Italie: heures décisives pour la formation du futur gouvernement

Après une journée de consultations marathon jeudi, Enrico Letta procède vendredi aux derniers arbitrages pour former un gouvernement alliant gauche et droite, alors que les marchés commencent à donner des signes d’impatience après deux mois de blocage politique en Italie.



Italie: heures décisives pour la formation du futur gouvernement
La Bourse de Milan étant en baisse de 0,95% vendredi matin, alors que la formation du gouvernement, initialement attendue dans la journée, prenait quelque retard. L’Italie a toutefois pu emprunter 8 milliards d’euros sur six mois, le maximum prévu, à des taux en nette baisse.
«Nous espérons que Letta réussira à former son gouvernement. C’est une urgence absolue vu la situation économique dramatique», a déclaré le président du syndicat patronnal Rete imprese Italia, Carlo Sangalli.
M. Letta, 46 ans, a reconnu jeudi rencontrer quelques «difficultés» à convaincre son propre parti, le Parti démocrate (PD, gauche), et le centre-droit de Silvio Berlusconi, antagoniques depuis des années, de gouverner ensemble.
Vendredi matin, il s’est rendu au Quirinal, siège de la présidence de la République, pour un entretien de deux heures et demie avec Giorgio Napolitano qui lui avait confié cette tâche difficile mercredi, après l’échec essuyé par le dirigeant du PD démissionnaire Pier Luigi Bersani.
Lundi, M. Napolitano avait sévèrement tancé les parlementaires pour leur incapacité à travailler ensemble et menacé de démissionner s’ils n’y parvenaient pas. Une menace qui pèse fort pour cet homme de 87 ans que toutes les grandes forces politiques, incapables de lui trouver un successeur, ont supplié de se représenter.
Le PD, arrivé en tête aux élections législatives de fin février mais sans la nécessaire majorité absolue au Sénat -ce qui est à l’origine de l’impasse- est profondément divisé sur l’opportunité de gouverner avec son ennemi juré, le Peuple de la Liberté (PDL) de Silvio Berlusconi.
Déjà son allié, le petit parti «Gauche, écologie et liberté» a annoncé qu’il se situerait dans l’opposition.
M. Letta doit également composer avec le Cavaliere, dont il dépend désormais pour pouvoir gouverner.
Le dauphin de Berlusconi, Angelino Alfano, a parlé de «noeuds à dénouer», notamment sur une taxe immobilière très impopulaire que le Cavaliere avait promis de rembourser.
Les tractations vont bon train aussi sur les noms des futurs membres du gouvernement. La droite récuse notamment le chef du gouvernement sortant, Mario Monti, cité comme éventuel ministre des Affaires étrangères. «Le jeune Letta ferait une erreur grossière en le nommant», a twitté le dirigeant du parti autonomiste de la Ligue du Nord, Roberto Maroni.
Mais vendredi, le magnat des médias, interrogé depuis les Etats-Unis où il participe à l’inauguration d’une fondation George W. Bush, s’est montré plus ouvert. Il a vu dans M. Letta «une attitude très positive» et ne constate pas de «véritables problèmes» dans les discussions.
Il a par ailleurs estimé que l’Italie devait «affronter l’Europe» sur l’austérité, «expliquer que le plafond de 3% pour le déficit sur le PIB et le traité fiscal sont justes, mais pas lorsqu’on se trouve en récession».
Un écho à ce qu’avait affirmé M. Letta mercredi sur les «politiques d’austérité en Europe (qui) ne suffisent plus», alors que l’Italie est en récession et frappée par un chômage croissant.
Certains experts restaient d’ailleurs optimistes. A l’image de Stefano Folli, du Sole 24 ore, le quotidien des milieux d’affaires: «Letta est près de former son gouvernement», pronostique l’éditorialiste politique, selon lequel les nouveaux ministres pourraient «monter la colline (du Quirinal) samedi soir ou dimanche matin».

Par AFP


Vendredi 26 Avril 2013 - 14:35



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter