"La trahison de Dakar" par Jean Claude de l'Estrac



Le malheureux candidat pour la succession d’Abdou Diouf à la tête de la francophonie lors du dernier sommet des 29 et 30 novembre dernier, est dans tous ses états. Et ne mâche pas ses mots. « Je tiens à préciser, de prime abord, que les propos que je tiens ici n’engagent  que moi, et ne peuvent, en aucune manière, être imputés à l’Etat mauricien. J’estime qu’il est de mon devoir, pour le bien même de la Francophonie, de dénoncer l’opération  qui, au pays de Senghor, a vu  l’Organisation internationale de la Francophonie être attribuée à l’Amérique du nord », tonne d’emblée Jean Claude de l’Estrac qui précise :


«La personnalité et les qualités  de Mme Michaëlle Jean n’est pas le sujet. Ni la volonté du Canada, grand pays de la Francophonie, à diriger cette organisation dont il est un des deux principaux contributeurs. Personnellement j’ai de l’admiration pour la francophonie innovante et vivante du Québec que j’ai souvent visité ». Mais sert-il : «La question essentielle est que la Charte de l’Organisation n’a pas été respectée et que le nouveau secrétaire général a été désigné et imposé par une entente diplomatique  entre la France et le Sénégal. 


Elle s’est manifestée  suite à des tractations dont la plupart des pays membres ignorent les tenants et aboutissants », tonne le candidat de Maurice qui poursuit : « le prétexte est qu’il y avait quatre candidats africains et la candidate du Canada qui entendaient se présenter. Et alors ? C’est bien pour gérer ce cas de figure – ce qui est d’ailleurs un signe de vitalité -  que l’article 6 de la Charte de l’OIF prévoit une élection. L’on ne peut pas prétendre promouvoir la démocratie dans l’espace francophone et utiliser les méthodes despotiques  à l’ancienne pour imposer un candidat suite à des tractations secrètes.


C’est une première trahison, la charte est trahie. Le  procédé n’a été ni ouvert, ni transparent, ni démocratique.  Si des élections en bonne et due forme avaient été tenues, le résultat aurait été tout autre ».
Jean Claude de l’Estrac d’indiquer en conférence de presse ce vendredi que « partout où (il) s’est trouvé en Afrique, tous les dirigeants politiques rencontrés n’ont eu de cesse d’affirmer que le poste de secrétaire général devrait être occupé par un représentant des pays du Sud, un Africain s’entend, dans le respect de ce qu’ils appellent le Pacte de Hanoi ». Ce, «quand bien même les pressions françaises, qu’ils aient finalement décidé, sans vraiment se battre, de retirer une à une leurs candidatures en faveur de la candidate de Canada est incompréhensible, inexpliquée et inexplicable.


Le président de la République de Maurice a, longtemps résisté avant de se trouver devant le fait accompli  d’un  « consensus » restreint avant même qu’il n’ait eut la possibilité de dire que Maurice était disposée à se soumettre à un vote ». «Le président français a activement animé la discussion même si La France n’avait apparemment pas officiellement de candidat. Mais le président français ne s’était pas privé, la veille de l’élection prévue, de dire son choix ; il avait dit publiquement le bien qu’il pensait de la candidate du Canada. Il avait jusque-là prétendu vouloir œuvrer en faveur d’un consensus africain.


A Dakar, le pacte de Hanoi a été trahi », dénonce Jean Claude de l’Estrac qui ne manque pas de préciser que «l’ile Maurice a toutes les raisons de se sentir trahie. La candidature mauricienne a été assez largement encouragée tant par des diplomates français qu’africains. Elle est née d’une réflexion du  Quai d’Orsay qui disait vouloir rompre avec la Françafrique , qui entendait pousser l’OIF à  se tourner vers l’océan Indien et l’Afrique orientale. Ce qui avait retenu notre attention c’est l’appréciation du cas mauricien ». D’autant plus qu’on soulignait, sert-il que « Maurice est un Etat extrêmement moderne et dynamique, résolument tourné vers les investissements d’avenir au profit de la jeunesse et désireux de jour un rôle de pont entre l’Afrique et les grands acteurs de l’océan indien».


Sur la base de ce constat, « on avait  dressé le portrait du prochain secrétaire général de l’OIF. En choisissant une personnalité de cette région, nous donnerions acte à l’OIF de sa capacité à apporter un message universel sur les sujets qui mobilisent des sociétés civiles, qui sont des enjeux décisifs pour la jeunesse de ces pays pour leur avenir et pour la stabilité du monde… Nous devrions donc, à l’occasion du renouvellement du secrétaire général, montrer notre capacité à ouvrir le jeu et à engager résolument l’OIF dans la voie de la modernité et d’un rôle universel, dynamique et proactif. », réagit-il en affirmant que «c’est fort de cette nouvelle orientation annoncée de la diplomatie française et encouragé  par de nombreux  diplomate français  et la parole de nombreux dirigeants africains que l’Etat mauricien avait décidé de s’engager dans cette campagne».

 
Mais, « quand le président Hollande a jeté son poids en faveur du Canada - malgré les réticences du Quai d’Orsay - les Africains ne se sont pas fait beaucoup prier pour s‘exécuter. Même le président Ali Bongo a préféré partir plutôt que de s’opposer. Maurice a le sentiment d’avoir été trahie. Les conséquences pour l’OIF sont graves, il n’y a qu’à lire la presse africaine et même française. La déception est très forte. On spécule beaucoup sur d’éventuelles contreparties », dénonce Jean Claude de l’Estrac. 


Vendredi 5 Décembre 2014 - 19:28



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