Turquie: un convoi «humanitaire» chargé d'armes passe en Syrie

En Turquie, une nouvelle affaire de saisie d’armes apparemment destinées à des groupes rebelles syriens embarrasse le gouvernement depuis quelques jours. Cette livraison, cachée dans un camion d’aide humanitaire, a été stoppée pour finalement obtenir la permission des autorités centrales de passer la frontière. Hier, la vice-secrétaire générale des Nations unies en charge des affaires humanitaires, Valérie Amos, a demandé à Ankara que tous les camions à destination de la Syrie passent un contrôle douanier en règle.



Le scénario est digne des meilleurs films d’espionnage, sauf que quand l’histoire est découverte en cours de route, comme dans ce cas précis, on n’en connaît pas la fin, donc les destinataires. Dès lors, l’épopée des agents secrets, tourne au scandale d’Etat, une nuit, sur une route de campagne. C’est le 1er janvier, sur renseignement, que la police puis la gendarmerie font stopper, non loin du poste frontière de Cilvegözü, un semi-remorque portant le sigle de l’association d’aide humanitaire IHH et prétendument chargé d’armes ou de munitions. Les officiers du renseignement qui escortent le véhicule s’opposent à sa fouille, et semble-t-il une vive dispute s’engage et ne prend fin qu'avec l’ordre du gouverneur de la province de laisser le camion poursuivre sa route, son contenu étant décrété « secret d’Etat ».

 
Le procureur anti-terroriste chargé de l’enquête a porté plainte contre les autorités locales qui l’ont empêché de mener son investigation à son terme. Le gouverneur du Hatay a répliqué en démettant de leurs fonctions tous les policiers qui lui avaient prêté main forte, et l’opposition social-démocrate a interpelé le ministre de l’Intérieur ; Efkan Ala a répondu : « chacun ses affaires, il y a des Turkmènes en Syrie, nous leur apportons de l’aide », sans préciser la nature de cette aide : militaire ou humanitaire. Le Président de la République Abdullah Gül abonde en son sens en déclarant ce samedi (sur le site de Cnn-Türk) :

« J'ai posé la question et on m'a répondu qu'il s'agissait d'aide humanitaire destinée aux Turkmènes; c'est comme cela qu'il faut le voir ». Quant au membre fondateur du Conseil des Turkmènes de Syrie (et vice-Premier ministre du gouvernement provisoire Syrien), Zeki Türkmen, il explique que « La Turquie nous a depuis toujours apporté une aide humanitaire. Quant à un soutien en armes et munitions pour les Brigades turkmènes, je ne sais pas si elle est avérée ou de quelle importance elle est. (…) Mais il est clair que les Turkmènes n'ont pas les capacités suffisantes pour se défendre. »
L’association IHH dit en tous cas ne pas avoir connaissance de ce camion au chargement bien étrange qui, depuis, est reparti vers sa secrète destination.

rfi.fr

Mardi 14 Janvier 2014 - 12:15



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