Procès Barthélémy Dias en audience spéciale le 25 janvier: les coulisses d’un renvoi

Poursuivi pour coup mortel dans le cadre de l’affaire feu Ndiaga Diouf, Barthélémy Dias était à la barre ce jeudi 1er décembre. Non retenu, le dossier a été renvoyé au 25 janvier 2017. Ce, après d’âpres discussions voire négociations autour d’une nouvelle date à retenir. A noter l’échange houleux entre le Procureur et les avocats.



Bien maquillée et habillée, Me Aïssata Tall Sall fera une entrée très remarquée à 09 h 53. Sans sa robe d’avocat, le conseil de Barthélémy Dias ressort quelques minutes plus tard pour réintégrer la salle à 09 h 58, cette fois-ci en tenue de combat.

Son client qui n’est autre que le député et maire de Mermoz – Sacré Cœur ne tarde pas. Tout de blanc vêtu, Barthélémy Dias arrive à 10 h 05.

Le responsable socialiste n’est pas seul. Il a le soutien de ses collègues maires de Dakar et de la Médina, de la coalition «Taxawu Dakar» en l’occurrence Khalifa Sall et Bamba Fall qui sont assis juste derrière Abdoulaye Faye du PDS (Parti Démocratique Sénégalais) témoin dans cette affaire.

Barthélémy Dias convoqué à la barre à 10 h 16, le juge d’appeler les prévenus et les témoins (Chérif Dia, Ousseynou Dieng, Mamadou Moustapha Gassama, Mbaye Seye, Assane Diop, Abdoulaye Faye (témoin), Aliou Diouf,…) rejoignent le député-maire à la barre.

Les conseils des deux (2) camps annoncent la constitution de nouveaux avocats notamment Mes El Hadji Amadou Sall, Demba Ciré Bathily, Habib Dieng,…

La défense de Barthélémy Dias se plaint que «les gendarmes refusent de laisser entrer d’autres prévenus alors qu’ils sont appelés à la barre». «Gendarmes, vous les avez appelés ?», pose le juge. «Il n’y a personne au dehors», répond un des gendarmes.
 
«On craignait qu’il y ait débordement pour qu’on cherche une autre salle mais apparemment, c’est calme…», enchaîne le juge. «Parce que vous avez le privilège d’être sur votre présidium et vous avez le super privilège d’avoir des gendarmes qui bloquent le public, sinon vous auriez été débordé», réplique Me Aïssata Tall Sall.

En raison de contraintes professionnelles qui la retiendront hors du Sénégal tout le mois de décembre, la robe noire plaide le renvoi du dossier.

«J’aurai souhaité si ce tribunal spécial en convient, je pense que c’est ce qui est raisonnable mais pour ce qui est de la date, très respectueusement, solliciter le Tribunal que cette date soit vers la fin du mois de janvier, si vous en convenez parce que j’ai des contraintes professionnelles qui me retiendront tout le mois de décembre hors du Sénégal», décline Me Aïssata Tall Sall.

Nouvellement constitué, Me El Hadji Amadou Sall embouche la même trompette. Le conseil demande de retenir «une date qui permettrait à tout le monde d’être présent».

Le juge évoque le 7 décembre. D’âpres discussions s’en suivent car le choix d’une date n’a pas été une mince affaire.

«Monsieur le président, il y a des avocats qui se sont constitués … Chacun des avocats a droit à accéder au dossier. En ce qui me concerne, je n’ai pas encore accès au dossier. En dehors de l’ordonnance de renvoi, je viens de me constituer…. », réagi Me El Hadji Amadou Sall.

Selon l’ancien ministre de la Justice sous Wade, la date du 7 décembre est trop proche pour avoir accès au dossier.

Ce que le Procureur ne veut pas entendre. «Monsieur, le Président, je pense que ce n’est pas un argument sérieux quand même. Le dossier a toujours été disponible pour les avocats. Un dossier de 2011, on attend aujourd’hui pour dire qu’on n’a jamais eu possession ou accès au dossier alors que le dossier est là disponible pour tous les avocats. Ce n’est pas un argument qui peut prévaloir», tonne-t-il.

«Monsieur, le président, sur le principe, je récuse le terme de «ce n’est pas sérieux». J’ai dit que je viens de me constituer et je n’ai pas eu accès au dossier. C’est mon droit. Je n’ai pas accès au dossier et j’ai le droit d’accès au dossier», se fâche Me Sall.

«Personne ne vous a empêché l’accès au dossier», répond le représentant du ministère public.

«Vous n’avez pas le droit vous adressant aux avocats de dire que ce n’est pas sérieux. Je ne l’admets pas et je le dis. Avec tout le respect que je vous dois, c’est nous manquer de respect», fulmine Me Sall

«Je ne vous manque pas de respect mais un dossier qui est là depuis 2011, on ne peut attendre aujourd’hui pour dire qu’on n’a pas accès», persiste le Procureur. «Parce que je n’étais pas là en 2011», renvoie Me Sall.

«Le dossier n’a jamais été inaccessible. Le dossier a toujours été disponible… », sert le Procureur.

«Lorsque le ministère public demandait le renvoi du dossier parce qu’il n’avait pas levé l’immunité parlementaire de Barthélémy Dias, aucun avocat n’avait traité le parquet de «pas sérieux» donc nous le dire ici devant toute cette assemblée, c’est manquer de respect à la profession des avocats», martèle la défense du député-maire.

Et d’enfoncer le clou: «A qui la faute si le dossier n’a pas été traité depuis 2011. Il s’agit d’un dossier très sérieux. Il y a beaucoup d’avocats qui se sont constitués dans cette affaire et n’ont pas eu accès au dossier parce que ce dossier n’a jamais été mis à la disposition des avocats. Ne nous imputez pas la faute. C’est un dossier sérieux qui demande une audience spéciale. Compte tenu de la complexité, de la sensibilité de cette affaire, nous sollicitons qu’il y ait un renvoi et nous sommes tous d’accord, avocats de la partie civile et de la défense, à une date pour pouvoir plaider».

Appelant à la sérénité, Me Aïssata Tall Sall rappelle «qu’on en est en phase de mise en état du dossier». «Vous-même en faisant l’appel des prévenus, constaté que certains ne sont même pas là. Vous avez-vous-même en faisant la mise en état de ce dossier, constatez que certains avocats viennent de se constituer. On ne peut pas raisonnablement leur imputer en se constituant ce matin, le fait qu’ils n’aient pas pu avoir accès au dossier. Ma demande de renvoi est motivée pour des raisons professionnelles que vous êtes libres d’accepter ou de refuser mais je vous le demande pour respecter les droits de la défense, que nous puissions tous être là et exercer librement notre défense et vous laisser vous le soin et souverainement de rendre justice», tempère Me Aïssata Tall Sall.

Comme solution, le juge propose aux avocats (de la partie civile et de la défense) de se concerter pour retenir une date. Le 18 janvier évoquée, ce sera finalement la date du 25 janvier (audience spéciale) qui sera retenue. 


Jeudi 1 Décembre 2016 - 12:23



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