Il est plus tard qu’on ne le pense.*

« Ce n’est pas parce que les choses sont difficiles que nous n’osons pas, mais parce que nous n’osons pas qu’elles sont difficiles. »
Sénèque le jeune



L’inertie est définie par le dictionnaire comme étant le manque total d’activité, d’énergie, de vie… Est-ce cela le sentiment que veulent exprimer les Sénégalais lorsqu’ils disent que le pays ne bouge pas ? Ou alors, que traduit exactement l’expression la plus courante aujourd’hui au Sénégal : « les gens sont fatigués » ? Cette lassitude est perceptible jusque dans l’absence de réactivité de ce peuple plein d’allant et de fierté !

Il est impératif que les dirigeants de ce pays prennent plus au sérieux les complaintes des populations ; qu’ils comprennent que recevoir la confiance des Sénégalais est un sacerdoce. Parce qu’il se fait tard et plus tard même qu’on ne le pense.

Nous avons voté pour le « Yonnu Yokuté » et nous y avons cru. Nous espérons seulement que, demain, nous n’aurons pas à nous justifier auprès de nos enfants et petits enfants. Nous espérons n’avoir pas contribué, par manque de discernement, à installer le Sénégal dans la détresse et la désespérance. Car aujourd’hui, au rythme où vont les choses, force est de croire que le « Yonnu Yokuté » est « une vision sans action ». Et Mandela l’a dit ; « une vision sans action, n’est qu’un rêve ».

Aujourd’hui il y a tellement de choses à dire au Sénégal que cela en devient désespérant, cauchemardesque et carrément anesthésiant. Et si nous n’y prenons garde, nous allons droit vers la dépression et peut être surement nous finirons par une schizophrénie collective.

Que signifie gouvernance sobre lorsque les priorités telles que l’emploi des jeunes, la  dynamisation de l’agriculture, la politique industrielle volontaire etc.… sont délaissées au profit de la création d’agences et groupes de réflexion ? Commissions de réforme de …, comités de réflexion sur…, un peu comme si nous avions décidé de dire : « Stop ! Pas d’action ; Nous suspendons tout et nous réfléchissons. Ensuite Nous verrons ». Et puis tous ces ministres … A quoi servent-ils en réalité ? A nous rappeler que l’incompétence existe ?

Toute la classe politique sénégalaise, prise dans une sorte de stade transitoire où rien n’est fait ; tout est dans le registre de la théorie. Le Sénégal est gangréné par la politique politicienne, les clientélismes de toutes sortes, la corruption. Par manque de rigueur ou par égoïsme, nos dirigeants ne s’attaquent pas aux véritables problèmes. L’heure est aux calculs. Il faut remporter les prochaines échéances et pour cela rien ne doit être en reste. Il faut ratisser large et s’il le faut, s’allier avec le diable. Regardez le cirque de dimanche dernier au King Fahd Palace. A voir tous ces gens qui hier s’insultaient, s’asseoir ensemble, se congratuler et même chanter en cœur, on se demande ce que les jeunes générations retiendront des politiciens professionnels ; des personnes qui invoquent Dieu le matin et prient le diable le soir. Au Sénégal par l’acceptation de la transhumance politique, les dirigeants encouragent  le pire des comportements humains, la plus vile des vices, la trahison ! Et pourquoi ? Pour massifier le parti et remporter les prochaines élections sur une base autre que le bilan. Manipulons les masses. Nul besoin de s’occuper de la voie, seul l’objectif compte.
Nos gouvernants réagissent plus qu’ils n’agissent. Ils n’ont pas la main et dans cette partie de belote, ils choisissent soit de passer (cascades de démissions de conseillers), soit ils optent pour le trèfle (blocage du prix des loyers pour trois mois). L’inaction ou l’insignifiant, à vous de choisir.

Les Sénégalais sont au bord du surmenage tellement ils sont assaillis par les problèmes. Et aucune action n’est perceptible ; que des discours d’intention et des vœux pieux.

On crée à tour de bras des « commissions chargées de … » avec affectation de 700 million, tirés directement de la poche du contribuable qui crève de faim, pour réfléchir sur on ne sait quoi ! Ce que l’on oublie de dire, c’est qu’il s’agit juste d’un artifice pour reporter les élections locales prévues en mars 2014 parce que certains ne se sentent pas tout à fait prêt à affronter le verdict du peuple sénégalais.

On nomme des juristes universitaires et des ex-gouverneurs dans une commission chargée de réfléchir sur comment organiser le territoire sénégalais de sorte à atteindre le développement ! Est-ce qu’il est si difficile de comprendre que le Sénégal à juste besoin de produire plus, de produire mieux ? Et que pour cela il faut des politiques agricole et industrielle efficaces et bien articulées. Alors qu’il leur est impossible de vous ressortir les données du conseil interministériel de Kaolack qui date de moins de deux ans, ils vous parlent de programmation et de planification sur cinq ans, sur dix ans ! Si la situation s’y prêtait nous en aurions rit.
L’Acte trois de la décentralisation nous sort comme d’un chapeau magique. Grosse phrase, chargée de signification mais sans contenue. Et voilà ! Le débat est lancé. Tout le monde s’y met. Mais qui peut aujourd’hui nous dire avec exactitude de quoi il s’agit dans cet « Acte trois » ? Le début ou la fin d’une pièce de théâtre ?

Des personnes de plus de 80 ans sont nommées pour nous inspirer les grandes orientations futures qui feront du Sénégal un pays émergent ! Quelle ironie pour ceux-là qui se glorifiaient d’avoir élu le premier président du Sénégal né après les indépendances !

Des incompétents notoires sont recyclés à tour de bras sous le prétexte fallacieux qu’ils disposeraient de l’expérience de la chose publique ! Cette phrase à elle seule pourrait servir de clapet anti-retour dans les entretiens de recrutement des DRH ; au Sénégal l’histoire prouve que ceux-là dont la grande expérience de la chose publique est mise en avant, sont les plus grands prédateurs de notre peuple. Si la grande expérience de la chose publique de ces messieurs que nous avons vu sortir dernièrement d’audience au palais été avérée, nous n’en serions pas là aujourd’hui, à la recherche de quelques points de croissance et à rêver d’une émergence virtuelle à l’heure où l’eau potable est une denrée rare à Dakar.

La dernière trouvaille c’est cette monstruosité dénommée « agence nationale pour la sécurité de proximité »… Ici il n’y a rien à ajouter. M. Mansour Sy Jamil de « Bes Du Ňakk » a déjà fait le tour de la question. Juste un constat : le listing des candidatures, avec la pléthore de jeunes, titulaires de master ou de licence, prêt à se faire engager comme « milicien » pour un misérable salaire de 50 000 FCFA et sans aucun droit de revendication, devrait renseigner tous nos « politiciens-salariés », sur la profondeur des ténèbres dans lesquelles vit notre jeunesse.

Devrions nous parler de cet autre document qui fait l’actualité et qui semble-t-il aurait couté 2,5 milliard au contribuable ? Encore un papier qui va venir remplacer un autre dénommé SNDES, jamais évalué, jamais mis en œuvre. Au fait, il nous aura couté combien celui-là ?

Nous avons l’impression que ce sont les mêmes discours qui nous sont serinés, par de nouvelles personnes sous les conseils disharmoniques d’une nouvelle équipe de communication. « Yaye bayi na xalam... légui damay riiti ». Nous ne sommes pas convaincus que troquer le « xalam » pour le « riiti » soit une véritable rupture.

Hessel le champion de l’indignation, nous a laissé en héritage, qu’au-delà de l’indignation il y a l’ « Action » ?
Alors, il est important que les politiciens professionnels sachent que malgré ce semblant d’apathie, le peuple ne dort pas. S’ils pensent qu’en faisant de la politique, encore de la politique et toujours de la politique, ils se maintiendront éternellement au pouvoir, il ne faudra alors guère s’étonner qu’un jour en lieu et place d’un vote nous n’assistions au saccage des urnes. Les intellectuels sénégalais ont très souvent raté le coche et la pseudo société civile s’est aujourd’hui vilement revêtu d’un véritable habit de politicien pour participer à l’endormissement du peuple.

Nous sommes anesthésiés par la multitude de difficultés que nous devons surmonter mais nous restons vigilants. Nous allons bientôt sonner la fin des illusions savamment entretenues. Partout au Sénégal nous assistons à un vaste mouvement d’organisation des citoyens désireux de se prendre en charge eux-mêmes.
Césaire l’a dit : « Un homme qui crie n’est pas un ours qui danse » et « Lorsque le présent devient sans issu vous pouvez être certain de l’imminence de l’insurrection qui vient** ».

 (*) Titre emprunté de l’ouvrage éponyme de Gilbert Cesbron
(**) Texte collectif – Auteur inconnu

Théodore Chérif MONTEIL
Dakar, le 02 décembre 2013

Théodore Chérif MONTEIL

Lundi 2 Décembre 2013 - 16:34




1.Posté par innov le 06/12/2013 14:33
Tres dense et tres pertinent ce cri du coeur MR Theodore le senegal est profondement malade de l'anti patriotisme et de l'infantilisme notoire de ses elites politiqueset intellectuelles qui refusent de comprendre obstinement le defi generationnel de par leur statut dans la societe qui les interpellent sans cesse sur leur role d'avant garde dans le processus de developpement de notre pays .la politique envahissante nous tue à petite dose avant de nous enterrer definitivement dans le cimetierre de l'histoire.Sommes nous frappes d'une malediction celle d'avoir toujours les memes tetes avec les memes pratiques au pouvoir pour obtenir les memes resultats desesperants?ces elites ont elles vraiment conscience des realites du monde d'aujourdhui fait de vitesse d'innovation de rupture de creativite abondante d'oeuvres de toutes sortesutiles à la societe ,ce monde de la technologie qui sublime sans cesse l'intelligence et l'esprit d'imagination facteur incontournable de progres et dedeveloppement ?CERTAINEMENT NON,alors dans ce cas une nouvelle generation d'hommes et de femmes eclaires et courageux imbus des enjeux du moment s'imposent definitivement pour diriger notre pays dans la voie de la modernisation et du developpement.

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