Portrait : Youssoupha Sarr un imam révolutionnaire par conviction et par altruisme



Imam Youssoupha Sarr, coordonnateur du collectif des résidents de Guédiawaye
Imam Youssoupha Sarr, coordonnateur du collectif des résidents de Guédiawaye
Il y a moins d’un moins l’homme était inconnu du commun des sénégalais. Sorti de l’anonymat par une marche contre les abus de la Société Nationale d’Electricité (Sénélec), l’imam Youssoupha Sarr, coordonateur du comité des résidents des quartiers de Guédiawaye est, depuis le 06 décembre, sous les feux de la rampe. Natif du quartier Saint Louisien de Guet Ndar, ce sexagénaire se veut le défenseur des couches vulnérables de la société sénégalaise. Engagé dans la cause sociale, il entend mener jusqu’au bout ce combat contre la cherté des factures d’électricité. Quitte à appeler au boycott du payement des factures d’octobre. Et à opposer un niet catégorique aux tentatives de médiations des tenants du pouvoir. Portrait.

En ce soir de décembre, les prémices de la saison froide se font sentir à la cité Hamo 4 à travers une brise glaciale qui provient de la mer toute proche. Dans les rues sablonneuses, peu de gens circulent. A l’évocation de son nom, les rares voisins qui osent bravé le froid s’empressent d’indiquer sa maison à étages toute blanche, le sourire aux lèvres. Il est vrai que l’imam Youssoupha Sarr est devenu une fierté pour les habitants de cette ville dont il est le porte-voix. Ce monogame de 61 ans, père de six enfants dont une fille, nous reçoit dans la pure tradition sénégalaise. L’afflux médiatique dont il est l’objet ne lui monte pas à la tête. A ce propos, il explique : «cette situation nouvelle ne change pas grand-chose à ma vie. Ma famille n’est certes pas habituée à cela mais elle me soutient et adhère à mon combat. Le jour où le problème sera réglé on ne m’entendra plus».

Le phrasé posé, l’homme est un faux doux qui se plait dans l’adversité. Il tient peut-être ce trait de caractère de ses origines Guet Ndariennes. Les habitants de ce quartier situé à la périphérie de Saint Louis (265 km) sont en effet réputés hargneux. Il a été très actif dans le mouvement social de cette zone. Il affirme à ce sujet: « J’ai été le coordonateur du comité de développement de Guet Ndar ».

Cette expérience l’a sans doute doté de qualités de meneur de troupes. D’un commerce très facile, l’imam Youssoupha Sarr a la manie d’appuyer son argumentaire par des gestes requérant l’adhésion de son vis-à-vis à ses thèses. D’une politesse raffinée, il a le sens de l’écoute quoiqu’un peu taciturne d’apparence. Grand de taille, l’homme est vêtu d’un caftan vert clair qui accentue sa noirceur, un autre indice qui renvoie à ses origines de pêcheur.

Une autre conception de l’imamat

Fervent mouride, l’imam Sarr affiche ses convictions religieuses. Son engagement dans la cause sociale s’inspire selon lui du combat livré par le guide spirituel des mourides, Cheikh Ahmadou Bamba contre l’autorité coloniale.

En effet, Youssoupha Sarr a une conception de l’imamat différente des poncifs classiques : «Au fond l’imamat ne se décrète pas, il relève de la confiance des fidèles. Si ces derniers sont préoccupés par les soucis de la vie quotidienne, ils ne seront pas attentifs aux messages religieux. C’est en ce sens que le combat que nous menons est aussi noble que conforme aux préceptes coraniques».

L’imam est animé par le souci d’aider son prochain car la cherté de la vie ne l’atteint manifestement pas. Il renseigne : « la majorité des membres du collectif a les moyens de payer les factures, mais il y a parmi les populations des nécessiteux qu’on doit soutenir par solidarité et par générosité. C’est pour ces gens là que nous nous battons. Si on laisse faire, le système risque de les écraser».

Un parcours de meneur

Avec lui, la perspective imam-illettré est révolu. Il s’exprime dans un bon français sans fioritures. Et, signe des temps modernes, il dispose d’une connexion internet chez lui. En effet, l’imam Sarr n’a pas emprunté le chemin que sa situation d’enfant pêcheur lui a indiqué. Il a été à l’école française jusqu’à un niveau assez élevé.

Jeune élève au lycée Peytavin de Saint Louis en 1968, il a été meneur de grève pendant deux ans. Cette année de révolte universitaire marquée par les évènements de Mai 1968 a du faire naître la fibre contestataire qui le pousse à diriger l’élan de révoltes populaires né de la marche du 6 décembre.

Son parcours indique qu’il a été très tôt responsabilisé dans sa vie. A 21 ans après l’obtention de son Cap de commerce au lycée Peytavin de Saint-Louis, il se retrouve à Nouakchott à la tête du bureau de transit de la société Rosso-transit. Au bout de deux ans, il revient au bercail et intègre le ministère du plan et de la coopération. Il participe au suivi du 3eme plan de développement et à l’élaboration du 4eme. Cette position lui donne le goût de l’administration tout en le dotant d’une expérience solide acquise auprès de cadres compétents. Fort de cette expérience, il passe et réussi au concours du Centre de Formation et de Perfectionnement Administratif (CFPA), l’équivalent de la hiérarchie B de l’actuelle Ecole Nationale d’Administration (ENA-Sénégal). Il en sort avec un diplôme de gestionnaire et intendant des établissements scolaires et sanitaires.

Ce parchemin lui ouvre les portes d’une carrière fulgurante au service de l’administration du Sénégal. D’un air nostalgique, il rappelle : « A ma sortie du Centre, j’ai eu à occuper plusieurs postes. J’ai été tour à tour adjoint du Chef du service financier et ensuite Chef de bureau, chargé du bureau et des marchés du ministère de l’Education nationale, directeur du Service administratif et financier de l’Ecole Nationale Supérieure de l’Agriculture (ENSA) de Thiès, du Lycée Mariama Bâ, Limamou Laye, de l’école normale de Mbour et de Bambey. Sur le plan sanitaire, j’ai été sollicité par le ministère de la Santé pour conduire la réforme hospitalière des hôpitaux de Kolda et Diourbel». C’est dire que l’imam de la mosquée de la cité Hamo 4 est un homme de son temps.

Youssoupha Sarr, le stratège

Très au fait de la chose politique, l’homme n’a pourtant jamais envisagé de s’engager dans la gestion de la cité se limitant à être un défenseur des causes sociales.

Considérant l’engagement des imams dans le débat public, il constate l’échec des politiques dans la prise en charge des intérêts des populations. Malgré les sept mesures prises lors de la réunion interministérielle qui a précédé leur rencontre avec le ministre de l’énergie, lui et ses camarades continuent d’opposer une fin de non recevoir à toute tentative d’infléchissement de leur mouvement. A l’en croire, « les mesures prises par les autorités ne répondent à aucunes des revendications contenues dans notre mémorandum du 06 décembre. (…) L’appel au boycott des factures a été largement suivi. Nous travaillons à élargir le mouvement car il ne doit pas être circonscrit à Guédiawaye. L’électricité est un problème national»

Sur le contraste entre sa manière de s’exprimer devant les projecteurs et la douceur qu’il affiche lors de l’entretien, il indique d’un air malicieux : «C’est stratégique. Dans notre collectif, chacun a des qualités pouvant lui permettre de jouer son rôle à la perfection. Nous avons compris que les autorités avec qui nous avons affaire ne comprennent pas un langage conventionnel, elles vous prennent au sérieux à la mesure de la façon dont vous rendez le message, dont vous êtes porteurs. En étant devant les caméras, je ne fais qu’exprimer les frustrations des populations qui nous ont fait confiance». Le très rusé Abdoulaye Wade aurait-il trouvé en la personne de l’imam Sarr, un opposant à sa mesure ? Les populations de Guédiawaye ne répondront pas par la négative. Elles suivent massivement les recommandations de ce révolutionnaire religieux du troisième millénaire.

Mame Coumba Diop

Jeudi 18 Décembre 2008 - 11:57




1.Posté par youl bruner le 19/08/2010 23:25
slt imam je suis kelkun ki veut savoir pourkoi recevez vous un salaire du conseil regional de dakar.SVP dites pour ki vous roulez

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