''LE NDEUP'': Une croyance mystique perpétuée par les jeunes lébous

Le «ndeup» est considéré chez les lébous comme une manière de purifier l’esprit de la personne et de le protéger des êtres malveillants. Une pratique plus que centenaire, qui pourtant, malgré les influences du modernisme est toujours en vigueur dans la communauté lébou. En effet, les jeunes attachent une grande importance à ce rite et comptent le transmettre à leurs fils comme leurs pères l’ont fait pour eux.



''LE NDEUP'': Une croyance mystique perpétuée par les jeunes lébous
La pratique est mystique et revêt chez les lébous une importance capitale. Le ndeup, considéré comme une introspection du Moi de l’individu, permet à ce dernier de maintenir son équilibre mental au sein de la société. Une communauté a bien des égards difficiles à comprendre grâce à sa façon de vivre, de parler mais aussi, de par ses rites mystiques. Même si le modernisme a bouleversé les us et coutumes de plusieurs communautés, les lébous quant à eux, semblent attacher à leurs cultes et croyances. Pour Abdou Mbengue, un jeune lébou d’à peine 20 ans les rites lébous sont indispensables pour la stabilité du Sénégal et que ces derniers jouent un rôle très important dans la paix sociale de notre pays. « Ce n’est pas pour rien que chaque année on organise, «le grand sarrakh de Dakar». C’est pour demander aide et protection à ndeuk Daour le génie protecteur de Dakar, face à tous les dangers et malheurs qui peuvent guetter notre pays». La protection de l’individu est un aspect important de la vie de celui-ci. Pour le vieux Alioune Badara Diagne, le ndeup est une pratique qui consiste à purifier l’âme et l’esprit de l’individu, pour le protéger des djinns malveillants. Une cérémonie non pas folklorique, mais qui répond à un besoin de protection et qui a pour base le mysticisme. Tout dans cette cérémonie revêt une signification : les danses, le mil, les battements de tambour, les litanies prononcées. Très peu de personnes détiennent les secrets de cette cérémonie, qui se transmet de génération en génération. Cette transmission se fera continuellement, en vue de garder jalousement les secrets de ce rite lébou. Il n’est pas rare de voir des personnes tombées en transes lors de ces cérémonies. Le ndeup permet d’extérioriser tout le mal qui se trouve en l’individu et pour apporter des remèdes à son mal très souvent d’origine mystique. Abdoulaye, la trentaine, avait du mal à croire à ses histoires bien qu’étant lébou grâce à sa descendance. Abdoulaye a vécu presque toute son enfance en France et avec son esprit cartésien, ce dernier pensait que «ces histoires lébous» ne le concernaient pas. «Au début, je me disais que toutes ces pratiques n’étaient rien d’autres qu’une façon de perpétuer une tradition de vieux nostalgiques. Mais un jour, en participant à une cérémonie dans mon village de Yoff, c’est comme s’il y avait quelque chose qui bougeait en moi. Et je ne sais pas comment cela s’est passé, mais je me suis retrouvé à terre en transe. Lorsque j’ai retrouvé mes esprits, je me suis rendu compte plus tard que ces choses-là existent. J’avoue que j’ai du mal à convaincre ma petite sœur et j’espère qu’il ne va pas lui arriver la même chose que moi». Le ndeup est reconnu comme étant une thérapie de groupe, car plusieurs personnes qui souffraient de troubles mentales ou qui étaient dépressives, ont pu recouvrer leur santé après avoir subi ces séances de ndeup. Existeraient-il des ressemblances avec le « khoye»(prédication de l’avenir) pratiqué par les saltigués séréres ? Une question qui offense presque le vieux Alioune Badara Diagne. Pour lui, le ndeup a une fonction thérapeutique et permet à l’individu de retrouver son Moi intérieur. Même s’il y a du mystique et des pratiques culturelles, il demeure certain que le lébou est avant tout un musulman croyant et pratiquant. Pour le vieux Alioune Badara Diagne, ceux qui font le «khoye» sont très souvent des animistes et des féticheurs. Des choses qui n’ont rien à voir avec le ndeup, qui participe à la protection de l’individu et de la ville. De toute évidence, cette pratique plus que millénaire reste une croyance forte des lébous. Pratiqué depuis des années par les vieux, le ndeup est aujourd’hui perpétué par la nouvelle génération, qui estime que c’est une façon de garantir la continuation du rite et de perpétuer les valeurs reçues de leurs ancêtres. 

Samba Sy 

Source: 24 Heures Chrono


Dimanche 18 Mars 2012 - 16:43




1.Posté par mamadou le 22/03/2012 15:44
Cher M. Samba Sy,
Felicitations pour ces deux tres bons papiers sur un pan entier de notre culture (le ndeupp et le tuur) que beaucoup de nos compatriotes ignorent. Ce genre de papiers apportent un bol d'air en ces periodes d'angoisses electorales et de manque de creativite de nos jeunes journalistes.
Mais il me semble qu'il y a un aspect fondamental que vous n'avez pas traite et qui aurait eclaire d'avantage vos nombreux lecteurs.
Ayant beaucoup voyage sur le continent, j'ai eu la surprise de constater que ces deux pratiques existent chez les peuplades residant sur la cote, de Saint-Louis a Luanda (Angola), et meme au dela. Sous differentes formes.
Cependant le dénominateur commun de toutes ces versions de ces pratiques qui constituent toujours des moments importants sacralises dans la vis de ces groupes, ce sont les aspect protection de la nature (l'ocean) et la gestion de la ressource (halieutique).
Certainement, vous avez remarque que tous les sacrifices (animaux, lait, etc.) sont effectues sur les plages et jetes a la mer (votre illustration le montre) a des periodes precises de l'annee ou le poisson commence a devenir rare.
Ce serait interessant de travailler cet aspect qui ressemble beaucoup a la creation et la gestion de forets sacrees dans d'autres zones geographiques.

Confraternellement et merci!

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