Vous avez dit l’honneur des transhumants !



Vous avez dit l’honneur des transhumants !

Aujourd’hui, je n’ai nulle envie de prendre l’instant de la réflexion avant de revêtir la toge du Procureur .Seul m’importe le désir de libérer la parole au risque de perdre pour une fois ma ré serve naturelle.


Mes amis me pardonneront  le ton utilisé. Il ne relève pas du modèle d’urbanité. Mais qu’ils comprennent que je n’ai pas l’intention d’épargner mon intransigeance à ceux que je nomme: transhumants.   


Je ferai couler des litres d’encre et de salive pour dénoncer le phénomène de la transhumance. Je sais par avance que les grandes passions ne nous animent que quand nous avons la volonté de la colère et le souci de la clarté. Sur la question de la transhumance, je préfère donc un vrai débat qui fait des va- gues à la tranquillité de la bonne conscience. 


Et puis quand l’essentiel est en jeu, il importe de faire des choix  tranchés et de réaffirmer ses princi-

pes. A ce moment-là, on devient audible.


Si je prends trop à mon aise, je n’ai pas pour autant à m’en excuser auprès de ceux que je critique. Car il n’y a pas de vertu sans combat.


Dois-je d’ailleurs juger en amateur ? Sûrement pas. Je me fais fort de dire que je n’entends pas chanter pour passer le temps. J’ai choisi le plaisir aristocratique de déplaire aux transhumants jusqu’à vomir mon zénith de dédain.

 

En effet, à peine l’alternance accomplie en mars 2000, tous les Sénégalais savent déjà à quoi s’en tenir sur les visées et calculs, les lâchetés et inconstances des transhumants

Comment justifier qu’ils se retrouvent au coude à coude avec ceux avec lesquels ils ne pouvaient hier encore partager les mêmes valeurs? Qu’ils soient subitement en concordance avec le mouvement du changement avec lequel ils n’étaient pas en résonance ?

 

Les revoilà ! Les revoici après 2012 ! Décidemment, pour une tentacule qu’on coupe, trois repoussent. Cette fois-ci, ce n’est plus dans le plus grand Stade de la Nation du nom d’un illustre et immortel sénégalais mais dans les lambris dorés d’un Grand Hôtel.


La mise en scène, l’écriture de l’opéra, la supervision de l’œuvre, le choix du lieu avec ses loges et balcons, bref, tout pour symboliser l’immensité des rêves des nouveaux venus.

Curieusement, les choses ne reviennent pas par une règle établie aux premiers de la classe, aux fidèles de tous les jours. Les absents, les prophètes de malheurs, les tacleurs, les empêcheurs de tourner en rond et les soldats de la 25ème heure veulent rafler la mise.


« Dans une Révolution, il y a de sortes deux gens :ceux qui la font et ceux qui en profitent. » disait Napoléon     

 

Et la musique occupe sa place, son espace dans cet endroit majestueux. Une musique au rythme effréné, noyée dans une richesse de sonorités et réglée dans l’ordonnancement d’une belle symphonie.       


Quitte à boire toute honte, les transhumants veulent venir à Canossa. Le maquignonnage politique peut maintenant commencer.


L’occasion est grandement offerte au peuple sénégalais de découvrir ou de redécouvrir les transhumants.

L’appel d’air enfle. Des bipèdes en boubous réversibles, à l’échine souple, aux pas légers se ruent à l’assaut des nouvelles prairies.


Pourtant « ces gens-là », on a pu les voir les uns et les autres à l’œuvre, plus souvent pour le pire que le meilleur, trompéter, violoner, flûter et chanter. Eux, naguère si arrogants n’éclai- rent plus la route.


Très vite, le Sénégal a conscience que la filiation du parti du Président et ces transhumants ne coule pas de source. Il ne s’agit pas du même message. Les Sénégalais veulent de la clarté dans cette confusion. Avant tout, le maître-mot était rupture ?


Il faut regarder l’Histoire non pas comme une nostalgie mais comme une source d’inspiration pour évoluer.


Sans vouloir donner de leçon aux responsables de cette formation politique, qu’il me soit simplement permis de leur rappeler qu’un parti qui a réussi l’exploit de conquérir le pouvoir seulement après trois ans d’existence se doit moralement d’être à la fois exigeant et novateur.   

 

Jusqu’où d’ailleurs ces transhumants iront-ils dans leur propre négation ? Ce monde-là n’a-t-il pas longtemps oublié l’estime de soi ?

 

Ces personnages ayant tous les goûts dans leur nature flattent du col tout ce qui bouge pour mieux faire passer la bride. Pour bien se fondre dans le moule en acceptant de perdre le privi- lège de la liberté et du défi. Pire, le sens de l’honneur au profit de l’alignement, du calcul et du consensus.


Incapables de faire preuve de patience, de détachement, de gagner leurs galons, d’exhiber  leurs mâchoires, leurs crocs, ils guettent les tendances. Sentant le vent comme une planche à voile, ils poussent les louanges, les discours panégyriques jusqu’à l’absurde.

 

Par leurs mollesses et leurs postures, leurs artifices et leurs ruses, les transhumants ont ouvert la voie au populisme, aux approches simplistes, à l’absence de civisme, de conviction républicaine, à l’abstention et à la fin de la bipolarisation politique.

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Ils ont réussi à banaliser la méritocratie, à casser le travail d’éducation et de sensibilisation de  la société civile, à bafouer la volonté populaire et à installer le Sénégal dans une campagne électorale permanente. Plus grave, ils donnent le sentiment à la jeunesse sénégalaise que l’effort et le mérite sont devenus inutiles.

 

Si les pouvoirs successifs s’amusent toujours à vouloir recycler les transhumants dans l’uni- que but de massifier leur parti, je parie bientôt pour la fin de la politique. Je crains alors que l’opinion ne se radicalise et que le pays n’emprunte les chemins de l’aventure.

 

Toutefois les transhumants doivent savoir que le Sénégal et le contribuable sénégalais ne peuvent pas dans un Etat sérieux, entretenir longtemps avec leurs maigres ressources publiques, des hommes et des femmes sans éthique de conviction ni de responsabilité.


Il est pathétique que la vie politique nationale puisse témoigner encore de ce traditionalisme électoraliste fondé sur de simples considérations matérialistes.

 

Chez « ces gens-là », la politique ne s’apparente pas à la créativité. C’est une carrière. Une rente. Comment continuer à avoir sa part du gâteau ?


Voilà leur obsession. L’intérêt général importe peu.

Ils ont fini par donner l’image que l’histoire de la politique, c’est comme l’histoire du cinéma. Il y a les dieux universels, les grands maîtres, les équipiers, les obscurs et de nombreuses étoiles filantes. 

 

Faut-il nécessairement les mépriser parfois sans avoir le sentiment et même avec une bonne conscience pour s’employer à les réduire à leur place? Le faire avec le discours familier des poètes qui est assez souvent d’une liberté sans borne ?

 

Je crois que le moment est venu pour que ces pratiques dégradantes soient définitivement bannies de la République. Le combat est là. A l’évidence, il doit être citoyen et collectif.

 

Je préfère de loin les vainqueurs en sport qui acceptent la compétition: la victoire comme la défaite et qui se font par eux-mêmes puisque ni héritiers, ni assistés.

 

Le Président Senghor partisan de valeurs morales telles que le muñ (patience), le jom (dignité) et le kersa (pudeur) qualifiait le jeu de théâtre de ces personnages qui changent de camp comme on change de chemise de «sénégaléjades .»

Il ne manquait pas de dire aussi que « le propre du zèbre est de porter des zébrures.»

 

Faut-il vraiment croire que la politique est devenue une balançoire aux mouvements gracieux où tout est permis? Où on passe allègrement d’une idéologie à une autre ? D’une prairie à une autre ?


« Tristes sont les Esprits qui rapetissent leur Mémoire, qui rapetissent leur Histoire » scandait le poète.

Lorsqu’on a le sens de l’opportunité, on l’a en permanence. Il n’en demeure pas moins qu’en politique, contrairement à Talleyrand, il n’y a pas que des circonstances. Il y a des principes.

 

Désormais le peuple entend signifier aux transhumants comme aux néo-transhumants qu’il y a une limite d’indécence à ne plus franchir. Alors, le seul honneur qui leur incombe est de ne plus polluer l’espace public avec des déclarations de ralliement insipides.


Ces paroles grandiloquentes, tonnantes et  alambiquées démontrant leurs grandes prétentions et leur petite ambition pour le Sénégal.

 

Les événements dramatiques liés à la récente campagne présidentielle nous invitent tous à la retenue. Ils imposent à chacun de nous une attitude irréprochable à l’égard des familles des victimes.

 

Toutefois, je serais juste si quelques uns parmi eux s’étaient alarmés, avaient eu le courage de dissoner un temps en relevant les dérives du chef.

 

Ils avaient fait leur choix : accéder à la consistance matérielle dans l’orchestre du Titanic en devenant non pas les premiers violons mais des espèces de hauts parleurs diffusant et ampli- fiant les pensées de leur bienfaiteur qui, il est vrai, a au moins eu le mérite de lutter pendant des décennies pour accéder au pouvoir.

 

La vertu du politique doit être une attitude de vie. Il est par conséquent de l’honneur et du devoir de tout politique de se mettre en accord avec ses idées.

 

Dans un scrutin uninominal, mes nomades politiques auront quelques scrupules à aller directement à la bataille. Tant il est vrai que leurs électeurs ne leur suivent plus, déroutés par leurs fidélités à géométrie variable, leur girouettisme pitoyable.

 

Beaucoup de leurs amis ont cependant refusé avec dignité de vendre leur âme, d'adopter une stratégie lullipitienne. Ils ont rompu de façon définitive et quand il le fallait avec leur parti parce que n’acceptant pas de raisonner en termes d’attente et de repliement aux seules fins de consolider des avantages acquis. Ils sont restés fidèles à leur idéal de vie et de pensée.

 

Je suis très heureux de savoir dans ce Sénégal que des élus portent des valeurs de conviction, de morale et d’éthique .Des hommes et des femmes qui ont le calme des vieilles troupes : celles qui savent que tôt ou tard le vent tourne.

 

 Au moment où le Sénégal vient de réaliser une alternance citoyenne, se renier pour échapper à tort ou à raison aux fourches caudines de la justice relèverait d’un stoïcisme absurde et stérile.

Certains transhumants craignent-ils que le changement n’apporte un peu de lumière ? Que le passé ne vienne submerger les bords du présent ?


Aujourd’hui, le Sénégal ne veut plus découvrir avec la même perplexité qu’en 2000, l’existence

d’un genre de contrat particulier : la transaction sur l’honneur.

 

Au-delà de la question de l’amélioration de sa vie quotidienne, le peuple sénégalais souhaite une moralisation de la vie publique et en premier la fin de la transhumance politique. Légitiment choqué par la sédimentation de l’inacceptable dans la République, il hausse son niveau d’exigence .Il n’entend plus comme moi voir les choses en amateur. Il veille et surveille ces transhumants.


Le nouveau type sénégalais veut de la politique autrement: idée contre idée, projet contre pro jet, programme contre programme, proposition contre proposition. Une politique plus pure, plus haute où la dignité serait érigée en impératif catégorique..

 

                                                


Mamadou DIALLO Avocat au Barreau de Paris Docteur en droit

Mercredi 2 Avril 2014 - 23:24



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