Syrie: 2013, une année meurtrière

Les Syriens finissent cette année comme ils l’ont commencée : sous les bombes. Mais durant ces douze derniers mois le pays a également connu la famine, les épidémies et maintenant le froid. Sur les vingt-trois millions d’habitants que compte la Syrie, les Nations unies recensent près de dix millions de réfugiés ou de déplacés. L’événement le plus marquant de 2013 reste sans doute l’attaque aux armes chimiques perpétrée dans la banlieue de Damas. C’était le 21 août dernier.



Nuage de fumée résultant de l'explosion d'une bombe non loin d'Alep, le 21 décembre 2013. REUTERS/Ahmad Othman
Nuage de fumée résultant de l'explosion d'une bombe non loin d'Alep, le 21 décembre 2013. REUTERS/Ahmad Othman

Cette nuit-là la plupart des habitants des quartiers de la Ghouta orientale (Est de Damas), peinent à trouver le sommeil. Il est trois heures du matin et les raids aériens n’ont toujours pas cessé. Mais, contrairement aux bombardements classiques ce jour-là le danger qui guette les civils est imperceptible. Les premières lueurs de l’aube lèvent le voile sur une scène de chaos : des agents neurotoxiques ont été utilisés contre la population.
 

Sur des vidéos diffusées sur internet par des militants on voit des corps d’enfants et d’adultes gisant inanimés sur le sol. Ces images atroces montrent également des victimes suffoquant, se débattant, en convulsion sur leur lit. Après des heures d’agonie quelques-uns survivent mais pour la plupart c’est une fin tragique. Le bilan fait état de mille cinq cents victimes. Un véritable électrochoc pour la communauté internationale.


Laurent Van der Stockt a reçu le Visa d'or pour son travail sur la Syrie. Ici des combattants de l'ASL se protégeant des gaz toxiques des forces gouvernementales syriennes, dans le quartier de Jobar, à Damas, le 13 avril 2013. Laurent Van der Stockt/Reportages by Getty Images pour Le Monde
Laurent Van der Stockt a reçu le Visa d'or pour son travail sur la Syrie. Ici des combattants de l'ASL se protégeant des gaz toxiques des forces gouvernementales syriennes, dans le quartier de Jobar, à Damas, le 13 avril 2013. Laurent Van der Stockt/Reportages by Getty Images pour Le Monde

Dans la foulée, les présidents François Hollande, Barack Obama, les grands de ce monde décident de passer à l’action contre un coupable désigné : le régime de Damas. « Gazer une population, ce crime-là ne peut pas rester impuni », affirme le chef de l’Etat français. De son côté la Maison Blanche annonce une opération militaire. « Après une délibération sérieuse, j’ai décidé que les Etats-Unis devaient mener une action armée contre des cibles du régime syrien. Notre action sera limitée dans le temps et elle sera ciblée », déclare Barack Obama, devant les caméras du monde entier.
 

L’opération militaire en Syrie : un simple effet d’annonce
 

Après cette attaque aux armes chimiques les condamnations se suivent et se ressemblent. Toutefois, avant de s’engager dans ce qui pourrait ressembler au bourbier irakien, certaines puissances occidentales décident de consulter leur Parlement. Les députés britanniques votent à main levée contre l’envoi de troupes. Aucun avion de la Royal Air Force ne décollera en direction de la Syrie.

A Washington, le Congrès américain n’a pas le temps de se prononcer qu’une solution jaillit de l’autre côté de la planète. Par un tour de passe-passe diplomatique, la Russie parvient à désamorcer la crise et sauver son allié Bachar el-Assad. Le président Vladimir Poutine propose le démantèlement de l’arsenal chimique syrien et son placement sous contrôle de la communauté internationale. Un compromis est trouvé, un calendrier fixé : l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) doit démanteler l’ensemble de l’arsenal chimique syrien d’ici juin 2014.
 

Année 2013 : la désillusion de la rébellion syrienne
 

Affaiblis, malmenés par les forces du régime, les révolutionnaires se sentent trahis et abandonnés par les Occidentaux qui renoncent finalement à intervenir militairement en Syrie.


Combattant de l'Armée syrienne libre, le 21 décembre à Alep. REUTERS/Abdalrhman Ismail
Combattant de l'Armée syrienne libre, le 21 décembre à Alep. REUTERS/Abdalrhman Ismail

C’est la deuxième fois cette année que les grandes puissances leur font miroiter un espoir. La première fois c’était au mois de mai, avec la levée de l’embargo sur les armes, annoncée officiellement par la diplomate en chef de l’Union européenne. « La vente, la fourniture ou le transfert d’équipements militaires à l’opposition syrienne aura pour objectif la protection des civils », avait alors affirmé Catherine Ashton.
 

Les dirigeants de l’Armée Syrienne Libre (ASL), voyaient déjà leurs combattants victorieux sur le front.« Il est désormais certain qu’il va y avoir une reconfiguration. Nous allons enfin disposer des armes dont nous avons besoin », se réjouissait à l’époque Riad Al Assaad, général rebelle, contacté par RFI.
 

Mais la joie de cet ancien haut gradé de l’armée gouvernementale n’a pas tardé à s’effacer. Sur le terrain, l’équilibre des forces s’inverse quelques jours plus tard. Début juin, le régime remporte sa grande bataille de l’année. Il parvient à reprend la ville de Qousseir (centre-ouest). « A partir de là, le régime a entamé sa stratégie de reconquête des banlieues de Damas, de Homs et d’Alep », explique le chercheur spécialiste de la Syrie, Fabrice Balanche.
 

Les conséquences de cette défaite sont multiples pour l’opposition. Les nombreux revers ont divisé l’Armée syrienne libre qui se retrouve aujourd’hui concurrencée par des groupes radicaux. Seul espoir désormais pour la Syrie, la conférence de paix Genève 2 prévue en janvier 2014. Elle pourrait peut-être mettre fin à ce conflit qui a fait plus de cent mille victimes, en près de quatre années.

Source : Rfi.fr
 


Dépêche

Lundi 23 Décembre 2013 - 12:09



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