Voyage à bord de la voiture présidentielle



Voyage à bord de la voiture présidentielle
Excellence,

En vous promettant mon entier dévouement, je ne savais que vous me prendriez au mot et que vos services de renseignement seraient si efficaces pour me retrouver si rapidement, malgré le fait que je m’étais adressé à vous sous le sceau de l’anonymat. Il est vrai que mon frère qui réside en Allemagne m’a toujours mis en garde contre la nature policière des régimes africains, mais je le dévisageais toujours du coin de l’œil d’un air moqueur en me disant qu’il a lu trop d’histoires sur la Gestapo.

Toujours est-il que ma surprise fut grande, quand en ouvrant la porte de mon appartement, je suis tombé nez à nez -- c’est le cas de le dire -- sur un gendarme qui conduit ces « tombe-morts »* qui nous ont donné l’envie, dans notre prime jeunesse, d’embrasser ce corps de métier. Envie qui nous est passée depuis longtemps, car comme la plupart des fonctions qui conféraient à son homme une place sociale enviée, celle de gendarme a subi les contrecoups du renversement de l’élite dans notre société et a succombé au coup de boutoir de nos vaillants lutteurs.

Donc, Monsieur le gendarme avait par devers lui une invitation émanant de la Présidence de la République qui m’enjoignait de venir vous accueillir au retour de votre voyage fructueux de New York où vous avez émerveillé plus d’un par votre maîtrise de la langue française, et qui a donné le tournis aux interprètes pourtant très réputés de l’Organisation des Nations Unies.

Trois heures nous séparaient de l’atterrissage de la Pointe Sarène sur le tarmac de l’aéroport Léopold Sédar Senghor ou le lopin de terre qui en reste, après le festin foncier de vos anciens amis libéraux.

Mais connaissant la maestria du pilote, qui peut slalomer les yeux fermés entre les beaux immeubles qui ceinturent désormais l’aéroport et qui nous valent les récriminations constantes de l’Organisation Internationale de l’Aviation Civile (OACI), il devrait pouvoir se poser sans trop de difficultés.

D’ailleurs, sur la technique à faire pousser des immeubles comme des champignons, vous pouvez exporter l’expertise sénégalaise et vous n’aurez pas à rougir devant votre homologue chinois dont le pays fait ombrage à nos bonnes vieilles  sociétés françaises dans la réalisation d’infrastructures dans des délais records et à moindre coût.

Mais pour le moment, je suis loin des préoccupations de ces chefs d’entreprises françaises à qui la rumeur grossissante et persistante de Dakar prête un certain pouvoir sous votre magistère. Mon souci premier est de trouver des habits qui siéent à la circonstance, car ce n’est pas chaque jour que l’on a l’occasion de rencontrer le Président, et comme dans nos contrées, tout est dans l’apparence, il faut que je sois beau comme un sou neuf. Tâche des plus ardues : pour le costume, je ne suis pas encore de saison, car n’ayant pas encore les moyens de m’en faire un sur mesure, à l’image de notre novelle star du petit écran, DJ Boub’s, qui je vous l’annonce lors de votre absence, a mobilisé la République - un Ministre et un député qui a tenu un discours dithyrambique sur son ami Cheikh Yérim Seck  -  pour clôturer la saison 2 de son émission « un Café Avec ». Pour ma part, j’espère vous taper suffisamment à l’œil pour que vous m’invitiez à prendre un café avec vous au palais, il paraît que Mme Sall en sert de très onctueux. Pour les boubous traditionnels, jusqu’à ce jour j’ai toujours cru que c’était très ringard et faire preuve d’un opportunisme avilissant, comme je l’ai pensé en son temps du style Karim wade  avec sa horde de concrétistes devenus subitement aphones depuis votre élection, que de porter le modèle Macky.  Je suis resté à l’époque Sheihu Shagari**, mais par chance pour moi, ma femme qui ne pouvait plus supporter les quolibets de ses amies m’a offert récemment ces tissus agréables en période de chaleur, mais tout de même bas de gamme qu’on vend au marché HLM. Mais cela ne devrait pas vous incommoder outre mesure, vous le chantre de la « gouvernance sobre et vertueuse », même si votre mise est toujours superbe mais ce sont là les exigences du protocole, me diriez-vous.

Et comme en pareille circonstance, il est toujours recommandé de faire confiance à nos dames, la mienne a vite fait de me persuader, que vous êtes différend de votre prédécesseur car jusqu’à présent les bus ne sont pas encore peints aux couleurs de votre parti, et même s’il vous arrive de temps à autre de porter un bonnet, votre gouvernement ne dispose pas d’un Farba, pour nous imposer à longueur d’apparition succulente à la télé, le bonnet style pagne tissé de Wade, pour prouver son inféodation au maître.

Vaincu sans être convaincu, je me rendis à l’aéroport, l’esprit taraudé par la dimension coercitive de l’habillement au Sénégal et l’exigence de satisfaire ma belle à l’approche de la Tabaski. Mais j’étais un peu  rassuré par le fait qu’une entrevue avec un Président africain peut toujours réserver de bonnes surprises, car indépendamment de l’idéologie, ils ont une certaine libéralité avec les deniers publics.

Ayant souvent suivi à la télévision nationale le retour au pays d’un chef d’Etat, surtout du temps de Wade qui, à force de voyager, a même fait escale à l’aéroport Léopold Sédar Senghor, j’avais bien intériorisé le cérémonial et ma question principale était de savoir si je serai admis au salon présidentiel ou si je devrai me contenter de vous serrer la main au niveau du tarmac où vous me feriez l’insigne honneur de vous arrêter quelques secondes à mon niveau pour me dire : « j’ai aimé votre billet mais je n’ai pas du tout apprécié le passage sur le sac à main de ma femme ». Signe de familiarité qui vaut son pesant d’or dans la « République des Influences » où la plupart des marchés s’obtiennent selon le carnet d’adresse et qui fait que le code des marchés publics est devenu un boulet dont il faut se débarrasser à tout prix.

Mais déjouant tous mes pronostics, le chef de protocole, après que je lui ai présenté la lettre  d’invitation, me fit savoir que c’est une directive personnelle du chef de l’Etat qui a demandé à me faire entrer dans sa voiture pour effectuer le trajet aéroport-palais avec lui,  car l’histoire des puits sur la plage de Yoff l’a profondément bouleversé. J’aurai la primeur de lui annoncer qu’une partie des cinq cent mille emplois serait réglée sur cette plage car entre le nombre d’aspirants lutteurs et les puisatiers occasionnels, même si les Dakarois espèrent que pour ces derniers, ce sera des emplois précaires, on ne devrait pas être loin du compte.

Donc après la fouille d’usage, devenue nécessité depuis que nous sommes sur la ligne de mire des djihadistes du Mali, je fus prié de monter à bord du véhicule Présidentiel. Je ne sais pas trop si c’est la nouvelle ou celle que le chauffeur de wade avait amené avec lui, suite à la débandade de 2012. En effet, les effluves de thiouraye qui s’échappaient de l’intérieur cossu ont eu raison des dernières lueurs de lucidité qui me restaient, mais il est vrai qu’on nous avait avertis que c’est une Sénégalaise bon teint qui réside désormais au boulevard de la République.

Histoire d’engager la conversation avec vous, car on vous dit très proche de votre épouse, je demanderai le mélange pour ma femme car j’en ai assez d’être arnaqué avec les désodorisants « made in China » qui ne durent pas le temps d’une rose et dont on n’est pas toujours sûr de la non toxicité. Osons espérer que les services chargés de la question font leur travail correctement, car depuis tout jeune je suis étonné que des produits alimentaires comme la mangue soient « gazés » et proposés aux Sénégalais sans que personne ne s’en émeuve et nous renseigne sur l’impact que cela a sur notre santé.

Bref, il faut que je reprenne mes esprits très vite pour organiser mes idées car j’ai l’impression que face aux urgences de l’heure, le protocole a été bousculé. Et je ne voudrais pas connaître le sort de nos sentinelles et passeurs d’idées qui, depuis qu’ils ont goûté aux délices de leur nouvelle fonction, sont tétanisés par les vapeurs anesthésiantes et soporifiques du pouvoir.

Je pourrais bien commencer par une discussion philosophique sur l’idée de mouvement et vous dire par exemple qu’il est grand temps que l’on changeât Monsieur Bruno Diatta. Je n’ai rien contre lui car le personnage est très discret, mais depuis que je suis enfant, ce n’est que lui que je vois, et quelle que soit la complexité de la fonction, il ne devrait pas être le seul Sénégalais en mesure de l’assumer. Mais ne connaissant pas votre proximité avec lui, je m’abstiendrais de le faire, car la sagesse populaire nous apprend que celui qui se fait héberger par le singe devrait se garder de parler de laideur.

Justement, en venant à l’aéroport, j’ai vu un camion fou qui a percuté dans son élan deux rutilantes 4X4, les forces de l’ordre étaient en train de parer au plus pressé pour les dégager avant votre passage. Je n’ai jamais compris que l’on veuille vous cacher, vous Président, les réalités que vivent les populations : les rues sont balayées avant votre passage, les nids de poule remblayés, les lampadaires changés et allumés, les flaques d’eau asséchées, rien n’y échappe. Même les arbres qui n’en demandent pas autant reçoivent un coup de peinture. Ce sera l’occasion d’aborder les cas d’accidents mortels sur nos routes, conséquence de la vétusté du parc - avec cette loi irréfléchie de limitation de l’âge des véhicules importés pour nous dit-on éviter la pollution alors que des cercueils roulants continuent de circuler sur nos routes et que l’importation de pièces détachées est permise, que je sache c’est le moteur qui pollue et non la carcasse -, d’un contrôle technique défectueux, si ce n’est la corruption ou le puissant syndicat des transporteurs qui ont le dernier mot, de la non maîtrise du code la route, du manque de civisme et de l’indiscipline des conducteurs et même des piétons qui délaissent les passerelles pour traverser l’autoroute. Si vous ne bénéficiez pas du privilège extrême qu’on bloque la circulation le temps de votre passage, sûrement que votre cortège s’arrêterait à plusieurs reprises pour leur céder le passage car même sur la route, ils ont la priorité.

Ce sont les mêmes camions qui pillent le sable marin et qui accélèrent l’érosion côtière. Mais ils ne sont pas les seuls responsables, car l’occupation anarchique du domaine maritime en est aussi pour beaucoup. D’ailleurs, dès que nous sortirons de l’aéroport, je vous en administrerai la preuve. En effet, combien de touristes débarquant pour la première fois à Dakar sont surement revenus grâce au spectacle féérique qu’ils avaient sous leurs yeux dès qu’ils sortaient de l’aéroport ? La mer donnait l’impression de se déverser sur la route et c’était un spectacle unique. Mais depuis deux ans, des privilégiés ont entrepris d’édifier de grands immeubles qui obstruent complètement la vue pour leur plaisir et au détriment de millions de Sénégalais. Pou cause d’utilité publique, ces travaux devraient être stoppés, les immeubles détruits et les propriétaires dédommagés même si en son temps le m2 était échangé autour de 300 000 FCFA. D’ailleurs où en sont nos députés avec la loi sur la baisse du prix de l’immobilier ?

Jouxtant ces immeubles, vous verrez un hôtel qui s’étend et qui, contre toutes les lois, a érigé des bâtiments hideux empilés les uns sur les autres, dont les travaux un temps furent stoppés par l’ancien président. Mais à l’image de toutes les mesures prises dans ce pays, celle-ci fut sans suite et le plus naturellement du monde les travaux furent achevés. Et même des jeunes des villages traditionnels de Yoff et de Ngor, qui exploitaient des cabanons sur les lieux ont été déguerpis. Vous me direz, certainement que ces jeunes, pourront ainsi retourner à leur ancien métier : la pêche. Mais, Excellence, ça serait méconnaître la dure réalité de ces villages qui sont durement frappés par la pauvreté. Ces jeunes n’ont jamais connu la pêche, l’activité ne nourrissant plus son homme, la ressource étant surexploitée par les bateaux de pêche étrangers. Votre gouvernement avait pris la décision salutaire  d’arrêter les licences octroyées à ces navires, mais d’après les dernières informations, il paraîtrait que la pratique a repris sous d’autres formes. Des Sénégalais bon teints qui n’ont même pas de « looco »*** se font délivrer des licences qu’ils revendent à prix d’or. Pour tout dire, le loup est dans la bergerie ou pour faire plus vrai le requin est  dans l’aquarium. Quoiqu’il en soit, il faut donner un bon coup de pied dans la fourmilière.

Ce que par contre je puis vous assurer, c’est que de l’aéroport au Palais, on ne verra pas plus de quatre fois la mer, toute la corniche étant accaparée par des privilégiés. Quand on a l’occasion de voyager, on a le cœur meurtri car dans tous les autres pays, la réglementation sur le domaine maritime est respectée, et Dieu sait que nous avons une des plus belles corniches du monde. Et c’est là où je suis totalement d’accord avec Woré Gana Seck, qui dans l’émission « Questions Directes » de  la TFM du Lundi 23 septembre 2013 déclarait que les plus grands bâtisseurs sont d’abord des démolisseurs, c’est là la fameuse théorie de la déconstruction-construction appliquée à l’aménagement du territoire. Et elle misait beaucoup sur votre relative jeunesse pour oser les ruptures salvatrices pour notre nation. Et j’ajouterai que votre parcours (vous êtes un symbole de la mobilité sociale) devrait vous y inciter. Mais malheureusement comme elle, depuis votre arrivée, je constate un certain immobilisme et les molles tentatives lancées nous conduiront  plus  à des changements d’équilibre qu’à des changements de structure. Mais enfin, osez Monsieur le Président : car c’est plus à cette aune que vous serez réélu que sur des changements qualitatifs pour lesquels le temps et les moyens vous font cruellement défaut.

Sur les bas côtés, vous aurez l’occasion de voir quelques charretiers, preuve de la rurbanisation galopante de Dakar mais aussi des marchands ambulants qui devant l’intransigeance du maire à libérer les trottoirs du centre ville ont recolonisé d’autres espaces. C’est l’excroissance la plus visible de l’exode rurale, survivance tenace des périodes de sécheresse. Mais depuis la reprise des pluies, les différents gouvernements  peinent à développer des politiques agricole et d’aménagement du territoire aptes à susciter leur retour. Car comme disait mon frère : « Dakar à mes yeux de villageois qui exhalaient encore l’air de la campagne fut un véritable labyrinthe. Je fus impressionné par le flot incessant des voitures,  la marée humaine qui se côtoyait sans avoir l’air de se voir, le nombre impressionnant de belles villas, de lieux de jouissance et la pléthore de belles filles, toutes plus séduisantes les unes que les autres, et je me dis que Dakar is the place to be ».  Vous saurez, Mr. le Président, que celui là n’a aucune envie de retourner chez lui, après avoir foulé le sol dakarois.

Quand vous y ajoutez la privatisation des terres qui disloque les microentreprises familiales rurales et font des paysans des ouvriers agricoles, véritables métayers sur la terre de leurs ancêtres.

Parmi toujours les représentants de l’exode rural, vous verrez des gamins qui devraient être encore à l’école poussant à grande peine des brouettes chargées de ferraille. Ils sont l’emblème du système D. Hormis que ce phénomène est révélateur de la déperdition scolaire et de la profonde crise que traverse notre système éducatif, ces jeunes susciteraient l’admiration s’ils n’étaient déjà victimes de trafiquants véreux tapis dans l’ombre, qui les incitent à voler les bouches d’égout  aggravant l’ensablement du réseau vétuste d’assainissement, et du coup les inondations. Pourtant, tout le monde connaît le haut lieu où prospère ce trafic mais personne n’ose lever le plus petit doigt car ils sont protégés par des lobbys puissants auxquels il est risqué de s’attaquer.

Arrivés au centre-ville, comme dans une chorégraphie bien maîtrisée, nos regards se sont détournés pudiquement, ne pouvant supporter plus longtemps le drame silencieux qui se déroule sous nos yeux. D’aucuns l’ont qualifié de cancer du pays. Ces milliers d’enfants en haillons, qui chaque matin partent à l’assaut de la ville pour chercher leur pitance quotidienne. Les psycho-sociologues du pays y ont perdu leur latin : enfants de la rue ou talibé ? Le résultat est le même. Leur emploi du temps est dévolu à une seule activité, la mendicité. Il paraît que le business est si lucratif qu’il donne lieu à une véritable mafia qui attire même les ressortissants des pays limitrophes qui n’hésitent pas à envoyer leurs enfants à Dakar, les réduisant ainsi à une situation de quasi-esclaves. Après, le drame de la Médina**** et l’onde de choc qui s’en est suivie, les Sénégalais ont pensé un instant que l’Etat allait résoudre définitivement ce problème. Mais les larmes de crocodiles versées par nos politiciens professionnels étaient pour moi une sorte de mauvais présage. En fait, notre drame à nous Sénégalais, c’est que les élites qui doivent nous sortir de l’ornière, fonctionnent sur la base du postulat complètement erroné d’après lequel : le peuple souffre d’amnésie et que tout finit par s’oublier. Ces milliers d’enfants livrés à eux-mêmes, sans assistance, sans soins, sans formation, sans éducation, sans affection, ni amour, hypothèquent l’avenir de ce pays. Les criminologues perçoivent ce phénomène comme le prochain fléau pour la sécurité publique, les psychologues comme le lieu de toutes les perversions et les sociologues comme l’ancrage irréversible de notre pays dans l’anomie. Le chemin qui mène à la justice sociale est parsemé de promesses non tenues qui pourraient même remettre en cause notre existence en tant que nation.

Nous voici, aux portes du palais, et vous aurez constaté de vous-même que la population jadis bigarrée de Dakar est devenue monocolore. Nous avons même pu dépasser le village artisanal de Soumbédioune qui souffrait déjà de l’enclavement consécutif  à l’érection du tunnel de Karim et que la morosité ambiante du pays a fini de couler. C’est que les touristes se font rares et ils n’ont pas tort. L’environnement ne s’y prête pas et la destination est vendue trop chère. De plus, il y a tromperie sur la marchandise : les belles plages que vendent les tours opérateurs ont disparu, la ville est sale, l’insécurité galopante –Dakar étant la seule ville où c’est une prouesse pour un noctambule de rencontrer une patrouille de police-  les hôtels hyper-chers ne peuvent plus offrir de l’eau courante à leurs pensionnaires qui sont obligés d’expérimenter la fameuse douche sénégalaise au seau d’eau avec les exercices de contorsion que cela nécessite. Mon espiègle cousin resté au village me dira que c’est bien fait pour nous, citadins d’adoption, qui dès que nous avons tourné le dos au village, avons oublié que c’est ce calvaire que vivent des millions de ruraux depuis les indépendances. L’Etat, ayant poussé le cynisme jusqu’à priver d’eau potable des villages qui ceinturent le lac de Guiers ou jalonnent la conduite menant le liquide précieux à Dakar sur des centaines de kilomètres.

Abandonné à mes divagations de veilleur social, je me rends finalement compte que les crampes que je ressens à l’estomac sont dues à la faim car je n’ai pas eu le temps de me restaurer chez moi. Mais je me dis intérieurement que ce n’est que partie remise, car je pourrais faire honneur au plat de la première dame. En espérant que ce soit un ceebu diën au cof*****, espèce noble qui a disparu de nos assiettes depuis belle lurette. Me remémorant vaguement qu’elle avait des origines saint-louisiennes,  je me disais que cela allait être un régal et ma salive commençait à dégouliner, rien qu’au fait d’y penser.

C’est à ce moment que je perçus comme un roulement de tonnerre, ce bruit que vous connaissez si bien, vous et votre ministre de l’Assainissement, et qui vous traumatise tant, car annonciateur de pluies diluviennes. En fait, il s’agit plutôt de ma femme qui depuis quelques temps, sachant que j’ai le sommeil profond, a trouvé un moyen ingénieux de me réveiller : tambouriner sur une bouteille vide de Kirène (de dix litres, s’il vous plaît Monsieur le Président).

Je sursaute du lit, la maudissant intérieurement de m’avoir privé d’un repas si délicieux. D’un regard espiègle, dont elle seule a le secret, et d’une voix moqueuse, elle me fit savoir que c’était l’heure de la corvée d’eau, parité oblige.
Obligation à laquelle je m’empresse de me soumettre, en me disant que ce que femme veut, Dieu le veut, mais pas forcément les autorités de la SDE.
Veuillez continuer à croire, Excellence, à mes sentiments déférents et à mon entier dévouement.
 
 
                                                                             Un citoyen assoiffé de justice.
* «  tombe-mort » : Grosse moto qui accompagne les cortèges des autorités.
** Sheihou Shagari : Ancien président nigérien de 1979 à 1983 qui portait des  tuniques adorées par les sénégalais.
*** « looco » petite pirogue artisanale
**** incendie d’une rare violence qui a eu lieu dans le quartier de la médina (nuit du dimanche 03 mars au lundi 04 mars 2013) et qui a coûté la vie à neuf enfants dont 08 talibé
***** ceebu diën au cof : riz au capitaine.



Lundi 7 Octobre 2013 - 17:07



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