La mère de Ghislaine Dupont écrit à François Hollande

Marie-Solange Poinsot, mère de Ghislaine Dupont a adressé une lettre ouverte au président français, François Hollande, publiée, ce samedi 4 juillet, par des quotidiens régionaux. Ghislaine Dupont a été assassinée au Mali, en 2013, en compagnie de Claude Verlon. La mère de la journaliste de RFI s’interroge sur l’opacité de l’enquête.



Vingt mois après l'assassinat de Ghislaine Dupont et Claude Verlon, le 2 novembre 2013, à Kidal, au nord du Mali, la mère de Ghislaine, Marie-Solange Poinsot, a rendu publique unelettre ouverte adressée au président François Hollande. Madame Poinsot, qui est aussi la présidente de l'association Les amis de Ghislaine, s'inquiète de ne pas avoir de réponses aux nombreuses questions qui se posent toujours sur le déroulé des faits.

« J’attends depuis deux ans des éclaircissements de la part de l’Etat français et de l’état-major des armées, puisque nos soldats présents sur place ont relevé leurs corps peu après leur exécution (...) C’est un silence un peu intolérable de la part de l’armée qui, pour moi, devient un peu suspect et c’est un peu pour ça que j’ai rendu cette lettre publique », a-t-elle déclaré à RFI.

« Je voudrais savoir aussi s’il existe des liens entre la libération des différents otages, parfois échangés contre des prisonniers, et la mort de Ghislaine et Claude. On peut se poser toutes les questions. Et comme les premières questions, toutes simples, n’ont pas été logiques et franches, c’est pour cela que peut-être... Le mot fantasme n’est peut-être pas le mot – je ne sais pas si ce mot n’est réservé qu’aux bonnes choses – mais moi, j’imagine plein de choses », confie la mère de Ghislaine Dupont

Marie-Solange Poinsot s'inquiète aussi des suites qui seront données au dossier après le départ du juge Trevidic qui quitte ses fonctions cet été. « On va peut-être repartir de zéro », redoute-t-elle. « On va peut-être repartir avec des personnes qui ne seront au courant de rien, qui auront un dossier, mais j'ai l'impression qu'on ne repartira pas sur les mêmes bases ».

 

LETTRE OUVERTE AU PRESIDENT FRANCOIS HOLLANDE

Monsieur le Président de la République,

Cette lettre ouverte, écrite par une mère endeuillée et âgée, vous parviendra pleine d’émotion mais aussi de ressentiment.

Le 2 novembre 2013, ma fille Ghislaine Dupont, grand reporter et conseillère éditoriale de Radio France Internationale et Claude Verlon, technicien de cette même radio, ont été assassinés au nord Mali à la veille d’une émission spéciale sur la réconciliation nationale où chaque partie allait pouvoir s’exprimer. Revendiquée par AQMI, leur exécution eut lieu près de Kidal, là où stationnaient les militaires de l’opération Serval, des forces spéciales, l’armée malienne et un contingent de la Minusma. Ghislaine et Claude étaient arrivés à Kidal le jour de la libération des otages d’Arlit.

Vingt mois se sont écoulés, un accord de paix a été signé au Mali mais aucun élément de vérité n’est venu éclairer ce double assassinat en dépit de l’opiniâtreté du juge d’instruction Marc Trévidic qui va, hélas, quitter son poste. Nous, famille et amis, savons que son enquête souffre d’un manque de collaboration de la justice malienne mais aussi des évènements régulièrement relatés par la presse.

Ainsi, avons-nous appris, Monsieur le Président, les éliminations successives de certains chefs djihadistes, soupçonnés d’avoir commandité ces exécutions. Il est dit que ces neutralisations dépendent directement de vous, Chef des Armées. Sans espérer obtenir votre confirmation, nous venons nous inquiéter de ce que la justice et nous-mêmes pourrions encore attendre quant à l’arrestation des tueurs, leur jugement et la mise au jour de la vérité.

Quel lien peut-il exister, par exemple, entre la libération des différents otages détenus dans cette région d’Afrique - parfois échangés contre des prisonniers- et la mort de Ghislaine et Claude ?

J’attends beaucoup de la demande de levée du secret défense formulée par le juge à propos d’écoutes téléphoniques et de faits troublants révélés par l’enquête préliminaire. J’attends aussi mais en vain depuis bientôt deux ans, des éclaircissements de la part de l’État français et de l’Etat-major des Armées puisque ce sont nos soldats, présents sur place, qui ont relevé leurs corps peu après leur exécution.

Monsieur le Président, le temps s’écoule mais ni la douleur ni la colère ne se tarissent. Je ne doute pas que vous compreniez la première mais souhaite que vous entendiez la seconde. Deux engagements ont été pris au niveau de l’État, qui n’ont pas été tenus. Vous-même, dès le lendemain matin, m’assuriez que Ghislaine était « l’honneur de la France » et que tout serait mis en œuvre pour éclairer cette tragédie. Depuis, l’une de vos conseillères s’est engagée à faciliter une rencontre avec l’Etat-major des armées pour m’expliquer, ainsi qu’aux proches réunis en association, ce qui s’est passé ce 2 novembre 2013 entre l’alerte (peu après 13 heures) et la découverte (14 heures 30) des deux cadavres. Promesse sans suites. Ce silence persistant m’est intolérable voire suspect et m’oblige à rendre publique ma requête.

Dans l’espoir d’être enfin entendue, je vous prie d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de ma haute considération.


Rfi.fr

Dimanche 5 Juillet 2015 - 15:08



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