Nigeria: l'armée patrouille dans les zones contrôlées par Boko Haram

Au Nigeria, les autorités sont sous le feu des critiques suite à leur incapacité à mettre en échec le groupe jihadiste Boko Haram. Les effectifs réels de la secte, ses moyens ainsi que son commandement hiérarchique restent un mystère. Le correspondant de la rédaction anglaise de RFI, Ben Shemang, lève une partie du voile.

Avec cinq autres journalistes, il a été autorisé - dans le cadre d'une opération de communication du ministère de la Défense du Nigeria - à accompagner, durant plusieurs jours, des patrouilles de l'armée à proximité des zones contrôlées par Boko Haram.



Le général Ahmed Mohammed était fier de ses troupes le week-end dernier. Lors d'affrontements, vendredi 26 avril, entre Bulanbuli et la forêt de Sambisa où Boko Haram compte plusieurs camps, ses soldats ont abattu quarante jihadistes nigérians et fait de nombreux prisonniers.

Zones de forêts minées

Le général a encouragé les journalistes à illustrer la bravoure de ses hommes et à prendre en photo un véhicule de ses soldats, criblé de balles. L'armée se vante souvent des coups qu'elle affirme porter au groupe. Pourtant, les opérations de Boko Haram sont sans cesse plus spectaculaires. Lance-roquettes et voitures blindées, le groupe - aux effectifs gonflés - donne du fil à retordre à l'armée régulière.

Le journaliste et correspondant de RFI, Ben Shemang, l'a constaté près des bases de Boko Haram, dans la forêt de Sambisa au relief par endroits escarpé.

« Boko Haram a miné des secteurs de la forêt de Sambisa et près de Bulanbuli. Les soldats nigérians sont très vigilants », relève Ben Shemang, avant d’ajouter que « les soldats ont des chiens renifleurs avec eux et mènent des opérations de déminage. C’est très dangereux. Quand j’étais avec eux, un villageois a marché sur une mine qui a explosé sous ses pieds », a-t-il poursuivi.

Des ressortissants tchadiens, nigériens et camerounais recrutés par Boko Haram

Les cadres de l’armée sont peu diserts sur les moyens opérationnels des jihadistes nigérians mais Ben Shemang a beaucoup appris lors de conversations informelles avec les hommes du rang.

« Des détenus de Boko Haram ont dit à des soldats qu’il y avait, dans les montagnes, des formations aux pratiques terroristes et à la guérilla qui étaient assurées par des hommes aux visages pâles. Ils voulaient dire que des étrangers arabes assuraient ces formations. »

Au moment de l’arrestation de ces détenus, le correspondant de la rédaction anglaise de RFI a été surpris par leur pâleur et leur corps émacié. Des combattants de Boko Haram ont concédé que leurs rations alimentaires étaient de plus en plus restreintes.

Il y avait, parmi ces détenus, des ressortissants tchadiens, nigériens et camerounais. Boko Haram recrute au-delà des frontières. L'armée nigérianne recrute aussi mais elle privilégie les locaux. Elle a aussi équipé et entraîné des villageois, constitués en comité de vigilance, mais les représailles de Boko Haram sont souvent terribles. Boko Haram n'hésite pas à raser des villages entiers.

L'insécurité dans l’Etat de Borno

Cela explique sans doute pourquoi la plupart des commerçants rencontrés au marché de Maiduguri ont peur de parler. La grande ville de l'Etat de Borno est le fief de la secte dont le nom, Boko Haram, signifie « l'éducation occidentale est un pêché ». Quand les commerçants acceptent de se confier, c’est pour se plaindre de l’insécurité. Un mécanicien dont le local est situé aux abords du marché, hésite désormais à envoyer ses enfants à l'école qui n'est plus sûre.

« Je peine à réunir assez de nourriture pour ma famille car les gens ont moins d'argent et limitent leurs mouvements », a expliqué le quadragénaire.

Les habitants de Maiduguri craignent Boko Haram mais aussi les opérations de l’armée qui se soldent souvent par des pertes civiles.


Dépêche

Jeudi 1 Mai 2014 - 11:32



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