Zimbabwé: la nouvelle monnaie accueillie avec défiance

Lundi, la banque centrale du Zimbabwe a émis l'équivalent de 10 millions de dollars en coupures et pièces de 2 et 5 dollars, censés valoir leur équivalent en dollar américain. Dans les rues de Hararé, les billets et les pièces en question circulaient sous le regard des policiers déployés ça et là pour l'occasion. La population semble l'accueillir avec réserve.



« Personnellement, je ne pense pas que cela va marcher, ni que cela va durer », raconte John, un chauffeur de taxi à Harare, la capitale. « Les gens ne croient pas que cela vaut les dollars. Mais bon, ils les utilisent car ils n'ont pas le choix. Il y a beaucoup de blagues qui circulent sur les réseaux sociaux. On dit aux gens de dessiner sur un morceau de papier quelconque et de dire que c'est un dollar », sourit-il.

Ces dernières semaines, de grandes manifestations de protestation ont eu lieu dans le pays. Avant la mise en place de la mesure, les habitants attendaient de longues heures devant les banques pour retirer leurs avoirs en dollars américains, de peur de les voir réduits à néant. Le spectre de 2007-2008 où la monnaie locale avaient totalement perdu de sa valeur est encore dans tout les esprits.

« Lorsque les gens perdent confiance en leur monnaie, ils utilisent mécaniquement des devises étrangères. Vous ne pouvez pas mettre un policier derrière chaque Zimbabwéen », s'exclame Bendai Bieti, avocat constitutionnaliste et ancien ministre des Finances. Ce farouche opposant à la mesure ne voit pas comment ces bond-notes pourraient survivre avec des réserves ne dépassant pas les 200 millions de dollars. « Cela couvre deux semaines d'importation. Est-ce qu'ont peut se permettre d'introduire une monnaie sans réserves ? Nos importateurs de carburant utilisent les devises étrangères. Si vous leur donnez des billets qui reposent sur des réserves insuffisantes, vous les contraignez à fermer boutique. Conséquence : il y aura pénurie de biens, comme en 2008 », pronostique l'ancien ministre.

Les autorités assurent que le nombre des nouvelles coupures sera limité pour ne pas inonder le marché. Mais les économistes rappellent qu'aucun mécanisme ne garantit que le gouvernement ne les fera pas réimprimer à volonté. Si la solution peut répondre à la crise des liquidités dans un premier temps, elle ne règle pas LE problème du Zimbabwe : le dramatique déficit de sa balance commerciale. Il y a beaucoup plus de dollars qui sortent du pays, qu'il n'en rentre.


Rfi.fr

Jeudi 1 Décembre 2016 - 06:43



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