesse désœuvrée, serait un terreau fertile pour le recrutement et l’embrigadement d’une jeunesse désorientée et dont le futur devient de plus en plus sombre. Malheureusement, malgré la récurrence de ces drames en Méditerranée, aucune voix autorisée africaine ne s’est fait entendre de façon audible. Les organisations telles que l’UA, la CEDEAO n’ont daigné se réunir d’urgence, avec comme ordre du jour ce drame. C’est la politique de l’autruche, on baisse la tête pour ne rien voir et faire comme si de rien n’était. Quelle honte, c’est de la pure lâcheté. Il faut savoir assumer ses responsabilités, au lieu de s’emmurer dans un silence coupable. Ou alors, pense-t-on que c’est tabou et que personne ne devrait en parler ?
 
2-La responsabilité de l’Union européenne.
Les européens ne peuvent pas arrêter la mer avec leurs bras. Et, ce n’est pas un hasard si les migrants africains choisissent l’Europe comme destination. L’Histoire, à travers les siècles est là pour témoigner de la dette que les européens restent devoir à l’Afrique et à ses enfants. L’égocentrisme européen a toujours cautionné et cautionne encore les relations entre l’Europe et l’Afrique, basées sur des rapports entre dominants et dominés. Les ressources du continent ont été accaparées de force pour bâtir l’Europe. Si ce continent est devenu ce qu’il est aujourd’hui, il le doit en grande partie à l’Afrique et à ses fils. Ces rapports injustes demeurent toujours et l’exploitation du continent africain se fait aujourd’hui avec l’accord tacite des gouvernants. Des accords léonins sont signés entre les deux parties, ce qui a permis le pillage des ressources halieutiques de la plupart des pays du continent. Si on prend l’exemple du Sénégal, ils sont nombreux parmi les jeunes migrants, qui n’avaient que la pêche comme activité professionnelle. Les ressources se raréfiant dans l’océan, ces jeunes n’ont d’autres choix que d’aller tenter leurs chances, chez ceux-là qui les ont spoliés. Les exemples sont multiples.
 
En Afrique centrale le pétrole et le bois sont exploités de manière éhontée par les puissances occidentales, particulièrement par la France. Les décideurs politiques européens se sont réunis en urgence pour traiter de la question. Cependant, ils voient les choses sous le prisme sécuritaire ; c’est-à-dire trouver les voies et moyens pour endiguer ce déferlement de migrants sur les côtes européennes. L’on peut dire sans risque de se tromper qu’ils font fausse route. Il n’y a pas que l’aspect sécuritaire qu’il faut voir dans cette histoire, mais celui du développement de l’Afrique, qui permettrait d’enrayer la pauvreté qui sévit dans le continent. Il s’agit de fixer les jeunes africains dans leurs terroirs en leurs donnant les moyens d’y vivre décemment.
 
 
C’est à ce niveau que les responsabilités sont les plus partagées. D’une part, les gouvernants des pays africains n’ont rien fait pour développer leurs pays respectifs et offrir à leurs jeunesses des emplois décents qui les mettraient dans une posture de dignité légitime et leurs donneraient des raisons d’espérer quant à leur futur. D’autre part, les décideurs européens n’ont pas agi dans le sens d’une coopération qui prenne en compte les intérêts des peuples africains. Ils persistent dans le sens d’une exploitation et d’une spoliation éhontée des ressources naturelles du continent africain. Pour finir avec la responsabilité des européens, il faut rappeler que ce sont eux qui ont ouvert la brèche libyenne avec le renversement de Kadhafi.
 
3-La responsabilité des migrants et/ou de leurs parents.
Enfin, même si les gouvernants et les décideurs politiques du Nord comme ceux du Sud ont une grande responsabilité dans ce qui se passe en mer Méditerranée, les migrants et/ou leurs parents ne sont pas sans reproches. Les cinq cents mille francs ou le million de francs cfa qu’ils utilisent pour se rendre en Europe, pouvaient servir à créer des activités génératrices de revenus. Cependant, il faut admettre que la majeure partie des migrants n’est pas informé sur tous les risques encourus, en voulant aller en Europe par des voies détournées et en usant de moyens périlleux. Maintenant, si les gouvernants africains ne jouent pas leur véritable rôle, la nature ayant horreur du vide, nous assisterons à la prolifération de mouvements citoyens, ce qui est du reste salutaire, tels que Y’ en a marre, Lucha et le balai citoyen, pour débarrasser le plancher.
 

Serigne Ousmane BEYE

Lundi 27 Avril 2015 - 12:33




1.Posté par Deugg Gui le 01/05/2015 12:03
Tout le monde est responsable donc personne n'est responsable. CQFD.

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