Rumeur, contre-vérité : la junte thaïlandaise peine sur internet

En Thaïlande, dans la foulée de l’attentat meurtrier du 17 août 2015, la junte au pouvoir a été quelque peu débordée par les informations, rumeurs, messages et photos qui ont afflué sur les réseaux sociaux thaïlandais. Les généraux qui ont pris le contrôle du pays depuis mai 2014 ont essayé d’y mettre bon ordre, sans grand succès toutefois. Mais eux-mêmes ont quelque responsabilité dans le désordre qui a prévalu en ligne...



Comme toujours dans ce genre de circonstances, les utilisateurs d’internet en Thaïlande s’en sont donnés à cœur joie pour propager toutes sortes d’hypothèses, de rumeurs et d’informations sur les pages Facebook et les comptes Twitter. Parmi les hypothèses les plus originales, celle selon laquelle l’auteur de l’attentat de Boston, actuellement en prison aux États-Unis, aurait été utilisé par le gouvernement américain pour commettre l’attentat de Bangkok. Et cela en vue de punir la Thaïlande à cause de son rapprochement avec la Chine. D’autres théories, plus sérieuses, ont tourné autour d’un lien entre la cause des Oïghours dans le nord-ouest de la Chine et l’attentat. Quoiqu’il en soit, la junte a réagi en menaçant de punir tous ceux qui partageraient des commentaires ou des photos sur les réseaux sociaux et qui pourraient entraîner une certaine confusion ou affecter les relations entre la Thaïlande et des pays étrangers.

Le gouvernement militaire lui-même a propagé cette fausse information

Mais la junte thaïlandaise n’est pas exempte de tout reproche. Tout d’abord, la junte et la police ont favorisé la spéculation en donnant des informations contradictoires et confuses les dix premiers jours qui ont suivi l’attentat. Tout a été dit et son contraire. Pire encore, le porte-parole de la junte a fait une allocution télévisée samedi dernier en commentant l’arrestation d’un suspect et la fouille de son appartement. Pendant l’allocution, une photo d’une veste utilisée par des candidats aux attentats suicide était montrée sur l’écran. Des journalistes ont découvert que cette photo, loin d’avoir été prise dans l’appartement du suspect, venait d’un article posté il y a deux ans sur un blog américain concernant la sécurité. La junte s’est rendue compte de sa bévue, mais entretemps, la photo avait été largement partagée sur internet. La junte a alors interdit le partage de cette photo sous peine de poursuite. Une réaction assez comique car c’est le gouvernement militaire lui-même qui a propagé au départ cette fausse information.

« Sois forte Thaïlande »

La junte elle-même a-t-elle essayé d’utiliser les divers réseaux sur internet pour sa communication. Dès après l’attentat, elle a propagé sur internet des logos, des slogans et des dessins sous le thème de la Thaïlande blessée mais encore vaillante. Le principal logo est celui qui dit : « Stronger Together » ou « plus fort ensemble ». Des dessins ont montré assez clairement la volonté de la junte de récupérer politiquement les effets de l’attentat, comme par exemple un dessin montrant un soldat portant un civil blessé, en lui disant : «Sois forte Thaïlande ». Ces logos et ses dessins ont été très largement propagés par les Thaïlandais partisans de la junte, mais aussi par d’autres.


Rfi

Lundi 31 Août 2015 - 12:46



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