Migrants: à Vienne, les pays des Balkans veulent trouver des solutions

Plusieurs dirigeants de pays des Balkans se retrouvent à Vienne ce jeudi 27 août. Un sommet qui devait porter sur la coopération régionale, mais l'actualité en a décidé autrement.



Une famille de migrants syriens à la frontière serbo-hongroise, près de Roszke, le 26 août 2015. REUTERS/Bernadett Szabo
Une famille de migrants syriens à la frontière serbo-hongroise, près de Roszke, le 26 août 2015. REUTERS/Bernadett Szabo

Entre janvier et juin, 102 000 migrants ont transité par ce qu’on appelle maintenant « la route des Balkans » pour entrer dans l’Union européenne. A titre de comparaison, ils étaient 8 000 en 2014 pendant la même période. Cette route passe de la Turquie vers la Grèce, puis remonte par la Macédoine, la Serbie, vers la Hongrie et l’Autriche.

Une voie de plus en plus privilégiée d’autant qu’il y a eu « un certain nombre de tragédies en Méditerranée centrale, près des côtes libyennes », précise Vincent Cochetel, directeur Europe du Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR). « Donc il y a eu un vent de panique dans un certain nombre de communautés. »

Cette route est surtout empruntée par des réfugiés venant d’Afghanistan, de Syrie et d’Irak fuyant notamment la guerre. Mais on trouve aussi des Kosovars, des Serbes et des Albanais qui rêvent d’une vie meilleure en Union européenne. Dans la plupart de ces pays, la situation économique est désastreuse. En Macédoine, par exemple, le salaire moyen est de 350 euros.

 

Et, signe que les positions se rédicalisent, la Hongrie est en train de construire une clôture de barbelés à sa frontière sud et va mobiliser 2 100 militaires  pour la garder.

Merkel et Mogherini sur place

Afin d'aider les pays des Balkans occidentaux, Berlin et Bruxelles ont débloqué 2,5 millions d’euros. La chancelière allemande Angela Merkel et la chef de la diplomatie européenne Federica Mogherini font d’ailleurs le déplacement pour cette réunion. Un signal fort pour souligner l’importance de cette « route des Balkans » dans les flux migratoires et y trouver des solutions.

« Les pays des Balkans, aujourd’hui, ont certainement besoin d’assistance dans la mesure où ils ne sont pas du tout préparés à faire face aux défis que pose l’arrivée massive à leurs frontières, tous les jours, de 3 000 ou 4 000 personnes, explique Vincent Cochetel du HCR. Il faudra un jour que les autorités [de ces pays] mettent en place un contrôle aux frontières beaucoup plus efficace avec bien entendu un filtrage pour raisons de sécurité, mais aussi afin de dissocier les gens qui ont besoin de protection internationale [de ceux] qui n’en ont pas besoin. »

La venue d'Angela Merkel  n'a rien de surprenant. L'Allemagne est concernée au premier chef. Il faut savoir que 45% des demandes d’asile outre-Rhin sont le fait des ressortissants des pays des Balkans - qui n’ont, soit dit en passant, pratiquement aucune chance de voir aboutir ces demandes.

Le chef de la diplomatie autrichienne, Sebastian Kurz, a notamment accusé la Grèce de laisser transiter pratiquement sans contrôle les migrants vers la Macédoine, et par la suite vers l’Europe centrale et du nord. Dans un premier temps, il réclame - et il n’est pas le seul - une répartition équitable des migrants dans les différents pays européens et une meilleure protection des frontières extérieures de l’Union européenne.


Pour emprunter la « route des Balkans », une fois la Grèce traversée, les migrants se rendent à la frontière macédonienne, dans la ville de Gevgelija. Après des scènes de paniques la semaine dernière, un camp est en cours de construction pour leur enregistrement. L'économie informelle doit aussi s'adapter.

Avec notre correspondante à GevgelijaCharlotte Stiévenard

Les réfugiés arrivent à Gevgelija par une petite route de terre. Le long, des habitants leurs vendent des cigarettes, des bouteilles d'eau glacées ou des bananes à la sauvette. Parfois, ils discutent, explique l'un d'eux : « 99 % des migrants sont des gens bien. Ils ont des diplômes d'ingénieur, de médecin, mais avec la guerre, ils doivent se déplacer. »

Mais ce sont aussi des clients qui rapportent moins depuis qu'ils n'attendent plus à la gare, mais dans un camp en cours de construction, plus organisé : « Il n'y a pas de quoi travailler. Ils attendent une minute ici et ils s'en vont prendre le bus. Pour moi, même pas un euro. Aujourd'hui, je n'ai vendu que pour 3 euros de thé. »

La police rend aussi la vie difficile aux vendeurs, car leur activité est illégale. Aujourd'hui, 50 euros d'amende chacun. Injuste pour ce cinquantenaire qui a travaillé en Allemagne : « S'il y avait de l'argent, les gens ne viendraient pas ici. Vous savez combien parmi eux n'ont pas l'électricité ? »

De maigres revenus donc, dans un pays où sans tenir compte de l'économie informelle, 3 personnes sur 10 sont au chômage.


Rfi

Jeudi 27 Août 2015 - 08:01



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