Un contingent Sénégalais dans le bourbier Yéménite: une absurdité inacceptable



Un contingent Sénégalais dans le bourbier Yéménite: une absurdité inacceptable
Dans cette partie du monde qu’est l’Orient en proie  à une instabilité séculaire en grande partie due au conflit israélo-arabe, conséquence de l’un des paradoxes de la division du monde arabe, le Yémen ne fait aujourd’hui que confirmer cette assertion avec le début de l’opération baptisée « Tempête décisive » dirigée par Ryad. Ce dernier a constitué autour de lui une coalition composée entre autres des Emirats Arabes Unis, du Qatar, du Koweït, de Bahreïn..., et a engagé des frappes aériennes contre les positions de la milice houthis. Des raids qui ont débuté dans la nuit du jeudi 26 mars 2015 suite aux appels répétitifs du Président Hadi destitué par la rébellion houthis.  Une énième intervention de l’Arabie Saoudite qui avait soutenu les royalistes au temps de la guerre civile. En fait, l’Arabie Saoudite frontalière du Yémen dans sa partie Sud-ouest, a toujours son mot à dire dans les affaires intérieures de ce pays pour certainement des préoccupations géostratégiques dans cet Orient aux champs pétrolifères choyés par les grandes puissances occidentales. Une autre situation qui justifie en partie son instabilité en ce que le pétrole occupe une place de choix dans l’économie mondiale. Donc, une région riche mais dont les retombées ne profitent pratiquement guère aux peuples qui y vivent. Dès lors on comprend le Printemps Arabe en 2011, une révolution sans précédent dans le monde arabe qui a pris au dépourvu et mis fin aux règnes de dictateurs comme Hosni Moubarak, Kadhafi et Ben Ali qui s’étaient éternisés au pouvoir avec la complicité de l’Occident.
 
 
Tout cela pour dire comment cette partie du monde en plus de sa richesse, constitue une véritable poudrière ; mieux, les antagonismes au sein du monde arabe où les dirigeants continuent de se regarder en chien de faïence. En effet, on se rappelle du pharaon, Nasser apologiste de renom du panarabisme jadis considéré comme le leader incontesté du monde arabe, qui n’était pas en odeur de sainteté avec beaucoup de ses pairs arabes. Par exemple, au moment où l’Arabie Saoudite soutenait les royalistes yéménites, l’Egypte en faisait autant pour les républicains Yéménites, même si aujourd’hui les relations entre le Caire et Ryad sont plus que bonnes. Et ce n’est pas pour rien que le royaume saoudien soutient financièrement le Caire. Par exemple, le contrat d’achat d’avions de combat de type « rafale » signé récemment entre les gouvernements français et du général Al Sissi pour des milliards d’Euros, est financé en partie par Ryad. D’autant plus que tout le monde sait que l’économie égyptienne qui continue toujours de subir les contrecoups du Printemps Arabe après la destitution du Président Mohamed Morsi proche des Frères Musulmans par Al Sissi, ne peut soutenir un tel contrat. Une commande qui permit au Président français, François Holland de bomber le torse après l’échec de Sarkozy de faire vendre le premier avion « rafale » de la firme Dassault à l’étranger, malgré les multiples annonces de son gouvernement de l’époque.           
           
 
 Par ailleurs, cette ancienne rivalité entre le pays des pharaons et le royaume d’Arabie Saoudite en cache d’autres d’ailleurs plus profondes et séculaires comme celle qui oppose Téhéran à Ryad. En effet, ce dernier de confession foncièrement Sunnite, a toujours vu le Chiisme iranien, l’autre branche de l’Islam d’un mauvais œil, c'est-à-dire en conquérant. Mieux, après la chute du régime bassiste en Irak qui permit l’arrivée des Chiites au pouvoir à Bagdad, le fidèle allié américain, pour ne pas le nommer l’Arabie Saoudite craignit que tout l’Orient ne bascule dans le Chiisme. Dès lors, on comprend la solitude de l’Iran face au dicta inqualifiable de l’Occident dans le dossier nucléaire. En fait, le soutien des pays arabes à l’Occident dans ce dossier ne fait aucun doute en ce qu’ils ont participé massivement aux sanctions contre Téhéran. Même si, force est de reconnaitre  dans ce dossier que l’Occident a tout faux, il reste que les arabes dans leur écrasante majorité semble préférer la domination occidentale qu’iranienne dans le golfe persique. Donc cette opération militaire d’envergure, baptisée « Tempête décisive », est une sorte de réponse à Téhéran soupçonné d’armer la rébellion houthis. Et dès l’entame des frappes, la réaction de Téhéran par l’entremise de son ministre des  affaires étrangères, Mohammad Javad Zarif, en pleines négociations sur le nucléaire par une sèche mise en garde en ces termes :

 
« l’Arabie Saoudite va créer plus de tensions dans la région ». Une sorte d’avertissement, même si l’Amérique apporte son soutien à l’intervention de Ryad contre les rebelles houthis, il reste qu’elle ne participe pas directement dans ce conflit où tout semble confus. En effet, d’une part les rebelles houthis soutenus par une partie de l’armée fidèle au Président déchu en faveur du Printemps Arabe, Ali Abdallah Al Saleh. Et d’autre part les partisans du Président Hadi renversé par la minorité houthis. Mais aussi, il y a d’autres forces comme Al Qaïda dans le golfe d’Aden qui a profité de la confusion née des bombardements de la coalition pour occuper des villes et villages. Enfin, il y a encore aussi la menace de l’Etat islamique dit Daech, qui semble depuis quelques mois de par ses exécutions et attentats sanguinaires ravir la vedette à Al Qaïda dans les annales ensanglantées du terrorisme international. Une organisation terroriste qui prône un Kalifa islamique dans les quatre coins du monde et qui très souvent intervient dans beaucoup de pays stables ou en conflits comme en Irak en Syrie et maintenant au Nigéria après le pacte d’allégeance de Boko Haram.
 
                                                                                                                                                                             Dès lors, dites-moi où est la place du Sénégal dans ce conflit lointain. En effet, de plus en plus la presse Sénégalaise agite une éventuelle participation des Jambars (Soldats Sénégalais) à hauteur de 2000 hommes. Mieux, l’interpellation du chef de l’Etat par des journalistes sur cette question lors de sa visite à Kaffrine à l’occasion d’un face-à-face avec la presse, laisse encore planer cette probabilité, tant le Président Macky Sall semble faire dans le dilatoire en brandissant des accords qui lient Dakar et Ryad. En fait, tout le monde sait que, après la visite du Président Sall auprès du nouveau roi d’Arabie Saoudite, Salman successeur d’Abdallah c’était le tour de son chef d’Etat major général des armées de se rendre à Ryad. Une visite du général Abdoulaye Sow que certains observateurs assimilent à une sorte de préparation du terrain pour l’envoi de troupes Sénégalaises dans le bourbier Yéménite. Une absurdité inacceptable et injustifiée si jamais le Président Macky Sall traverserait ce Rubicon, c'est-à-dire l’envoi de troupes au Yémen. En effet, si l’Arabie Saoudite était attaquée ou annexée, on aurait compris que le Sénégal habité en majorité par des musulmans, envoie des troupes pour soutenir ce pays. Mais comme on n’est pas confronté à une telle situation, il est hors de question qu’on envoie des Jambars à l’abattoir vu l’imbroglio au Yémen.

 
D’ailleurs, cette intervention Saoudienne dont la liste des victimes civiles s’allonge raid après raid, ne vaut pas la peine de sacrifier d’éventuelles vies Sénégalaises. Mieux, le Sénégal dont la flotte aérienne n’est pas bien fournie à la différence des pays engagés à côté de l’Arabie Saoudite, sera obligé de participer aux opérations terrestres. Ce qui serait un suicide, quand on sait que même Ryad qui dit mobiliser 150000 soldats dans sa « Tempête décisive » n’a pas encore engagé des combats au sol et se limite uniquement à des frappes aériennes. Tout cela pour dire que l’envoi de soldats Sénégalais ne se justifie guère. Et, comme Macky Sall fait dans le « Dioufisme » depuis son accession à la magistrature suprême, on le comprend. Mais, monsieur le Président de la République, les périodes ont changé et les hommes aussi. On est plus au début des années 1990 où le Président Diouf mettant en avant la fibre islamique des Sénégalais particulièrement des guides religieux, réussissait à engager les troupes Sénégalaises dans le golfe, une guerre créée par l’Occident pour des préoccupations géostratégiques. Une guerre qui avait coûté la vie de près d’une centaine de Jambars. Et ce souvenir atroce doit pousser les autorités actuelles en particulier le Président de la République Macky Sall à réfléchir profondément sur les conséquences de l’envoi de troupes Sénégalaises au Yémen. D’abord, la situation politico-économique du Sénégal ne milite pas à une telle décision. En effet, l’instabilité politique n’est plus à démontrer avec l’absence de dialogue entre pouvoir et opposition depuis son accession à la magistrature suprême.

 
On assiste au contraire à de chapelets d’invectives de part et d’autre qui se terminent souvent par des interdictions de manifestations et d’arrestations. Par exemple, au mois avril 2015 plus d’une dizaine d’opposants sont en prison. Et le bilan sur le plan économique est peu reluisant, malgré le tintamarre suscité autour du Plan Sénégal Emergent (PSE). Pis, la recrudescence du phénomène Barsa barsakh conséquence de cette morosité économique, n’est plus à démontrer avec plus de 1000 morts en espace d’une semaine au large des côtes italiennes et dont des Sénégalais, montre à suffisance que les urgences sont ailleurs. Sans compter les grèves dans le milieu éducatif et dans la santé qui n’ont que trop duré. Ensuite, tout le monde sait que l’armée Sénégalaise est confrontée depuis des décennies à un manque d’effectifs. En effet, ce n’est pas les hommes qui manquent, mais c’est les moyens qui font défaut. C’est la raison pour laquelle on a des effectifs limités et insuffisants. Mieux, le vieux conflit Casamançais continue de mobiliser une bonne partie de ces effectifs, surtout avec la recrudescence des hostilités notée ces temps-ci. Mais aussi les milliers de soldats Sénégalais à l’extérieur sous l’égide des Nations unies pour des missions de maintien d’ordre, ne militent pas en cela. Et à supposer que Macky Sall s’entête à faire participer le Sénégal dans la guerre au Yémen, on se demande comment il va procéder surtout quand on avance le chiffre astronomique de 2000 hommes. D’autant plus que le Sénégal n’arrive même pas à assurer sa sécurité intérieure du fait de la porosité de ses frontières, conséquence du manque d’effectifs et de l’absence de postes de police et de gendarmerie dans certaines zones reculées du pays, on est pressé de voir quel potion magique va-t-il utiliser.
 
 
Enfin, le pouvoir de Macky Sall mesure-t-il réellement le danger encouru pour la sécurité intérieure avec la menace de groupes armés terroristes comme l’Etat islamique présent en Afrique par l’entremise de Boko Haram, qui n’hésitera certainement pas à trouver un prétexte pour s’attaquer aux intérêts Sénégalais par des attentats même à l’intérieur de notre pays. D’ailleurs, ce triple attentat suicide perpétré à la frontière irakienne dans la nuit du dimanche 26 avril au lundi 27 par un commando de l’Etat de islamique qui dans un communiqué salut la bravoure de ses martyrs dont un Sénégalais connu sous le nom de guerre, Abdou Diafar Al Sénégali, doit réveiller le pouvoir de sa torpeur. Un communiqué qui ne fait que confirmer la présence de combattants Sénégalais en Syrie et en Irak que le pouvoir continue de refuser. Tout cela pour dire que le Président Macky ne doit pas s’aventurer à engager le Sénégal dans cette guerre qui est loin d’être la nôtre. Une guerre que l’ONU n’a pas cautionnée. Et même si c’était le cas, il ne devrait pas engager ses troupes pour des raisons susmentionnées.            
 
Ndianajuala                                                                                                                                                                                                                                         chargé des statistiques à CADA
 


Vendredi 8 Mai 2015 - 12:40



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