Somalie: deux journalistes arrêtés après une émission politique

Deux journalistes d'une célèbre chaîne de télévision privée somalienne ont été arrêtés vendredi et sont retenus depuis par les services de renseignements hors de tout cadre légal. Aucune explication officielle n'a été donnée sur leur incarcération. Mais ils ont été interpellés après une émission de débat dans laquelle étaient invités deux députés faisant partie d'un groupe de 93 parlementaires qui avaient cherché ces derniers mois à faire destituer le président du gouvernement fédéral, soutenu par la communauté internationale.



C'est au lendemain de la diffusion de leur émission hebdomadaire que les deuxjournalistes  ont été sommés de se présenter au siège des services de renseignements. A peine arrivés, le producteur Abdullahi Hersi et le célèbre présentateur Awil Dahir ont été placés en état d'arrestation. Dans le même temps, leurs studios de Mogadiscio étaient fermés sans explication par des soldats.

Universal TV, cette chaîne privée très regardée, venait de diffuser une émission plutôt houleuse : deux députés de l'opposition, soutenus par des appels de téléspectateurs, y tenaient des propos très critiques envers le président du gouvernement fédéral, Hassan Cheikh Mohamoud, et notamment sur sa coopération avec l'Ethiopie et le Kenya, dont des troupes combattent les islamistes shebab  sur le territoire somalien.

Depuis, du côté du gouvernement, c'est le silence. Le ministre de la Sécurité intérieure n'était pas joignable, pas plus que le procureur général. Pourtant, la durée légale de la garde à vue des journalistes a expiré lundi.

En revanche, le syndicat des journalistes et la direction d'Universal TV ont vigoureusement exigé leur libération. Tout comme, fait rare, le puissant représentant spécial de l'ONU en Somalie et l'ambassadrice du Royaume-Uni à Mogadiscio, qui ont promis d'intervenir.

 
 

« Nous sommes très inquiets »

Leur collègue Abdihafid Jama, producteur et présentateur d’Universal TV, dont le siège se trouve à Londres, revient sur les conditions de leur arrestation. « Vendredi dernier, ils ont été arrêtés après avoir diffusé une émission qui évoquait l'échec du gouvernement dans sa lutte contre la corruption, rapporte-t-il. Peu après leur arrestation, leur studio a été fermé et ils ont été incarcérés. Les services de sécurité interdisent à leurs collègues ou aux organisations de défense des droits de l'homme de leur rendre visite sur les lieux de leur détention. Nous n'avons donc pas d'informations précises sur leur situation au moment où nous parlons. »

Abdihafid Jama s’inquiète de leur sort. « Le système judiciaire en Somalie est presque inexistant, souligne-t-il. Ils n'ont aucun droit, aucun avocat, aucune base légale pour faire valoir leur cas. Pour être honnête, nous sommes très inquiets. »

Il espère que la pression de la communauté internationale notamment permettra la libération rapide de ses deux collègues. « Personnellement, j'ai parlé avec plusieurs organisations de la communauté internationale, dont les Nations unies, et en particulier avec le représentant spécial pour la Somalie, Nicholas Kay, ainsi qu'avec les Affaires étrangères ici à Londres et à l'ambassade du Royaume-Uni à Mogadiscio, affirme-t-il. Nous sommes confiants dans le fait que la pression commence à être exercée sur le gouvernement somalien, mais l'objectif ultime est la réouverture de nos studios et la libération sans condition de nos collègues. »

Source:Rfi.fr


Dior Niang "Stagiaire"

Mardi 6 Octobre 2015 - 09:06



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