Les élites africaines doivent-elles ouvrir le débat sur l’arrivée prochaine du front national au pouvoir ?



Les élites africaines doivent-elles  ouvrir le débat sur l’arrivée prochaine du front national au pouvoir ?
Marine Le Pen Chef d’Etat de la France en 2017. Pour les patriotes, économistes et  intellectuels éveillés qui prônent une indépendance véritable des pays africains par la  gestion de leur souveraineté avec leur propre monnaie, une armée à la mesure des exigences de défense de leur intégrité territoriale et une réelle liberté de pilotage de  leur économie, la probable arrivée de Marine Le Pen au pouvoir en 2017, ouvre l’opportunité pour relancer ces questions.  Rien de tel qu’un bouleversement au sommet de l’Etat français pour forcer dirigeants, intellectuels et simples citoyens africains à  reconsidérer la nature de leurs relations avec la France qui, quoiqu’on en dise, continue d’exercer un pouvoir presque régalien dans la gestion de nos pays. Un débat pour anticiper sur les conséquences et opportunités d’un tel changement relève du réalisme et de la responsabilité.  Attendre jusqu’en 2015, 2016 ou 2017 pour le faire serait de l’infantilisme politique. C’est maintenant qu’il faut engager ce débat pour avoir le temps de mettre en œuvre les mesures de rupture nécessaires. De ce point de vue Marine Le Pen est peut être la force du changement pour mettre fin au statu quo franco-africain depuis la fin de la colonisation. Bienvenue Marine.

La montée  progressive  du Front national  dans les dernières intentions de vote des français n’est pas à prendre à la légère. Le  dernier sondage effectué la place en tête des  intentions de vote avec 24%, devant tous les autres partis et leaders politiques. Autant dire que la stratégie de conquête du Front national est en bonne voie vers le pouvoir. Cette situation ne devrait pas surprendre.  Les élections présidentielles de 2002 avaient déjà consacré l’adoption du Front national par la France avec le passage au premier tour de Jean Marie le Pen devant Lionel Jospin du parti socialiste français.  C’est par le regroupement des forces opposées au FN que les français ont pu faire barrage en réélisant Jacques Chirac.  Depuis, le front national a continué d’être actif  en récupérant toutes les crises que traversent la France et l’Europe, cette même Europe  qui voit aussi se développer une montée de l’extrême droite, notamment en Grèce, au Portugal, en Italie. Nous avons l’obligation de ne pas minimiser la chute de la France dans l’extrême droite. Les réalités politiques persistantes nous interpellent avec suffisamment de faits pour considérer que l’arrivée du front national n’est plus une vue de l’esprit. Si ce n’est en 2017, ce sera en 2022. Peu importe d’ailleurs. Sa survenue prochaine est la vraie question.  Les implications de cette chute vont des politiques militaires et monétaires de la France  aux politiques de développement de l’Union Européenne, de l’ONU au FMI et la banque mondiale, du secteur privé français au secteur privé sénégalais. Un tel régime  qui arrivera au pouvoir fera face à la pression de sa base politique à l’effet de mettre en œuvre ses politiques radicales. Il n y a aucune raison de penser que ses dirigeants seront timides à la tâche. Tout au contraire, ce sera son mandat. Son succès sonnera aussi comme la preuve aux autres pays d’Europe que l’Extrême droite est la réponse à l’islam, l’immigration, la pauvreté, le capitalisme étranger et l’aide au développement.

Que faire ? Cette question se pose aux dirigeants, aux patriotes, économistes, intellectuels, leaders politiques et citoyens.

Pour  nos dirigeants africains si confiants dans leur stratégie infaillible à  se soumettre pour ne pas  risquer leur propre pouvoir, l’arrivée de Marine Le Pen ne changera probablement rien. Ils ne nous surprendront pas. Ils emprunteront encore le discours des relations historiques avec la France pour échanger sourires et regards naïfs. Toute la situation sera considérée comme relevant uniquement des affaires intérieures françaises. Les dirigeants africains ne bougeront que lorsque Marine Le Pen et le front national auront décidé du sort de ces relations.

Nous pouvons donc nous retrouver du jour au lendemain dans une situation que nous avons choisie d’ignorer malgré la reconnaissance des effets qu’elle peut avoir sur nos pays. Cette irresponsabilité n’est pas spécifique à nos relations avec la France. C’est tout simplement la situation la mieux partagée par les dirigeants africains que d’ignorer les problèmes difficiles pour se consacrer à des questions intérieures de petite facture. Seule la catastrophe peut déclencher chez eux un sentiment d’urgence. Bienheureux les insouciants qu’ils sont.

Pour les patriotes, l’arrivée prochaine du front national vient à point pour rappeler qu’ils doivent parachever le combat de l’indépendance avec l’objectif clair de maitriser le premier levier essentiel à l’exercice de la souveraineté nationale a savoir une armée nationale et panafricaine capable de défendre son intégrité territoriale. Seulement alors, pourrons-nous ne plus dépendre de l’intervention de la France pour faire face à des crises comme celle du Mali.  Disposer d’une armée d’un million d’hommes ne relève pas d’une volonté guerrière. C’est une telle armée qui doit être mobilisable  en temps de paix sur des travaux de développement national et sur les champs de bataille en temps de  guerre. Nul ne pourra défaire une telle armée dont le pas marchera sur tout l’espace régional. Dans ce sens, instituer un service national militaire ou civil à tout citoyen apte et majeur participera à écarter définitivement les risques de déstabilisation qui ne font que commencer dans un monde et une région  du monde qui   vont de jour en jour vers une concurrence de plus en plus féroce pour l’accès aux ressources et l’affirmation des identités  culturelles ou religieuses. Un Sénégal ou une Afrique indépendants, incapables de se défendre ne relève pas de l’exercice de la souveraineté responsable. Le Mali était juste un rappel, nous ferions preuve d’irresponsabilité en pensant que c’était tout simplement une crise. Le réalisme  commande d’être prêt à faire face au plus puissant de ses adversaires potentiels.

Pour les économistes, l’adoption d’une monnaie nationale autonome, régionale ou africaine, la redéfinition des axes de la coopération commerciale et économique avec la France et l’Europe ainsi que le recentrage de nos stratégies sur des modes de financement  diversifiés  et innovants doivent prendre une nouvelle urgence. Nous devons aller vers une modification radicale du système de financement de l’économie nationale. Seulement alors pourrons-nous isoler nos options de développement des humeurs d’un nouveau pouvoir français dont les priorités déclarées depuis 30 ans sont foncièrement de se replier sur elle. Au-delà, de l’anticipation sur la redéfinition possible de nos relations financières avec la France, il est  plus que temps de situer la question de  la monnaie nationale sous l’angle de la souveraineté et des valeurs d’abord. Ce sont ces valeurs qui doivent porter le projet de réforme de notre coopération financière  et monétaire avec la France. Les opportunités qui découlent de la maîtrise de notre propre politique monétaire sont  secondaires.

Pour les intellectuels et leaders politiques, le message éloquent des forces nationalistes françaises doit constituer un rappel  sur l’impérieuse nécessité de fixer leurs repères dans   les réalités populaires nationales et africaines plutôt que dans les réflexes de mimétisme de constructions intellectuelles d’ailleurs qui les figent comme des répétiteurs de théories politiques libérales, socialistes et systèmes institutionnels qui n’ont aucun liant avec les valeurs réelles qui animent nos populations. Certes l’accusation d’une exploitation populiste des crises par le front national et l’extrême droite peut être partiellement fondée. Mais il y a lieu de rappeler la responsabilité des systèmes institutionnels et politiques classiques qui n’ont pas pu répondre aux nouvelles crises. Dans nos pays, l’incapacité des politiques publiques et systèmes institutionnels à répondre aux besoins des populations appelle aussi à les ancrer dans le vrai plutôt que dans les artifices  utilisés depuis 50 ans, sans offrir des réponses aux problèmes de l’emploi, du financement de l’économie et des valeurs. Un régime qui ne fournit pas de réponse  à ces trois questions tombe progressivement dans  un processus de désaffection des populations à son endroit. De ce point de vue, le débat à ouvrir doit aussi s’intéresser au renouvellement des perspectives  sur ces questions. Les assises nationales ont effleuré ces questions d’un point de vue général pour finalement se réduire à des questions institutionnelles dans le cadre de la CNRI alors qu’il s’agit de proposer des solutions concrètes qui requièrent certainement plus de courage qu’autre chose.

Pour les panafricanistes, en particulier ceux de la sous région ouest africaine, la parole doit faire place à l’action par des initiatives qui marqueront clairement la redéfinition de l’espace national africain. L’unification du Sénégal, du Mali, de la Guinée, de la Gambie et de la Guinée Bissau  est une possibilité sur laquelle il faut travailler en empruntant la stratégie des anciens : la formation d’un parti africain dont l’unique ambition sera de travailler à faire de nos peuples frères une seule nation.   Demander aux dirigeants africains actuels de céder une parcelle de leur pouvoir pour ce projet relève de l’utopie. Mais travailler à partir d’un bloc politique dont l’ambition fondatrice est de conquérir le pouvoir de manière démocratique dans les 10 prochaines années est une tâche difficile mais exaltante et surtout possible. L’éveil des peuples est tel que les intellectuels, patriotes et hommes politiques africains peuvent espérer trouver une oreille attentive d’un tel projet. La société civile africaine a dans ce chantier extraordinaire un grand effort de sensibilisation à faire pour accompagner l’ancrage de forces politiques ayant un tel objectif. Les jeunes leaders africains seront certainement  ceux dont les idées et l’énergie devront former le noyau de ce bloc. Qu’ils soient libres des carcans idéologiques sera certainement un atout afin de  ne pas être divisés par des lignes artificielles qui caractérisent nos camps dits socialistes ou libéraux.

Pour le citoyen ordinaire, le débat sur l’arrivée du front national en France et la droitisation progressive de l’Europe peut être encore une question abstraite. Mais il leur suffira de prendre connaissance des idées du front national sur l’immigration, l’islam et les noirs pour réaliser que le débat revient à la défense de sa propre dignité. De surcroît, ce débat de réarmement de nos propres capacités par nos propres moyens, même s’il vient sous l’angle extérieur, est foncièrement celui de faire de ce pays un pays ou  nous pouvons vivre nos valeurs, donner un avenir à nos enfants par  le travail et être prêt à défendre nos valeurs et notre intégrité. C’est un débat populaire qui trouvera l’assentiment de toutes les populations.

A travers cet appel à ouvrir un débat devant l’arrivée prochaine du front national au pouvoir, il ne s’agit pas de fournir des réponses toutes faites aux enjeux qui se poseront, mais bien d’ouvrir une introspection sur le sens de notre souveraineté. Certains accidents de l’histoire, se posent à nous comme tels mais en réalité  nous offrent l’occasion de nous élever au dessus des événements. Le statu quo qui est le notre, cache mal les questions fondamentales que nous différons. Marine le Pen n’est pas un hasard de l’histoire. Elle est la contradiction qui nous forcera à faire face à la réalité. De ce point de vue, comment ne pas lui dire, Bienvenue Marine, sois l’Elue de tes concitoyens, les patriotes te souhaitent d’arriver à la tête de l’Etat de France.


Amadou Gueye/Nouvelle République
union.independants @gmail.com

Amadou Gueye/Nouvelle République

Dimanche 13 Octobre 2013 - 13:38



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