Les enjeux de la tournée africaine de François Hollande

Trois pays en deux jours. C'est une tournée éclair que François Hollande vient de commencer sur le continent africain. Premier pays, le Bénin, où il est arrivé mercredi soir à minuit. Le président français doit y prononcer ce jeudi matin un discours sur la démocratie en Afrique. Un discours très attendu, en raison des derniers événements sur le continent.



Boni Yayi, président du Bénin, et François Hollande, son homologue français, à Cotonou ce jeudi 2 juillet. REUTERS/Charles Placide Tossou
Boni Yayi, président du Bénin, et François Hollande, son homologue français, à Cotonou ce jeudi 2 juillet. REUTERS/Charles Placide Tossou

Le discours que doit délivrer François Hollande ce jeudi à Cotonou est d’autant plus attendu que plusieurs présidents africains sont actuellement tentés de changer les règles du jeu afin de rester au pouvoir. Outre le Burundais Pierre Nkurunziza, il y a le Rwandais Paul Kagamé  et les Congolais Denis Sassou-Nguesso  et Joseph Kabila.

Bénin : étape démocratique

En revanche, le président béninois Thomas Boni Yayi promet qu'il ne touchera pas à la Constitution de son pays et qu'il quittera le pouvoir en avril 2016, au terme de son second mandat. Ce n'est donc pas un hasard si François Hollande a choisi le Bénin pour prononcer ce jeudi ce qui sera son seul discours lors de cette tournée africaine. A Cotonou, le député d'opposition Kolawolé Idji s'en réjouit. Mais, dans le même temps, il s'interroge sur la nomination récente du banquier franco-béninois Lionel Zinsou au poste stratégique de Premier ministre, et demande au président français de ne pas choisir le successeur de Boni Yayi à la place des Béninois.

« Le président Boni Yayi nous a dit qu’il ne tenterait pas de briguer un troisième mandat. Nous savons tous qu’il en avait eu fortement envie. J’espère que la venue du président Hollande au Bénin consacrera ce fait-là, qu’il n’est question ni de briguer lui-même un troisième mandat, ni d’imposer un quelconque dauphin au peuple béninois », souligne Kowalé Idji. Un « dauphin » qui pourrait bien être le Premier ministre Lionel Zinsou. Et si Kowalé Idji, reconnaît que « Lionel Zinsou a certainement le droit en tant que Béninois de se présenter aux élections présidentielles », il dit aussi espérer « que la France ne soutiendra que le choix libre que le peuple béninois fera. »


Angola : relancer les échanges après l'Angolagate

Dès jeudi après-midi, François Hollande quittera le Bénin pour faire route vers l’Angola. Une seconde étape qui sera beaucoup plus économique. La page de l’Angolagate, le scandale des ventes d'armes, est tournée. Vendredi matin à Luanda, François Hollande assistera à un forum économique franco-angolais en compagnie d'une cinquantaine de chefs d'entreprises français.

Une visite qui vient à point, selon le ministre angolais des Relations extérieures, George Chikoti, qui a expliqué au micro de RFI ce qu'il attend de ses partenaires français. « Il y avait un accord aérien entre la France et l’Angola qui va permettre l’augmentation de plus de vols entre Luanda et Paris. Nous pensons que c’est une visite qui vient à un très bon moment, à un moment où l’Angola se bat avec quelques problèmes internes, des velléités », explique George Chikoti. « Notre économie, au cours de toutes ces années, a essentiellement dépendu du pétrole. Aujourd’hui, nous sommes en train de diversifier et donc je crois qu’il y a une bonne place pour les sociétés françaises. »


Cameroun : épineuse étape

Le Cameroun, troisième et dernière étape de la tournée du président français, vendredi après-midi, sera à la fois l'étape la plus courte et la plus sensible pour François Hollande, en raison des problèmes de démocratie et de droits de l'homme. Paul Biya est au pouvoir au Cameroun depuis 33 ans et peut encore se représenter en 2018. L'opposition affirme que l'alternance est impossible à cause de la fraude électorale.

« Le plus important n’est pas la tentative de récupération que fera le gouvernement camerounais, car c’est inévitable », estime Maurice Kamto, ancien ministre de Biya, qui siège désormais dans l’opposition, à la tête du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (MRC). En revanche, pour ce grand juriste l’enjeu porte sur « le message que le président Hollande voudrait faire passer » auprès des autorités camerounaises. Un message qu’il espère voir tourné vers un appel en faveur de « règles du jeu qui soient consensuelles, ce qui n’est pas le cas du code électoral actuel ». Un message, aussi, qui doit être un « message anti-fraude, un message de transparence, d’élections justes et crédibles », plaide Maurice Kamto.

A Yaoundé, François Hollande devrait aussi faire passer un message en faveur de Me Lydienne Yen Eyoum, l'avocate franco-camerounaise condamnée à 25 ans de prison pour malversations financières. Le président français demandera sans doute un geste humanitaire.


Rfi.fr

Jeudi 2 Juillet 2015 - 07:17



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