Nuages sur le Sommet NEPAD à Dakar : Bello botte en touche et couvre l'Etat du Senegal (Entretien)

Le sommet du Nepad pour le financement des infrastructures prévu à Dakar du 14/15 juin 2014 arrive à grand pas. Suite aux révélations de Pressafrik.com sur les flops, les fautes, les couacs en cascades et les impréparations, M. Abdou Salam Bello, chef de la direction de coordination du Nepad, a tenté d'apporter une réponse sur cette situation qui interpelle en premier lieu le chef l'Etat du Sénégal. Il est revenu sur les accusations de la gestion solitaire et tatillonne du dossier, la communication événementielle confiée à une agence française et la vraie raison du report du sommet de décembre.
Le son de l'entretien est disponible en bas du texte



Son excellence Ambassadeur Assane Diallo, représentant du NEPAD à Dakar et M. Abdou Salam Bello, chef de la direction de coordination du Nepad (gauche)
Son excellence Ambassadeur Assane Diallo, représentant du NEPAD à Dakar et M. Abdou Salam Bello, chef de la direction de coordination du Nepad (gauche)
Pourquoi le sommet de Dakar qui devait se tenir en décembre a été reporté ?

Le sommet de Dakar sur le financement a été reporté lors de la session prévue au mois de décembre. Ce qui s'est passé c'est qu'il y a eu un décompte qui a été fait. Les organisateurs se sont rendus compte que les agendas des chefs d'Etat qui ont été invités ne permettaient pas suffisamment de représentation au niveau des chefs d'Etat et de gouvernement Africains pour porter le projet. Donc l’Etat du Sénégal a décidé de reporter le sommet. Ce report est simplement dans la perspective de reculer pour mieux sauter. Cela a aussi permis de poursuivre l'exercice d'interaction auprès des autres chefs d'Etat pour assurer une participation suffisante au niveau politique d'une part et d'autre part, une meilleure participation du secteur privé. C'est ce qui a justifié le report du Sommet de Dakar qui été prévu en décembre 2013.

La mayonnaise tarde encore à prendre pour ce qui du rendez vous des 14/15 juin 2014. Qu'est qui explique cette situation?
 
Je ne pense pas que la mayonnaise tarde à prendre parce que nous sommes extrêmement sollicités sur le processus. Nous tablons sur environ, 400 personnes. Et, manifestement, ce sera le niveau de participation au niveau du volume mais même au niveau qualité cela promet beaucoup. De nombreuses organisations pour le développement et du secteur privé ont manifesté leur intérêt et au delà même du continent africain. Peut-être que nous ne voyons pas la question sous le même angle, mais je peux vous garantir que sur le plan de la mobilisation, la mayonnaise a fait plus que prendre.

Quelles sont les institutions et les chefs de l'Etats qui ont confirmé ?

Des institutions ont été approchées et elles ont marqué leurs intérêts pour le sommet et qui font partie du processus. Parmi ces institutions, il y a la Banque Africain pour le Développement (BAD), la Commission Economique pour l’Afrique des Nations unies, le Programme des nations unies pour le développement (PNUD), la Banque Mondiale, entre autres. Parmi les personnalités, le président de la BAD, Donald Kaberuka, le secrétaire exécutif de la CEA, Carlos Lopes, le vice-président de la Banque mondiale, le secrétaire exécutif du NEPAD, Ibrahim Hassan Mayaki. A ce niveau vous remarquez qu’au plus au niveau des institutions africaines, les participations sont confirmées. Il y a aussi les présidents des communautés économiques régionales qui ont marqué leur intérêt comme le CEDEAO, l'UEMOA, entre autres qui ont aussi confirmés. Concernant les chefs d'Etat, nous espérons avoir une demi-douzaine de participation. Mais l'agenda des chefs d'Etat reste relativement flexible, donc difficile à suivre. Donc, il faut que l’on continue à faire le point avec les représentations diplomatiques pour s’assurer de leur présence. Nous en saurons plus d’ici la mi-journée de vendredi 13 juin. Le processus d’interaction et de consultation est en train de se poursuivre avec l’appui de l’Agence du NEPAD pour valider, confirmer certaines participations.
 

Ne craignez-vous pas un chevauchement des calendriers avec le sommet des chefs d'Etats et de gouvernement prévu à Malabo. Cela ne risque t-il pas de porter un rude coup à ce sommet ?
 
Pas du tout ! Je dirais même qu'il faut voir cela sur le plan de la séquence.  Macky Sall est le président du Comité d’orientation des Chefs d’Etat et de Gouvernement du NEPAD. Il fait un compte-rendu aux chefs d'Etats de l'Union Africaine sur la mise en œuvre du Nepad. Donc avoir le sommet de Dakar avant Malabo, permet aussi de faire une restitution des conclusions, des résultats et engagements validés à Dakar. Il s’agira par la suite de voir comment mobiliser le reste du continent au niveau des autres chefs d'Etats sur la mise en œuvre. Donc, il n’y a pas de chevauchement, c’est même une séquence naturelle. 


Avant cette rencontre y'en a eu d'autres à Libreville, à Brazzaville, le Forum Economique Mondiale sur l'Afrique à Abuja. Toutes ces rencontres là n'ont-elles pas vidé l'essence de ce tour de table des bailleurs ?

Je ne pense pas que les autres rencontres aient vidé le sens de ce sommet. Les autres forums sont tout aussi importants pour la mobilisation des fonds pour le financement des projets d'infrastructure en Afrique. Donc, il faut y voir que ce sommet sera porté par le président du Nepad. D’où l’idée de séquence ! Les résultats du sommet de Dakar sont ensuite présentés aux instances de l'Union Africaine. Donc sur cette base, il y aura des engagements de l'ensemble des chefs d'État africains pour continuer à poursuivre les agendas du NEPAD, du PIDA, des infrastructures en Afrique. Nous avons dû reporter le sommet, mais cela ne signifie pas que l'idée ou le concept est mauvais.
 

L'idée du report est venue de qui, car il semble que Dakar n'était pas prêt pour le sommet ?
 
Ce qu'il faut prendre en considération, c'est que nous souhaitons un sommet à succès. Donc, si en décembre les conditions et les facteurs de réussites comme la présence suffisante de chefs d'Etats n'étaient pas au rendez-vous, il était tout à fait acceptable de reporter le sommet. Aujourd’hui, nous avons atteint un degré de maturité, de préparation, d’engagement, de mobilisation des différentes parties pour assurer une réussite du sommet avec l’appui de l’ensemble des parties prenantes.  Le report n'est pas un blâme en soi. Il faut le voir comme une opportunité pour bien faire. Cette fois-ci, je pense que les conditions sont bien réunies pour que ce sommet se tienne dans les meilleures conditions.

Que pensez-vous de la perte sèche de plus de 400 billets d'avion émis puis annulés, les affiches tirés et autres dépenses qui avaient été consenties ?

Oui, c'est vrai, il y a eu des pertes, je le conçois, cela a même affecté les participants. Mais je ne peux pas vous donner le montant ou le coût de cette perte. Je n’ai pas d’informations précises à ce sujet.

Quel est le lien entre ce sommet et celui que le président Wade avait organisé en 2008 sur le financement des Infrastructures à Saly?
 
Je pense qu'on peut le voir sous le contexte qui a emmené au lancement de ce sommet de Dakar. Les Etats Africains ont demandé au Nepad de travailler de concert avec la Commission économique Africaine, la Banque Africaine de développement, le PNUD sur des mécanismes innovants pour le financement des projets africains régionaux par la mobilisation des ressources domestiques. 
 

Le NEPAD a travaillé avec les différentes parties citées ci-dessus et a présenté un rapport où des modèles comme celui de l’Ethiopie (cf. version audio) ont été mis en exergue. Ledit rapport a été effectué entre 2010-1011 et soumis en 2013.

 
Et il y a le PIDA (Programme pour le Développement des Infrastructures en Afrique) qui est continental, d’interaction régionale sur les infrastructures. Le PIDA a été approuvé par l’Union africaine en 2012.
 

L’idée était en un moment donné de mettre en adéquation deux processus. Il y a une problématique sur le PIDA où il y a les programmes d’actions prioritaires qui sont à l’orée 2020. Il s’agit de 51 programmes qui devront être financés d’ici cette échéance pour un financement de 69 milliards de dollars. Ainsi, la question du financement devenait très prégnante d'où l'intérêt d'utiliser ces mécanismes pour faire financer ces programmes. Ensuite, nous avons décortiqué ces programmes suffisamment murs pour attirer rapidement des financements, et pour lesquels ce type de mécanismes peut être mis en place.
 

Donc nous ne sommes plus dans l’approche de 2008 qui aussi était innovante. Toutefois, les conditions de l’époque et les mécanismes existants ne permettaient pas la déclinaison et la mise en œuvre de ce qui a été attendu au sortir de 2008. D'où la pertinence de la séquence Dakar-Malabo. Ce qui permet de battre le fer pendant qu’il est encore chaud.

Entre 2008 et maintenant, quel est le montant exact des financements mobilisés et l'état d'avancement des projets ?

Je n’ai pas le volume total mais je peux vous donner quelques cas où les financements ont été achevés, où les projets sont en cours de finalisation. Parmi les projets d'infrastructures, il y a ce qu'on appelle le corridor Lagos-Alger (le transsaharien), qui a un composant gaz, fibre optique et route. Sur la partie routière, il y avait un gap pour le financement de 150 km. Il y a une mobilisation des différents Etats et la Bad notamment pour venir avec un budget et boucler le financement. Il y a eu un accord entre la BAD et la BADEA (Banque Arabe pour le Développement Economique en Afrique) pour mettre en commun des ressources afin boucler ce financement. Et à cet effet, le projet est en train d’être finalisé.  La phase de construction va bientôt démarrer. D'ici la fin de l'année, le projet sera complètement achevé. Donc, il y a des réalisations qui marquent l'intérêt et qui sont en train d’être faites.

Quand on parle de l'UA, de Nepad, on pense à l'Afrique, pourtant la communication de ce sommet à été confié à des Français (GL Events). Qu'est-ce qui justifie le recours à une expertise européenne ou étrangère à l’Afrique pour un tel marché ?

L'agence du Nepad est basée en Afrique du Sud et nous travaillons avec toutes les parties prenantes. A ce sujet, nous sommes prêts à travailler avec quiconque intéressé, motivé pour la réussite des agendas africains. Je ne peux pas nécessairement me prononcer sur la sélection, ni sur ce qui relève de la souveraineté du gouvernement du Sénégal. Jusqu'ici, nous faisons avec eux un travail extrêmement efficace et utile. Dans l'interaction, nous n’avons aucune difficulté avec eux, ils ont fait preuve d'un très grand professionnalisme. 
 
Sur le choix de l’entreprise prestataire, nous ne pouvons pas nous impliquer sur une décision qui relève de l'option souveraine d'un Etat.

m__bello_nepad.mp3 M. Bello NEPAD.mp3  (25.45 Mo)




Vendredi 13 Juin 2014 - 12:41




1.Posté par Deugg Gui le 13/06/2014 14:50
Sur le corridor Lagos-Alger (le transsaharien), il y'a ce lien http://perspective.usherbrooke.ca/bilan/servlet/BMAnalyse?codeAnalyse=1685

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