Lettre d'Edwy Plenel sur Palestine: Monsieur le Président, vous égarez la France

De l’alignement préalable sur la droite extrême israélienne à l’interdiction de manifestations de solidarité avec le peuple palestinien, sans compter l’assimilation de cette solidarité à de l’antisémitisme maquillé en antisionisme, François Hollande s’est engagé dans une impasse. Politiquement, il n’y gagnera rien, sauf le déshonneur. Mais, à coup sûr, il y perd la France.



Une faute politique doublée d’une faute intellectuelle

Lettre d'Edwy Plenel sur Palestine: Monsieur le Président, vous égarez la France
Monsieur le Président, cher François Hollande,

Je n’aurais jamais pensé que vous puissiez rester, un jour, dans l’histoire du socialisme français, comme un nouveau Guy Mollet. Et, à vrai dire, je n’arrive pas à m’y résoudre tant je vous croyais averti de ce danger d’une rechute socialiste dans l’aveuglement national et l’alignement international, cette prétention de civilisations qui se croient supérieures au point de s’en servir d’alibi pour justifier les injustices qu’elles commettent.


 
Vous connaissez bien ce spectre molletiste qui hante toujours votre famille politique. Celui d’un militant dévoué à son parti, la SFIO, d’un dirigeant aux convictions démocratiques et sociales indéniables, qui finit par perdre politiquement son crédit et moralement son âme faute d’avoir compris le nouveau monde qui naissait sous ses yeux. C’était, dans les années 1950 du siècle passé, celui de l’émergence du tiers-monde, du sursaut de peuples asservis secouant les jougs colonisateurs et impériaux, bref le temps de leurs libérations et des indépendances nationales.

 
Guy Mollet, et la majorité de gauche qui le soutenait, lui opposèrent, vous le savez, un déni de réalité. Ils s’accrochèrent à un monde d’hier, déjà perdu, ajoutant du malheur par leur entêtement, aggravant l’injustice par leur aveuglement. C’est ainsi qu’ils prétendirent que l’Algérie devait à tout prix rester la France, jusqu’à engager le contingent dans une sale guerre, jusqu’à autoriser l’usage de la torture, jusqu’à violenter les libertés et museler les oppositions. Et c’est avec la même mentalité coloniale qu’ils engagèrent notre pays dans une désastreuse aventure guerrière à Suez contre l’Égypte souveraine, aux côtés du jeune État d’Israël.

 
Mollet n’était ni un imbécile ni un incompétent. Il était simplement aveugle au monde et aux autres. Des autres qui, déjà, prenaient figure d’Arabes et de musulmans dans la diversité d’origines, la pluralité de cultures et la plasticité de croyance que ces mots recouvrent. Lesquels s’invitaient de nouveau au banquet de l’Histoire, s’assumant comme tels, revendiquant leurs fiertés, désirant leurs libertés. Et qui, selon le même réflexe de dignité et de fraternité, ne peuvent admettre qu’aujourd’hui encore, l’injustice européenne faite aux Juifs, ce crime contre l’humanité auquel ils n’eurent aucune part, se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens, par le déni de leur droit à vivre librement dans un État normal, aux frontières sûres et reconnues.
Vous connaissez si bien la suite, désastreuse pour votre famille politique et, au-delà d’elle, pour toute la gauche de gouvernement, que vous l’aviez diagnostiquée vous-même, en 2006, dans Devoirs de vérité (Stock). « Une faute, disiez-vous, qui a été chèrement payée : vingt-cinq ans d’opposition, ce n’est pas rien ! » Sans compter, auriez-vous pu ajouter, la renaissance à cette occasion de l’extrême droite française éclipsée depuis la chute du nazisme et l’avènement d’institutions d’exception, celles d’un pouvoir personnel, celui du césarisme présidentiel. Vingt-cinq ans de « pénitence », insistiez-vous, parce que la SFIO, l’ancêtre de votre Parti socialiste d’aujourd’hui, « a perdu son âme dans la guerre d’Algérie ».


Vous en étiez si conscient que vous ajoutiez : « Nous avons encore des excuses à présenter au peuple algérien. Et nous devons faire en sorte que ce qui a été ne se reproduise plus. » « Nous ne sommes jamais sûrs d’avoir raison, de prendre la bonne direction, de choisir la juste orientation, écriviez-vous encore. Mais nous devons, à chaque moment majeur, nous poser ces questions simples : agissons-nous conformément à nos valeurs ? Sommes-nous sûrs de ne pas altérer nos principes ? Restons-nous fidèles à ce que nous sommes ? Ces questions doivent être posées à tout moment, au risque sinon d’oublier la leçon. »

 
Eh bien, ces questions, je viens vous les poser parce que, hélas, vous êtes en train d’oublier la leçon et, à votre tour, de devenir aveugle au monde et aux autres. Je vous les pose au vu des fautes stupéfiantes que vous avez accumulées face à cet énième épisode guerrier provoqué par l’entêtement du pouvoir israélien à ne pas reconnaître le fait palestinien. J’en dénombre au moins sept, et ce n’est évidemment pas un jeu, fût-il des sept erreurs, tant elles entraînent la France dans la spirale d’une guerre des mondes, des civilisations et des identités, une guerre sans issue, sinon celle de la mort et de la haine, de la désolation et de l’injustice, de l’inhumanité en somme, ce sombre chemin où l’humanité en vient à se détruire elle-même.
Les voici donc ces sept fautes où, en même temps qu’à l’extérieur, la guerre ruine la diplomatie, la politique intérieure en vient à se réduire à la police.


1. Vous avez d’abord commis une faute politique sidérante.


Rompant avec la position traditionnellement équilibrée de la France face au conflit israélo-palestinien, vous avez aligné notre pays sur la ligne d’offensive à outrance et de refus des compromis de la droite israélienne, laquelle gouverne avec une extrême droite explicitement raciste, sans morale ni principe, sinon la stigmatisation des Palestiniens et la haine des Arabes.

 
Votre position, celle de votre premier communiqué du 9 juillet, invoque les attaques du Hamas pour justifier une riposte israélienne disproportionnée dont la population civile de Gaza allait, une fois de plus, faire les frais. Purement réactive et en grande part improvisée (lire ici l’article de Lenaïg Bredoux), elle fait fi de toute complexité, notamment celle du duo infernal que jouent Likoud et Hamas, l’un et l’autre se légitimant dans la ruine des efforts de paix (lire là l’article de François Bonnet).


Surtout, elle est inquiétante pour l’avenir, face à une situation internationale de plus en plus incertaine et confuse. À la lettre, ce feu vert donné à un État dont la force militaire est sans commune mesure avec celle de son adversaire revient à légitimer, rétroactivement, la sur-réaction américaine après les attentats du 11-Septembre, son Patriot Act liberticide et sa guerre d’invasion contre l’Irak. Bref, votre position tourne le dos à ce que la France officielle, sous la présidence de Jacques Chirac, avait su construire et affirmer, dans l’autonomie de sa diplomatie, face à l’aveuglement nord-américain.


Depuis, vous avez tenté de modérer cet alignement néoconservateur par des communiqués invitant à l’apaisement, à la retenue de la force israélienne et au soulagement des souffrances palestiniennes. Ce faisant, vous ajoutez l’hypocrisie à l’incohérence. Car c’est une fausse compassion que celle fondée sur une fausse symétrie entre les belligérants. Israël et Palestine ne sont pas ici à égalité. Non seulement en rapport de force militaire mais selon le droit international.


En violation de résolutions des Nations unies, Israël maintient depuis 1967 une situation d’occupation, de domination et de colonisation de territoires conquis lors de la guerre des Six Jours, et jamais rendus à la souveraineté pleine et entière d’un État palestinien en devenir. C’est cette situation d’injustice prolongée qui provoque en retour des refus, résistances et révoltes, et ceci d’autant plus que le pouvoir palestinien issu du Fatah en Cisjordanie n’a pas réussi à faire plier l’intransigeance israélienne, laquelle, du coup, légitime les actions guerrières de son rival, le Hamas, depuis qu’il s’est imposé à Gaza.


Historiquement, la différence entre progressistes et conservateurs, c’est que les premiers cherchent à réduire l’injustice qui est à l’origine d’un désordre tandis que les seconds sont résolus à l’injustice pour faire cesser le désordre. Hélas, Monsieur le Président, vous avez spontanément choisi le second camp, égarant ainsi votre propre famille politique sur le terrain de ses adversaires.


2. Vous avez ensuite commis une faute intellectuelle en confondant sciemment antisémitisme et antisionisme.


Ce serait s’aveugler de nier qu’en France, la cause palestinienne a ses égarés, antisémites en effet, tout comme la cause israélienne y a ses extrémistes, professant un racisme anti-arabe ou antimusulman. Mais assimiler l’ensemble des manifestations de solidarité avec la Palestine à une résurgence de l’antisémitisme, c’est se faire le relais docile de la propagande d’État israélienne.


Mouvement nationaliste juif, le sionisme a atteint son but en 1948, avec l’accord des Nations unies, URSS comprise, sous le choc du génocide nazi dont les Juifs européens furent les victimes. Accepter cette légitimité historique de l’État d’Israël, comme a fini par le faire sous l’égide de Yasser Arafat le mouvement national palestinien, n’entraîne pas que la politique de cet État soit hors de la critique et de la contestation. Être antisioniste, en ce sens, c’est refuser la guerre sans fin qu’implique l’affirmation au Proche-Orient d’un État exclusivement juif, non seulement fermé à toute autre composante mais de plus construit sur l’expulsion des Palestiniens de leur terre.


Confondre antisionisme et antisémitisme, c’est installer un interdit politique au service d’une oppression. C’est instrumentaliser le génocide dont l’Europe fut coupable envers les Juifs au service de discriminations envers les Palestiniens dont, dès lors, nous devenons complices. C’est, de plus, enfermer les Juifs de France dans un soutien obligé à la politique d’un État étranger, quels que soient ses actes, selon la même logique suiviste et binaire qui obligeait les communistes de France à soutenir l’Union soviétique, leur autre patrie, quels que soient ses crimes. Alors qu’évidemment, on peut être juif et antisioniste, juif et résolument diasporique plutôt qu’aveuglément nationaliste, tout comme il y a des citoyens israéliens, hélas trop minoritaires, opposés à la colonisation et solidaires des Palestiniens.


Brandir cet argument comme l’a fait votre premier ministre aux cérémonies commémoratives de la rafle du Vél’ d’Hiv’, symbole de la collaboration de l’État français au génocide commis par les nazis, est aussi indigne que ridicule. Protester contre les violations répétées du droit international par l’État d’Israël, ce serait donc préparer la voie au crime contre l’humanité ! Exiger que justice soit enfin rendue au peuple palestinien, pour qu’il puisse vivre, habiter, travailler, circuler, etc., normalement, en paix et en sécurité, ce serait en appeler de nouveau au massacre, ici même !


Un antiracisme oublieux et infidèle


Si vous pensez spontanément religion quand s’expriment ici même des insatisfactions et des colères en solidarité avec le monde arabe, univers où dominent la culture et la foi musulmanes, c’est paradoxalement parce que vous ne vous êtes pas résolus à cette évidence d’une France multiculturelle. À cette banalité d’une France plurielle, vivant diversement ses appartenances et ses héritages, qu’à l’inverse, votre crispation, où se mêlent la peur et l’ignorance, enferme dans le communautarisme religieux. Pourtant, les musulmans de France font de la politique comme vous et moi, en pensant par eux-mêmes, en inventant par leur présence au monde, à ses injustices et à ses urgences, un chemin de citoyenneté qui est précisément ce que l’on nomme laïcisation.
C’est ainsi, Monsieur le Président, qu’au lieu d’élever le débat, vous en avez, hélas, attisé les passions. Car cette réduction des musulmans de France à un islam lui-même réduit, par le prisme sécuritaire, au terrorisme et à l’intégrisme est un cadeau fait aux radicalisations religieuses, dans un jeu de miroirs où l’essentialisation xénophobe finit par justifier l’essentialisation identitaire. Une occasion offerte aux égarés en tous genres.


5. Vous avez surtout commis une faute historique en isolant la lutte contre l’antisémitisme des autres vigilances antiracistes.


Comme s’il fallait la mettre à part, la sacraliser et la différencier. Comme s’il y avait une hiérarchie dans le crime contre l’humanité, le crime européen de génocide l’emportant sur d’autres crimes européens, esclavagistes ou coloniaux. Comme si le souvenir de ce seul crime monstrueux devait amoindrir l’indignation, voire simplement la vigilance, vis-à-vis d’autres crimes, de guerre ceux-là, commis aujourd’hui même. Et ceci au nom de l’origine de ceux qui les commettent, brandie à la façon d’une excuse absolutoire alors même, vous le savez bien, que l’origine, la naissance ou l’appartenance, quelles qu’elles soient, ne protègent de rien, et certainement pas des folies humaines.


Ce faisant, votre premier ministre et vous-même n’avez pas seulement encouragé une détestable concurrence des victimes, au lieu des causes communes qu’il faudrait initier et promouvoir. Vous avez aussi témoigné d’un antiracisme fort oublieux et très infidèle. Car il ne suffit pas de se souvenir du crime commis contre les juifs. Encore faut-il avoir appris et savoir transmettre la leçon léguée par l’engrenage qui y a conduit : cette lente accoutumance à la désignation de boucs émissaires, essentialisés, caricaturés et calomniés dans un brouet idéologique d’ignorance et de défiance qui fit le lit des persécutions.


Or comment ne pas voir qu’aujourd’hui, dans l’ordinaire de notre société, ce sont d’abord nos compatriotes d’origine, de culture ou de croyance musulmane qui occupent cette place peu enviable ? Et comment ne pas comprendre qu’à trop rester indifférents ou insensibles à leur sort, ce lot quotidien de petites discriminations et de grandes détestations, nous habituons notre société tout entière à des exclusions en chaîne, tant le racisme fonctionne à la manière d’une poupée gigogne, des Arabes aux Roms, des Juifs aux Noirs, et ainsi de suite jusqu’aux homosexuels et autres prétendus déviants ?


Ne s’attarder qu’à la résurgence de l’antisémitisme, c’est dresser une barrière immensément fragile face au racisme renaissant. Le Front national deviendrait-il soudain fréquentable parce qu’il aurait, selon les mots de son vice-président, fait« sauter le verrou idéologique de l’antisémitisme » afin de « libérer le reste » ? L’ennemi de l’extrême droite, confiait à Mediapart la chercheuse qui a recueilli cette confidence de Louis Aliot, « n’est plus le Juif mais le Français musulman » (lire ici notre entretien avec Valérie Igounet).


De fait, la Commission nationale consultative des droits de l’Homme (CNCDH), dont vous ne pouvez ignorer les minutieux et rigoureux travaux, constate, de rapport en rapport annuels, une montée constante de l’intolérance antimusulmane et de la polarisation contre l’islam (lire nos articles ici et ). Dans celui de 2013, on pouvait lire ceci, sous la plume des sociologues et politologues qu’elle avait sollicités : « Si on compare notre époque à celle de l’avant-guerre, on pourrait dire qu’aujourd’hui le musulman, suivi de près par le Maghrébin, a remplacé le juif dans les représentations et la construction d’un bouc émissaire. »


L’antiracisme conséquent est celui qui affronte cette réalité tout en restant vigilant sur l’antisémitisme. Ce n’est certainement pas celui qui, à l’inverse, pour l’ignorer ou la relativiser, brandit à la manière d’un étendard la seule lutte contre l’antisémitisme. Cette faute, hélas, Monsieur le Président, est impardonnable car non seulement elle distille le venin d’une hiérarchie parmi les victimes du racisme, mais de plus elle conforte les moins considérées d’entre elles dans un sentiment d’abandon qui nourrit leur révolte, sinon leur désespoir. Qui, elles aussi, les égare.


6. Vous avez par-dessus tout commis une faute sociale en transformant la jeunesse des quartiers populaires en classe dangereuse.


Votre premier ministre n’a pas hésité à faire cet amalgame grossier lors de son discours du Vél’ d’Hiv’, désignant à la réprobation nationale ces « quartiers populaires » où se répand l’antisémitisme « auprès d’une jeunesse souvent sans repères, sans conscience de l’Histoire et qui cache sa “haine du Juif ” derrière un antisionisme de façade et derrière la haine de l’État d’Israël ».


Mais qui l’a abandonnée, cette jeunesse, à ces démons ? Qui sinon ceux qui l’ont délaissée ou ignorée, stigmatisée quand elle revendique en public sa religion musulmane, humiliée quand elle voit se poursuivre des contrôles policiers au faciès, discriminée quand elle ne peut progresser professionnellement et socialement en raison de son apparence, de son origine ou de sa croyance ? Qui sinon ceux-là mêmes qui, aujourd’hui, nous gouvernent, vous, Monsieur le Président et, surtout, votre premier ministre qui réinvente cet épouvantail habituel des conservatismes qu’est l’équivalence entre classes populaires et classes dangereuses ?


Une jeunesse des quartiers populaires stigmatisée


Cette jeunesse n’a-t-elle pas, elle aussi, des idéaux, des principes et des valeurs ? N’est-elle pas, autant que vous et moi, concernée par le monde, ses drames et ses injustices ? Par exemple, comment pouvez-vous ne pas prendre en compte cette part d’idéal, fût-il ensuite dévoyé, qui pousse un jeune de nos villes à partir combattre en Syrie contre un régime dictatorial et criminel que vous-même, François Hollande, avez imprudemment appelé à « punir » il y a tout juste un an ? Est-ce si compliqué de savoir distinguer ce qui est de l’ordre de l’idéalisme juvénile et ce qui relève de la menace terroriste, au lieu de tout criminaliser en bloc en désignant indistinctement des « djihadistes » ?


Le pire, c’est qu’à force d’aveuglement, cette politique de la peur que, hélas, votre pouvoir assume à son tour, alimente sa prophétie autoréalisatrice. Inévitablement, elle suscite parmi ses cibles leur propre distance, leurs refus et révoltes, leur résistance en somme, un entre soi de fierté ou de colère pour faire face aux stigmatisations et aux exclusions, les affronter et les surmonter. « On finit par créer un danger, en criant chaque matin qu’il existe. À force de montrer au peuple un épouvantail, on crée le monstre réel » : ces lignes prémonitoires sont d’Émile Zola, en 1896, au seuil de son entrée dans la mêlée dreyfusarde, dans un article du Figaro intitulé « Pour les Juifs ».


Zola avait cette lumineuse prescience de ceux qui savent se mettre à la place de l’autre et qui, du coup, comprennent les révoltes, désirs de revanche et volonté de résister, que nourrit un trop lourd fardeau d’humiliations avec son cortège de ressentiments. Monsieur le Président, je ne mésestime aucunement les risques et dangers pour notre pays de ce choc en retour. Mais je vous fais reproche de les avoir alimentés plutôt que de savoir les conjurer. De les avoir nourris, hélas, en mettant à distance cette jeunesse des quartiers populaires à laquelle, durant votre campagne électorale, vous aviez tant promis au point d’en faire, disiez-vous, votre priorité. Et, du coup, en prenant le risque de l’abandonner à d’éventuels égarements.


7. Vous avez, pour finir, commis une faute morale en empruntant le chemin d’une guerre des mondes, à l’extérieur comme à l’intérieur.


En cette année 2014, de centenaire du basculement de l’Europe dans la barbarie guerrière, la destruction et la haine, vous devriez pourtant y réfléchir à deux fois. Cet engrenage est fatal qui transforme l’autre, aussi semblable soit-il, en étranger et, finalement, en barbare – et c’est bien ce qui nous est arrivé sur ce continent dans une folie destructrice qui a entraîné le monde entier au bord de l’abîme.


Jean Jaurès, dont nous allons tous nous souvenir le 31 juillet prochain, au jour anniversaire de son assassinat en 1914, fut vaincu dans l’instant, ses camarades socialistes basculant dans l’Union sacrée alors que son cadavre n’était pas encore froid. Tout comme d’autres socialistes, allemands ceux-là, Rosa Luxemburg et Karl Liebknecht, finirent assassinés en 1919 sur ordre de leurs anciens camarades de parti, transformés en nationalistes et militaristes acharnés. Mais aujourd’hui, connaissant la suite de l’histoire, nous savons qu’ils avaient raison, ces justes momentanément vaincus qui refusaient l’aveuglement des identités affolées et apeurées.

 
Vous vous souvenez, bien sûr, de la célèbre prophétie de Jaurès, en 1895, à la Chambre des députés : « Cette société violente et chaotique, même quand elle veut la paix, même quand elle est à l’état d’apparent repos, porte en elle la guerre comme la nuée dormante porte l’orage. » Aujourd’hui que les inégalités provoquées par un capitalisme financier avide et rapace ont retrouvé la même intensité qu’à cette époque, ce sont les mêmes orages qu’il vous appartient de repousser, à la place qui est la vôtre.

 
Vous n’y arriverez pas en continuant sur la voie funeste que vous avez empruntée ces dernières semaines, après avoir déjà embarqué la France dans plusieurs guerres africaines sans fin puisque sans stratégie politique (lire ici l’article de François Bonnet). Vous ne le ferez pas en ignorant le souci du monde, de ses fragilités et de ses déséquilibres, de ses injustices et de ses humanités, qui anime celles et ceux que le sort fait au peuple palestinien concerne au plus haut point.


Monsieur le Président, cher François Hollande, vous avez eu raison d’affirmer qu’il ne fallait pas « importer » en France le conflit israélo-palestinien, en ce sens que la France ne doit pas entrer en guerre avec elle-même. Mais, hélas, vous avez vous-même donné le mauvais exemple en important, par vos fautes, l’injustice, l’ignorance et l’indifférence qui en sont le ressort.
Edwy Plenel

Edwy Plenel

Mardi 5 Août 2014 - 13:28




1.Posté par Mahfoud le 06/08/2014 00:07
Merci M. Plenel, vous avez su exprimer nos pensées et nos ressentis les plus profonds. Vous nous redonnez la fierté d'être Français car souvent les hommes politiques et les médias nous inspirent le sentiment inverse. Puissiez-vous être écouté par le destinataire de votre lettre, même si nous ne nous faisons plus d'illusions. Continuez de défendre les vrais valeurs de notre chère République. Valeurs qui ont été chèrement acquises au prix de combats et de souffrance de citoyens aux idéaux élevés. Nous aimerions pouvoir léguer à nos enfants un peu d'espoir dans l'avenir qui s'annonce ténébreuse. Nous voudrions priver d'allumettes les pyromanes qui veulent mettre le feu à notre société au nom de principes et de valeurs qui n'en sont pas. C'est peut-être grâce à vos actions et vos combats d'idées ainsi que l'union des bonnes volontés comme la vôtre qui nous permettra d'envisager des jours meilleurs auxquels nous aspirons de toutes nos forces. Fraternelles salutations.

2.Posté par RJ le 06/08/2014 15:07
Très bien mais tout cela reste malgré tout centré sur le concept de tolérance interreligieuse...
Or l'histoire nous aprend que cela est définitivement sans avenir.

Franchissons l'étape majeure, celle de la dernière croisade, qui permettrait aux peuples de se libérer du joug religieux, pour avancer enfin vers la lumière ! Le salut ne peut venir que de l'anéantissement des églises, minarets, temples et synagogues...

3.Posté par Qualite le 08/08/2014 13:13
Bonjour Mr Plenel

Merci pour votre lettre si vrai.

4.Posté par Ahmed le 10/08/2014 00:57
Suite à la lettre d’Edwy Plenel adressée au président Français F. Hollande, c’est un certain David B. , un sioniste et certainement juif, qui lui répond sur le site «lemondejuif.info » en commençant ainsi sa réponse et ce, pour vous montrer le manque de sérieux et l’esprit spéculateur voire prédateur de ce David :
« Comme un certain nombre d’internautes, je suis tombé sur la vidéo de Cantona, probablement filmée entre deux pastis sur une plage (si, il y a un bruit de vague à la fin de sa tirade), appelant à lire la lettre d’Edwy Plenel, adressée au Président de la République au sujet de sa prise de position dans le conflit israélo-palestinien…. »
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Notre réponse
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VOUS DITES VOUS AUSSI :
[- Vous dites : « l’injustice européenne faite aux Juifs, ce crime contre l’humanité auquel ils n’eurent aucune part, se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens, par le déni de leur droit à vivre librement dans un État normal, aux frontières sûres et reconnues. »
Qu’insinuez-vous au juste par-là ? Car il y a, pour moi, tant de mensonges dans cette phrase, elle incite tellement à la haine de manière implicite et sournoise, qu’elle mérite quelques lignes d’interprétation. Tout d’abord…
Les Palestiniens ne sont pas les « frères » des Israéliens ou des Juifs ! Cessez de mettre ce genre d’idée dans la tête de vos lecteurs. Les Palestiniens sont des gens venus de différentes populations et pays du Moyen-Orient (en majorité d’Egypte et d’Arabie Saoudite), venus sur cette terre au début des années 1800, pour profiter de l’essor économique offert par l’immigration massive des Juifs (dont un grand nombre se trouvait déjà sur place, je précise, moi par contre). La notion de « peuple palestinien », quant à elle, remonte à 1967 (une date que vos amis et vous-même, adorez prendre en référence), et a été créée de toutes pièces afin de revendiquer la terre et mener un nouveau combat politique cette fois, vu que sur le terrain, les évènements ne s’étaient pas déroulés comme prévu (à savoir que les Juifs n’ont pas été jetés à la mer). Alors expliquez-moi d’où vous me sortez ce terme « frères palestiniens« , et comment osez-vous comparer ces gens-là (oui, c’est péjoratif) à un peuple millénaire, lui ?! Cousins, « éloignés », à la limite, pour faire plaisir à Gérard Oury (paix à son âme) et Rabbi Jacob, mais cela s’arrête là pour ce qui est des liens familiaux.
Ensuite : « vivre librement » . Encore une insinuation infâme. Comme si Israël était le geôlier des Palestiniens. Israël apporte plus de vivres à Gaza que n’importe quel pays musulman. Gaza n’est pas une prison il me semble, Israël s’en est totalement retiré en 2005, et avec l’argent et les aides internationales que le Hamas a obtenus depuis, Gaza pourrait ressembler à Las Vegas aujourd’hui. Gaza a toujours eu un point de passage avec l’Egypte, pourquoi blâmer Israël ? Et du côté des territoires sous contrôle de l’Autorité Palestinienne, ils ont la Jordanie ouverte sur le reste du monde. Alors pourquoi sous-entendre qu’Israël enferme les Palestiniens, si ce n’est pour salir son image à coup de mensonges ? Si les Palestiniens sont enfermés et pris en otages, c’est par leurs propres dirigeants. Contrairement à ce que vous dites, vous, les journalistes et les médias français, les Gazaouis n’ont pas voté pour le Hamas, mais le Hamas a pris le pouvoir. Et il n’a pas organisé d’élections depuis. Donc, on peut toujours en parler, de la liberté du « peuple » palestinien.
« Un Etat normal » . Ben parlons-en aussi. La majorité des Israéliens souhaite de tout cœur que les Palestiniens aient un Etat « normal ». Car le jour où cela arrivera, ils ne prendront plus de roquettes sur la tronche en permanence. Là, non seulement, il n’y a pas d’Etat, mais tout ce qui se passe chez eux est anormal. Merci à l’Europe qui n’a pas cherché à savoir où allait tout l’argent qu’elle envoyait, et a laissé les terroristes et la corruption s’installer des années durant, muselant toujours d’avantage la population. Les Israéliens se demandaient où étaient passées les 600 000 tonnes de ciment qu’on les a obligés de livrer à Gaza, sans jamais voir le paysage changer à la surface. Résultat : il y a 1200 millionnaires du Hamas aujourd’hui à Gaza, qui se sont enrichis grâce aux tunnels qui ont coûté la vie à 160 enfants durant leurs années de constructions, et ce, en vue d’envahir Israël et d’y faire le plus grand nombre de victimes civiles israéliennes possibles. Et tout ceci, sous les yeux de l’UNRWA, dont l’utilité serait à remettre en question. Parlez-moi ensuite de construire un Etat normal, hein.
« Frontières sûres et reconnues » . Alors là c’est une véritable insulte. Cette dernière partie de phrase est tout simplement puante. Des frontières sûres ? Pour qui au juste, monsieur Plenel ?? Vous semblez être toujours le seul à ne pas savoir que s’ils en avaient la possibilité, les Palestiniens raseraient Israël. Alors que ce n’est pas le cas des Israéliens (ou alors Tsahal s’y prend très mal). De plus, vous insinuez par-là que ce serait Israël qui attaquerait le futur Etat Palestinien, vu que ses frontières ne seraient pas « sûres« . Ecrivez l’Histoire du futur, tant que vous y êtes ! Jusqu’à maintenant, les frontières ont servi à protéger uniquement les Israéliens et non le contraire. Vous méritez un procès en diffamation, rien que pour cette phrase car vous sous-entendez que la misère des Palestiniens est à reprocher aux Israéliens. Honte à vous !
Mis à part votre mensonge sur les palestiniens et sur leur origine, ce qui est normal pour un juif sioniste, vous êtes sûr de savoir bien lire M. David ?
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Voici le paragraphe complet de M. Edwin Plenel (au lecteur de juger votre interprétation)] :

« Mollet n’était ni un imbécile ni un incompétent. Il était simplement aveugle au monde et aux autres. Des autres qui, déjà, prenaient figure d’Arabes et de musulmans dans la diversité d’origines, la pluralité de cultures et la plasticité de croyance que ces mots recouvrent. Lesquels s’invitaient de nouveau au banquet de l’Histoire, s’assumant comme tels, revendiquant leurs fiertés, désirant leurs libertés. Et qui, selon le même réflexe de dignité et de fraternité, ne peuvent admettre qu’aujourd’hui encore, l’injustice européenne faite aux Juifs, ce crime contre l’humanité auquel ils n’eurent aucune part, se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens, par le déni de leur droit à vivre librement dans un État normal, aux frontières sûres et reconnues. »
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Nous vous épargnons le reste de sa réponse afin de vous éviter une affection neurologique dégénérative

5.Posté par Nasser le 10/08/2014 01:56
"…se redouble d’une injustice durable faite à leurs frères palestiniens…". A la lecture du paragraphe je comprend que M. Plenel désigne par "leurs" les arabes et non les juifs! comme compris par David qui dit "Tout d’abord…Les Palestiniens ne sont pas les « frères » des Israéliens ou des Juifs !"

6.Posté par BENCHENOUF le 23/08/2014 01:45
Monsieur Plenel
Cette lettre que vous adressez à Monsieur Hollande est un texte majeur, j'oserai même dire historique. Je suis sûr que le temps le révélera comme tel. Plus tôt qu'on pense.
La France a ceci de constant dans son histoire contemporaine, que des voix fortes et qui portent, ont su se manifester dan les moments les plus ambigus de son histoire. Contre pouvoir détourné, et volonté populaire captée, elles ont résonné dans le silence et la léthargie des ignominies ambiantes, pour relever son honneur de l'ornière, et revivifier son âme maculée par des soudards ou des nains qui se pâment devant leurs ombres vespérales. Car c'est quand la lumière du jour décline que les ombres menteuses s'allongent. C'est quand la grandeur de la nation se délite que se déploient les vilenies, de toute leur noire ampleur, comme autant de sinistres étendards. Mais la noblesse des justes et des dignes n'a jamais désarmé. Pendant les pires vicissitudes, elle a toujours éventé les tiédeurs fétides, pour dire la vérité, réaffirmer la voie, et accuser l'ignominie. Ce texte de vous est dans cette belle lignée. L’Histoire saura retenir le nom de celui qui l'a signé de son nom.
Avec ma sincère gratitude,
DB

7.Posté par Doghmane Abdelghani le 23/08/2014 14:34
Edwy Plenel, votre lettre, d'abord, elle est historique, en ce sens qu'elle retrace les comportements et positions intellectuels ayant caractérisé le processus politique de la France contemporaine, depuis l'affaire Dreyfus jusqu'à nos jours. Cette lettre peut etre considérée comme salvatrice à la politique Française connue et appréciée pour avoir toujours été mesurée et équilibrée, quand il s'agit de la colonisation Israèlienne de la Palestine, et du conflit qui en a suivi; loin d'etre alambiquée, elle est ciselée dand le moindre détail , point par point, coupant court devant toute ambiguité dans laquelle les politiques, généralement, trouvent leurs comptes; Monsieur, merci! pour nous tous! car elle constitue le porte voix de l'équité intellectuelle en ces temps tordus, ou la raison du pls fort est toujours la meilleure...Merci encore!..

8.Posté par Samira Kadou le 25/08/2014 15:03
Monsieur Plenel,

française, et de confession musulmane (puisqu'il faut encore aujourd'hui le signifier), je vous remercie pour votre position courageuse, éthique, morale, et intellectuelle. Effectivement, bien qu'étant né en France, et exerçant comme cadre de la fonction publique, je ne me sens plus française depuis peu... L'ère sarkosiste et la médiocrité politique actuelle de François Hollande m'ont ôté tout espoir de pouvoir un jour adhérer à ce monde culturel et politique que la République française porte pourtant dans ses idéaux. Etre musulmane en France aujourd'hui, c'est faire preuve d'une grande patience face aux discriminations sociales, scolaires, professionnelles, et dans le logement. Le laïcisme français me regarde comme une terroriste dormante bien que n'étant pas ostentatoire de ma foi ni des pratiques qui lui sont liées. Un lourd silence s'installe toujours lorsque l'on est musulman en France et q'on ose l'exprimer, un tabou social censure toute parole.
L'inhumanité partagée à l'égard des palestiniens ne laisse que peu de place à l'espoir, et votre lettre historique en est le témoignage. Merci pour votre empathie et pour vous être élevé.

9.Posté par Vincent le 25/08/2014 23:52
Bravo! M Plenel!

Quelle culture!
Chapeau bas!

Je me permettrai modestement de rajouté une petite louche en 8
Notre pauvre François Hollande a complètement oublier ce que veux dire le mot démocratie, avec 3% d'électeurs qui le soutiennent cela me semble un peu court pour parler au nom de la France. Peu t'il réussir son quinquennat sans le soutien des français? pitoyable!
N'oublions pas non plus notre cher François Mitterrand qui séjourna un petit moment à Vichy au mauvais moment et avec de bien mauvaise fréquentation!

Tirer sur des enfants peu importe la race c'est un crime contre l'humanité
Envoyer une armée suréquipée sur une population civile quasi désarmée c'est un crime contre l'humanité

Imprescriptible !

Comme la déportation de population, les murs de la honte le non respect de l'être humain. et tous ces crimes économiques

Comme disait Menahem Begin never again!..............for evrybody ( ce n'est pas de moi mais du lien qu'il y a en dessous)

Quelque chose qui fait du bien pour rester positif
http://www.agenceinfolibre.fr/survivants-lholocauste-condamnent-israel-massacre-gaza-appellent-au-boycott/

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