Lettre ouverte du Collectif des Conseillers Municipaux de Diourbel au président



Lettre ouverte du Collectif des Conseillers Municipaux  de Diourbel au président
A Monsieur le Président de la République

Le 25 mars 2012 ; le peuple sénégalais  vous a élu parmi plusieurs candidats à une écrasante majorité ; marquant ainsi sa foi en votre programme pour le développement de notre pays.
 
Votre engagement à promouvoir une gestion sobre ; vertueuse et transparente avait fait naitre en beaucoup de citoyens ; l’espoir que votre expérience de l’Etat vous permettrait de mettre en œuvre rapidement les engagements pris devant la nation.
 
Vous avez en même temps réitéré une position ferme de ne protéger personne concernant la gestion des biens de la société.
 
C’est en considération de la portée de toutes ces valeurs pour le progrès de notre pays ; que nous nous permettons de vous saisir sous cette forme pour attirer publiquement votre attention ; devant l’opinion nationale ;  sur la gestion de la mairie de Diourbel marquée par des scandales gravissimes que nous n’avons cessé de fustiger devant les autorités administratives.
 
Monsieur le Président de la République ;
 
L’opinion est scandalisée par la pratique de la spécialisation foncière à outrance, l’évasion  des recettes  qui pouvaient aider à prendre en charge les préoccupations des populations par des investissements importants pour booster le développement de Diourbel.
 
Les poursuites judiciaires répétitives pour attributions et ventes irrégulières  d’espaces à usage commercial ou d’habitat qui mobilisent des sommes importantes non versées dans les comptes de la mairie prouvent à quel point  notre collectivité est pénalisée.
 
Face à toutes ces dérives qui mettent en danger notre commune et plombent durablement son développement, un groupe de 43 conseillers a adressé le 09 Octobre 2013 ; une correspondance au maire pour demander la convocation d’une session extraordinaire du conseil municipal conformément aux dispositions de l’article 151 du code des collectivités locales qui stipule que :
 
« Le représentant de l’Etat peut demander au maire de réunir le conseil municipal en session extraordinaire, le maire peut également réunir le conseil municipal en session extraordinaire chaque fois qu’il le juge utile. Il est tenu de le convoquer quand une demande motivée lui en est faite par la majorité des membres en exercice du conseil municipal. 
La convocation précise un ordre du jour déterminé et le conseil ne peut traiter d’autres affaires.»
 
Nous avons joint aux correspondances adressées aux autorités les documents prouvant l’existence des faits reprochés au maire parmi lesquels:
1.      Un engagement du maire à donner un marché de la Mairie en dehors de toute concurrence avec les entêtes de son cabinet d’avocat
2.      Une copie d’une lettre de confirmation d’attribution de marché public à un autre fournisseur en violation du code des marchés publics
3.      Un accord signé par le maire prouvant la collecte par ses soins de la somme de deux (02) millions de francs, en dehors des services compétents de la perception municipale, remise  par des habitants du quartier Médinatoul pour prendre en charge un lotissement. 
4.      Des arrêtés vierges pour l’attribution irrégulière  d’espaces à usage commercial ou d’habitat
5.      Conventions signées avec des partenaires sans autorisation du conseil municipal.
 
Malgré la gravité  de la situation et notre volonté clairement exprimée de trouver des solutions concertées dans le cadre de l’institution municipale ; le maire a attendu de recevoir le 25 Octobre 2013 une lettre de rappel pour répondre le 04 Novembre 2013  avec mépris  en nous notifiant  que non seulement  il ne convoquera pas de session extraordinaire  mais qu’il nous invite à saisir la justice.
 
Devant cette attitude qui constitue une violation flagrante du code des collectivités locales, les autorités administratives  (Préfet ; gouverneur ; ministre des collectivités) ont été saisies pour  amener le maire à respecter  les lois et règlements en vigueur.
 
En refusant de se conformer aux dispositions de l’article 151 nous avons  demandé au Ministre des collectivités locales d’appliquer l’article 134 qui stipule que  «Dans le cas où le maire refuse ou néglige de faire des actes qui lui sont prescrits par la loi ou les règlements ; le Ministre des collectivités locales saisi par le représentant de l’Etat ; après mise en demeure ; peut y procéder d’office.»
 
Suite à cette saisine ; le Ministre des collectivités locales a ordonné une enquête administrative dont les résultats tardent à sortir  des tiroirs et à connaitre une suite  diligente par la prise de mesures fermes pour mettre un terme à la situation dangereuse dans laquelle est plongée la commune de Diourbel.
 
Depuis le 14 Aout 2013 ; le Maire a délibérément bloqué le fonctionnement des organes de la mairie (bureau municipal ; conseil municipal).
 
Face au refus catégorique  de convoquer une session extraordinaire pour discuter des problèmes qui plombent le fonctionnement du conseil municipal ; un groupe de conseillers a porté plainte contre x  auprès du Procureur de la République  pour que la lumière soit faite sur les différentes affaires qui secouent la mairie.
 
Depuis 2009 ; des conseillers n’ont cessé de décrier la gestion opaque du Maire devant les autorités. C’est de guerre lasse et constatant que la situation ne cessait de s’empirer que ce collectif s’est constitué pour qu’aucun maire ne puisse plus spolier de façon impunie les potentialités et richesses de Diourbel.
 
            Malgré les différentes rencontres avec le représentant de l’Etat ; nous n’avons constaté de sa part qu’une position de refus de prise de toute initiative de nature à veiller au bon fonctionnement de l’institution.
 
Sa position donne à croire que sa volonté est de laisser perdurer cette situation pour qu’au-delà du 31 Mars, il arrête le budget de la mairie en dessaisissant de fait le conseil municipal ; alors que c’est le  maire  qui a refusé  de respecter la loi.
 
La  lutte  menée par les conseillers signataires de la demande de convocation d’une session extraordinaire est un combat historique sans précédent qui permettra à Diourbel de se placer sur les rampes de lancement pour une émergence longtemps attendue.
 
Elle entre en ligne droite de la traque des  biens mal acquis. Dans ce domaine votre engagement  à  combattre l’impunité et  ne  protéger personne doit être respecté par tous dans ce dossier.
 
Toutes les couches de la population sont  préoccupées par ces affaires  et attendent de vous des mesures  à la hauteur des scandales en  vue de les mettre  l’abri des spoliateurs.
 
Les engagements  que vous avez pris ; Monsieur le Président de la République ; nous font penser que vous n’allez pas couvrir quelqu’un qui ne devrait sa protection qu’à ce qu’on peut assimiler à une prime d’impunité pour appartenance au camp des vainqueurs.
 
Monsieur le Président de la République ; étant convaincus de votre détermination à réussir le challenge de mettre le Sénégal sur la rampe d’un développement durable ; nous vous adressons cette alerte pour  qu’enfin Diourbel puisse goutter à l’émergence.
 
La mise en place d’institutions fortes et crédibles passe nécessairement par le respect  des normes et valeurs d’un  Etat de droit.
 


Le collectif des conseillers municipaux

Jeudi 20 Février 2014 - 16:32



Nouveau commentaire :
Facebook Twitter