La situation en Égypte : hypocrisie, tragédie ou parodie

La communauté internationale a la triste réputation d’être injuste, partiale, hypocrite et sadique. Censée promouvoir la démocratie dans le monde, d’y instaurer et d’y promouvoir la paix, l’état de droit et l’équitable justice sociale, elle ne cesse de prendre, dans des questions qui impliquent l’Islam, des positions qui frisent le ridicule. Voilà un président élu démocratiquement et la quasi-totalité de la communauté internationale, l’Europe, la Ligue Arabe et les États-Unis d’Amérique en particulier, refuse de qualifier ce renversement de régime de coup d’État.



La situation en Égypte : hypocrisie, tragédie ou parodie
Les États-Unis d’Amérique refusent de l’appeler un coup d’état parce qu’ils ne veulent pas couper les ponts avec l'armée égyptienne, et parler de coup d’état signifierai la suspension de son aide militaire à l’Égypte, une aide qui s'élève à 1,3 milliard de dollars par an. Mais à quel prix voudront-ils préserver leur coopération avec l’armée égyptienne ? Le retour au totalitarisme et à la terreur en Égypte est-il le lourd tribut à payer ? La guerre civile dans ce pays en est-il le sacrifice à faire ?

Quant à la Ligue Arabe, elle est dirigée par des monarchies totalitaires, l’Arabie Saoudite, le Qatar et le Koweït, qui n’ont pour motivation que de façonner le monde musulman selon leur vision du monde, leur conception de l’Islam. L’Arabie Saoudite et le Koweït ne sont motivés que par la vulgarisation du Salafisme et sont prêts à déstabiliser tout pays musulman qui n’est pas favorable à cette idéologie. L’Arabie Saoudite, le Koweït et le Qatar sont les premiers à avoir provoquer la chute de Mouammar Khadafi puisqu’il refusait leur diktat.

Ils sont aujourd’hui les principaux bailleurs des rebelles de la Syrie, car le régime syrien défend une idéologie religieuse, le chiisme, opposée à la leur. L’Arabie Saoudite  a été le principal soutien de la monarchie yéménite lorsque son peuple a réclamé sa destitution en 2011 parce que sa chute équivaudrait à l’arrivée au pouvoir des chiites qui y sont majoritaires.

Actuellement, ce sont les monarchies totalitaires des Émirats Arabes-Unis, de l'Arabie saoudite, du Koweït et du Bahreïn qui soutiennent l’Égypte en lui promettant une aide de 12 milliards de dollars. Le problème de ces pays est qu’ils peinent à pardonner Mohamed Morsi qui a commis selon eux le péché d’avoir renoué le dialogue et la coopération avec l’Iran qu’ils accusent de vulgariser une idéologie religieuse hérétique qui est le Chiisme. Mais ces pays qui ont de solides relations avec des pays hostiles à l’Islam dont les Etats-Unis d’Amérique et l’Angleterre, de quel droit se permettent-t-ils de défendre un pays musulman d’avoir des relations diplomatiques avec l’Iran. Ils se croient être détenteurs de l’Islam orthodoxe ; or contrairement aux Chiites, ce sont ces Salafistes qui ont, de nos jours, déstabilisé le monde islamique, particulièrement l’Afrique Occidentale ; ils ont installé la haine et l’intolérance entre les Musulmans et semé la terreur et l’instabilité dans le monde.

Paradoxalement, la Ligue Arabe, l’Europe et les Etats-Unis d’Amérique ont préféré soutenir l’armée égyptienne soucieuse de la préservation de ses intérêts économiques, une armée qui n’avait pour désir de se venger du président Mouhamed Morsi qui a damé le pion à leur candidat Ahmed Chafik et a tenté de réduire leur pouvoir. Cette armée a su profiter d’un coup de force des progressistes laïcs, qui sachant ne pas pouvoir remporter les élections démocratiquement, l’ont appelée à la rescousse pour qu’elle règle ses comptes aux Frères Musulmans.

Rien que le nom utilisé par  les membres du Front du Salut National qui est « Tamarroud », c'est-à-dire « rébellion » signifie qu’ils ne peuvent avoir une légitimité que dans l’illégalité. Paradoxalement, ils se sont servi de la rue pour se donner une légitimité ; aujourd’hui, ils veulent interdire des adversaires politiques d’occuper la rue pour dénoncer l’indéfendable. Ils veulent devenir des donneurs de leçons.

Avec la situation en Égypte, nous nous demandons que dire des valeurs de démocratie, de liberté de manifestation, de liberté d’opinion, de droit de l’homme, de la légitimité des urnes dont la communauté internationale prétend prôner ? L’accès au pouvoir par les urnes n’est il pas la règle la plus élémentaire de la démocratie ? Mouhamed Morsi n’a certes pas été pour beaucoup d’observateurs un bon président. Il n’a pas cherché à associer toutes les différentes couches d l’Égypte à la gestion du pays et s’est arrogé trop de pouvoir, mais la démocratie voudrait qu’il soit ne soit démis de ses fonctions que par voie électorale et non par un coup d’État. Et l’armée, si elle était, comme elle le déclare, motivée par la défense de la démocratie, au lieu de confisquer le pouvoir et se servir des partisans du Front du Salut National qui ne peuvent avoir une légitimité démocratique, devrait pousser Mouhamed Morsi à accepter des élections anticipées et le peuple choisira lui-même ses dirigeants.

Cette thèse de défense de la démocratie dont parlent l’armée et les putschistes du Front du Salut National n’est que pur alibi et il n’y a que le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan qui a osé dénoncer l’évidence en ces termes «l'argument des putschistes disant vouloir défendre la démocratie n'est qu'un faux prétexte». «Au téléphone, chacun convient que nous avons à faire à un coup d'Etat, mais personne ne le dit ouvertement».

La non-dénonciation du coup d’état par la communauté internationale a donné de l’aile à l’armée, particulièrement au partisan de la répression violente, le chef d'état-major, le ministre de la Défense et le président du Conseil suprême des forces armées, le général Abdelfattah al-Sissi, qui est davantage sûr de lui au point de rétablir l’état d’urgence qui a eu cours pendant les années sombres du régime de Hosni Moubarak de 1993 à 1999, au point d’emprisonner et de commettre le massacre des adeptes des Frères Musulmans, un massacre dont on saura jamais le nombre exact de victimes puisque l’armée œuvre à ce que le nombre exact de victimes ne soit pas connu.

Ce massacre est timidement dénoncé par la communauté internationale actrice d’une diplomatie à deux poids et deux mesures quand il s’agit d’un pouvoir aux mains des islamistes. L’Europe, les Etats-Unis d’Amérique, l’Australie et le Conseil de sécurité des Nations-Unies se contentent de condamner le génocide et continuent d’appeler l’armée qui méprise la vie humaine à la retenue. Ils refusent de lui faire endosser la responsabilité du génocide et appellent hypocritement les forces politiques en Égypte à empêcher une escalade de la violence et à tout mettre en œuvre pour éviter la guerre civile.

Hypocrites qu’ils sont, les Émirats Arabes-Unis, l'Arabie saoudite, le Koweït et le Royaume de Bahreïn ont renouvelé leur soutien à l’armée égyptienne. Parmi les grands pays musulmans, il n’y a que le Qatar, l’Iran, la Tunisie et la Turquie qui ont dénoncé le massacre des Frères des Musulmans. Cependant, à travers la répression, l’Égypte a, comme l’a souligné Barack Obama, pris un chemin dangereux, le chemin de la guerre civile. Cette répression annonce des lendemains sombres et tragiques pour l’Égypte, ce grand et illustre pays des Prophètes Joseph et Moise, ce pays des pharaons, ce pays de Gamal Abdel Nasser, ce pays d’histoire et de culture, ce pays d’érudits et de savants. C’est tragique de voir l’Égypte qui symbolisait le panarabisme recevoir aujourd’hui des ordres venant de piètres régimes tels que celui de l’Arabie Saoudite espérant être sous leur perfusion. C’est tragique de voir ce pays sombrer dans l’autodestruction, la guerre civile. Déjà l’Égypte est foncièrement divisée sur le plan politique et religieux entre Musulmans et Coptes, entre progressistes laïcs et Musulmans conservateurs et chaque groupe se radicalise.

La guerre civile qui s’annonce en Égypte risque d’être, contrairement à ce qu’on pense, plus meurtrière, plus longue que la guerre civile algérienne qui a duré 10 ans, car le degré d’organisation des Frères Musulmans n’est pas pareil à celui du Front Islamique du Salut.

Les Frères Musulmans sont organisés, armés et ont appris à vivre et à exister dans la clandestinité. Ils ne manqueront pas de bénéficier de l’aide de groupes islamiques radicaux puisque nombreux sont ceux parmi eux qui sont formés en Égypte. Ce pays a façonné et influencé idéologiquement, intellectuellement et culturellement la quasi-totalité du monde musulman. Déjà les Salafistes du parti an-Nour, qui étaient hostiles à Mouhamed Morsi, le soutiennent maintenant, car pensant que l’armée est entrain de rétablir la répression anti-islamiste. Et à Jérusalem, à Hébron, à Amman, à Khartoum, à Rabat des manifestations de soutien aux Frères Musulmans ont été notées et des ambassades ont commencé à être victimes d’attaques de Musulmans qui ont réagi à la répression de l’armée égyptienne. Ce qui annonce un risque réel d’extension de la crise au Proche et Moyen-Orient.Sur le plan économique, l’Égypte se relèvera difficilement de cette crise.  Les investisseurs fuient le pays et de nombreuses entreprises et sociétés ont commencé à ralentir leurs activités ou même à quitter le pays. Le tourisme est en chute libre puisque les Européens, les Russes et les Américains ont demandé à leurs ressortissants de pas se rendre en Égypte. Alors, il est urgent que la communauté internationale réagisse pour mettre un terme à ce chaos.


Docteur Mouhamadou Mansour Dia
Chercheur-enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar
Spécialiste de la sociologie des religions

                       
Email : almansourdia@hotmail.com/:almansourdia@hotmail.com/    almansourdia@gmail.com/:almansourdia@gmail.com/

Mouhamadou Mansour Dia

Lundi 19 Août 2013 - 22:45




1.Posté par benabbas khireddine le 20/08/2013 00:34
quel malheur c'est chaquant et ahurissant de voir les musulmans s'entretuer... et ce que je n'admet pas et je le condamne vivement c'est le comportement de ces gens qu'on appelle des ulama mais hélàs à mon humble avis je les considère comme des ignorant...car à ce que je sache notre religion banit et condamne tout crime et surtout la fitna (la zizanie) en fitna ces ulama ignorent-ils que le tueur et le tué sont en enfer car chacun a l'intention de tuer...a lieu de calmer la situation et d'emmener les gens à la raison et à la sagesse eux au contraire ils les incitent à commettre des crimes en utilisant des termes que je déteste entendre (trroriste mécréant djihad......)je leur pose une petite question à ces ulama qui meurent en égypte?bien sûr ce sont des égyptiens ..donc ya pas de notion de terroriste ou autre chose y a un malentendu politique ...y a pas d'interet suprime du pays quel interet du pays qui dépasse celui des vies de ses citoyens.....sachez bien messieurs que notre religion ondamne" tout crime sans tenir compte d'appartenance religieuse ;éthnique ou politique...alors de grace cessez de célébrer les massarcres comme a dit notre écrivain Ahmed Azzeggagh...à bon entendeur!!!!

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