Sénégal-rude concurrence-mévente: le casse tête chinois des cordonniers

Le chiffre d’affaire des cordonniers dégringole de jour en jour. Cette chute est à la fois imputable à la concurrence des commerçants chinois et au manque de formation adéquate de certains jeunes cordonniers. Il s'y ajoute l'empressement des cordonniers en herbe à voler de leurs propres ailes. Une situation vivement dénoncée par les professionnels qui voient ainsi leur métier menacé.



Des cordonniers à l'oeuvre dans leur atelier
Des cordonniers à l'oeuvre dans leur atelier
Ca ne marche plus chez les cordonniers. Leurs commandes s’amenuisent de plus en plus. Ils ne savent pas où donner de la tête. Même les grands moments comme les fêtes pendant lesquelles ils enregistrent d’habitude un rush sont devenus des périodes de vaches maigres. C’est quasiment la descente aux enfers pour les pratiquants de ce métier. Ces travailleurs du cuir qui n’arrivent plus à joindre les deux bouts entretiennent pourtant pour la plupart deux familles, à Dakar et au niveau de leur village d’origine.

La Rue 11 X Blaise Diagne est le quartier général des cordonniers à Dakar. Les ateliers de cordonnerie se succèdent dans cette rue où on est assailli par l’odeur du cuir et de la colle. Ils font tous la même chose et exposent quasiment le même produit. Cependant, ces cordonniers rivalisent d’ingéniosité et de talents.

M. Gueye, la soixantaine dépassée est chef de l’atelier Touba Taif. Le visage ridé, les yeux interloqués, il tient du haut de ces 1,80. M. Gueye pratique ce métier depuis plusieurs décennies. «Contrairement à ce que nous avions l’habitude d’enregistrer, les commandes ont connu une baisse drastique ces derniers temps», a-t-il indiqué avec un petit pincement au cœur. Selon lui, les causes de cette baisse sont nombreuses. Et de poursuivre : «l’arrivée des chinois est l’une des principales causes. Depuis qu’ils sont au Sénégal, on a noté une récession dans nos affaires. Cela ne marche plus. Il est impossible de rivaliser avec parce qu’ils proposent des prix trop dérisoires. Et compte tenu de nos charges, notre investissement pour la fabrication des chaussures et notre peine, nous ne pouvons pas les suivre dans cette logique», a expliqué M. Gueye.

Face à cette rude concurrence et aux difficultés auxquelles le métier de cordonnerie est actuellement confronté, c’est la débandade. «Nombre de jeunes quittent pour aller travailler avec les commerçants chinois».

Cette attitude des jeunes révoltent le vieil artisan. Mais, il est plus irrité par les jeunes qui s’empressent à créer leur propre atelier alors qu’ils ne maitrisent pas bien le métier. C’est ainsi qu’il n’y est pas allé par le dos de la cuillère pour dénoncer les jeunes cordonniers qui, selon lui, obnubilés par l’argent ne consacrent plus le temps nécessaire à la formation. «Ce sont ces mêmes jeunes qui ont mis ces étals le long des ateliers. Ils vendent des chaussures et sacs à main de qualité moindre à des prix défiant toute concurrence».

M. Gueye s’en prend aux jeunes, et certains jeunes s’en prennent à leur tour aux chinois. Mamadou Diop ne peut contenir sa colère. Certainement animé par la fougue de la jeunesse, il fustige la «malhonnêteté» des chinois. Selon lui, «les chinois achètent un modèle chez eux pour le reproduire à des milliers d’exemplaires pour le revendre sur le marché sénégalais». Ce jeune cordonnier a du mal à tolérer la contre façon.

Interpellé sur la tendance des clients à se rabattre sur les articles chinois, Mamadou Diop a indiqué que les articles qu’ils confectionnent sont de qualité meilleure comparés à ceux des chinois dont la durée d’utilisation est très éphémère voire évènementielle.

Cette ruée vers les commerçants chinois reflète, par ailleurs, la détérioration du pouvoir d’achat des sénégalais. Malgré cette situation difficile que vivent les cordonniers, le chef de Touba Taif, animé d’une grande honnêteté, s’est réjoui de la baisse des matières premières telles que le caoutchouc plein, le simili cuir.

Ousmane Mbaye

Mardi 3 Février 2009 - 10:16




1.Posté par babacar ndione le 10/01/2010 18:43
je veut integre dans votre centre je suis en classe de 4eme

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