"La croissance d'abord !", ce nouveau slogan qui ressort du discours de Macky Sall...



Issa Thioro Gueye
Issa Thioro Gueye

Au Sénégal, les discours sont peu pertinents et toujours porteurs de polémique. Presque jamais, un discours n'a été le déclic pour la croissance économique. Tout renvoie ou semble être renvoyé à l'encombrante "démocratie des lettres", à la douloureuse "démocratie de l'offense" et spécifiquement, à la regrettable "défaite de la pensée".


Tout ceci s'y applique, au point que le seul baromètre du développement semble illusoirement être entretenu autour du fameux et fumeux slogan :"wax rek !". Comprenez par "wax rek !", "parler seulement !". Décidément...


Disons-le, au risque de prendre des tonnes de persiflages sur le visage : dans les pays où la croissance est "une exigence nationale" comme l'est "la traque des biens mal acquis", le "parler seulement !" est vu comme un avortement, reprimable à souhait. Qui plus est, à l'exception d'un discours rituel, tout autre discours ne saurait être entendu. Et si un discours d'Etat ne reposait uniquement que sur des engagements qui, à terme, ne sont pas respectés, s'installerait inexorablement un autre point annexé à la perpétuelle quête du développement : "le désaveu".


L'attente a trop duré. Et "la parole" a pris beaucoup de temps et d'espace dans l'éternel projet d'obtention de "la bourse". La démocratie moderne n'implique et ne considère que "la bourse". A défaut, s'accumulent, telle une montagne sur une voie extrêmement passante, les crises du pain et de la sécurité. Les exemples sont legion !


Depuis l'indépendance acquise en 1960, nombreuses sont les figures politiques à qui l'histoire a consacré des pages entières de littérature, sans qu'elles n'aient eu, au préalable, à faire une quelconque réalisation qui porte leur nom sur l'autel de la gestion des affaires du pays.


Nombreuses sont également les formations politiques sur lesquelles le peuple a fondé beaucoup d'espoir avant de voir la cohorte d'esperances échouer sur le rivage des intentions, pourtant séduisantes et louables tout au début de leur proclamation.


Nombreuses sont encore les coalitions qui se sont formées pour "faire sortir le pays de l'ornière" avant de voler en éclats et de laisser place à une interminable polémique sur les raisons véritables de leur dislocation ou du désaccord ayant présidé aux mille et une séparations entre les tenants du pouvoir et ceux qui voudraient, un jour, le (dé)tenir.


De ces faits, Macky Sall s'est, sans doute, beaucoup inspiré, une fois au pouvoir, qui a posé des actes forts. Fermement, il a lancé "la traque des biens mal acquis" et a donné des signaux forts pour la lutte contre l'enrichissement illicite et l'impunité. Stratégiquement, il a souhaité reléguer le partisianisme au second plan et a, au prix fort, vendu à l'opinion un slogan aussi éloquent que le chemin de la croissance sur lequel il fonde sa vision politique : "la patrie avant le parti !".


Le slogan a beau être partagé. Malgré tout, il est resté insuffisant pour "accélérer la cadence" du progrès et éviter la politisation à outrance de l'espace public. La preuve, face au nombre réduit de postes de responsabilité et de fonctions à occuper dans l'appareil d'Etat, l'on voit tous les jours surgir de terre des remous dans tous les partis de la mouvance présidentielle. Dans l'Apr comme chez les alliés, les frustrations fusent de partout. Et L'on fait tout pour galvauder l'idée prêtée à Macky Sall de vouloir instituer une "Alliance pour la Majorité Présidentielle", à l'image du grand parti de la droite française, Ump.


Face à cette situation confuse, Macky Sall se devait donc de relancer le projet pour lequel il a été élu, et qui, aujourd'hui, se lit dans son discours de fin d'année 2013 à travers un slogan moins idéologique qu'économique :"la croissance d'abord !".Plus qu'un slogan , "la croissance d'abord !" se voudrait, peut-être, une invite au travail et à la suspension de l'activité  exclusivement et résolument politique, une sorte de frein à la croissance.Dans les pays qui en ont fait l'option, "la croissance d'abord !" c'est justement une culture de l'investissement public et le culte de l'initiative privée. Sa finalité étant de ne faire correspondre les engagements pris qu'aux attentes et exigences des populations.


A ce sujet, bon nombre de pays sur le continent ont eu des taux de croissance impressionnants, en 2013. Ces pays sont le Niger (+14, 5%), loin devant le Ghana (+8, 2%), la Côte d'Ivoire (+8, 1%) et le Mozambique (+7, 5%).


Evidemment, dans son discours de fin d'année 2013, Macky Sall a pendant des minutes laisser apparaître l'option prise sur la mise en route de "la croissance d'abord !", allant du tramway de la banlieue au bateau-taxi Mame Coumba Lamb de Rufisque, en passant par la réalisation de milliers de pistes de production dans le monde rural.


Tout au long de son speech, le slogan de "la croissance d'abord !" a pris du volume et de la valeur. En a donné la preuve, l'evocation de plusieurs priorités sectorielles comme piliers essentiels pour la création d'emplois et de richesses, avec un fort accent accordé à la baisse du coût du loyer social et à l'amélioration de la qualité de l'éducation. D'autant qu'il s'agit, à en croire Macky Sall, de porter le taux de croissance à un niveau plus acceptable.


Dans cette logique, pour ne pas laisser le train de l'émergence, déjà pris d'assaut pris par une bonne partie des pays du continent, Macky Sall aurait de bonnes raisons de comprendre que l'heure est venue de "classer les forêts politiques" qui ne font que le perdre et de ne se consacrer qu'à "la croissance d'abord !".

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Issa Thioro Gueye, 
Rufisque.


Issa Thioro Gueye

Jeudi 2 Janvier 2014 - 15:46



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