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Candidature de Macky Sall : la mère des erreurs (Par Babacar Justin Ndiaye)



Candidature de Macky Sall : la mère des erreurs (Par Babacar Justin Ndiaye)
À quelques jours de sa confrontation militaire et…fatale avec les États-Unis, Saddam Hussein annonçait, avec une emphase martiale, « la mère des batailles ». En empruntant la moitié de la formule, on peut dire et argumenter que la candidature du Président Macky Sall est et demeure la mère des erreurs.
 
Une certaine pudeur patriotique et une réelle relation fraternelle (Macky Sall et moi sommes de la même contrée natale de Foundiougne-Fatick) m’ont installé et cadenassé dans un mutisme total, jusqu’au retrait de sa candidature. Un abandon de la course qui a desserré l’étau de la retenue.  
 
Dès l’annonce officielle de son ambition, ma sidération, ma désapprobation et mon pessimisme furent immenses. Et j’eus l’occasion et le loisir de m’en ouvrir à quelques amis étrangers et à un très loyal collaborateur de Macky Sall.  
 
Mon opposition farouche à la candidature de Macky Sall ne repose ni sur des considérations crypto-personnelles (subjectives) ni sur des arguments politiciens.  
 
Ma vive désapprobation se hisse à la hauteur du prestige du Sénégal et s’ajuste à l’étendue du rayonnement de la patrie des Présidents, Léopold Sédar Senghor, Abdou Diouf et Abdoulaye Wade. Trois illustres et respectés prédécesseurs du Président Macky Sall.
 
En réalité, cette fonction de Secrétaire général des Nations-Unies est subalterne, c’est-à-dire très inférieure au rang déjà fort élevé de Macky Sall.
 
À mon avis, un ancien chef d’État – ex-Président démocratiquement élu d’un pays souverain – a plus de mérite et d’autorité intrinsèques qu’un Secrétaire général de l’ONU, super-fonctionnaire obéissant aux desiderata de cinq autres nations (les membres permanents du Conseil de sécurité) souveraines… comme la sienne.
 
Les peuples ne sont pas d’égal niveau de développement mais ils sont d’égales dignité et de fierté. Sékou Touré disait : « L’Afrique est sous-équipée mais elle n’est pas sous-développée ».
 
Une façon exaltée de revendiquer un honneur qu’on ne doit pas troquer contre un sous-honneur, c’est-à-dire une fonction au cœur des projecteurs mais octroyée à l’issue d’une série d’arrangements, de micmacs et de deals entre grandes Puissances non africaines.
 
Depuis sa création à San Francisco (1944-45) aucun ancien Président d’Europe, d’Asie et d’Afrique n’a aspiré à « administrer » l’ONU. Car, il s’agit bien d’administrer et non de commander ou de gouverner l’Organisation des Nations-Unies, placée sous le contrôle étroit des détenteurs de veto. Élu, Macky Sall aurait travaillé sous la dictée, par ambassadeurs interposés, de ceux qui, hier, étaient encore ses collègues.
 
Du Norvégien Trygve Lie au Portugais Antonio Guterres, en passant le Suédois Dag Hammarskjöld, le Birman U Thant et le Péruvien Perez de Cuellar etc. aucun d’entre eux ne fut chef d’État. Kurt Waldheim a été élu Président fédéral d’Autriche après la fin de ses fonctions onusiennes. Guterres fut jadis le Premier Ministre socialiste du Portugal.
 
Après l’effacement de Macky Sall, il est judicieux de faire l’inventaire des erreurs qui ont pollué et périclité la candidature de l’ex-Président du Sénégal.
 
Au-devant des hérésies, figure le parrainage pernicieux du Burundi qui est un boulet handicapant que Macky Sall a péniblement trainé.
 
En effet, le Burundi campe durablement dans une posture conflictuelle dans l’espace des Grands Lacs, pour ne pas dire des Grands Chaos. Bujumbura est effectivement en belligérance militaire en RDC, en qualité d’allié – sur le théâtre des opérations –  du Président Félix Tshisekedi.
 
D’où la crispation et la radicalisation de Paul Kagamé. D’après de bonnes sources, c’est Kigali qui a habilement empêché l’émergence d’un bloc compact de soutiens, au sein de l’Union Africaine (UA), à la candidature de Macky Sall.  
 
Toujours sous le ciel des Grands Lacs ou des Grands Chaos, un paramètre a été perdu de vue ou alors volontiers négligé par l’entourage de Macky Sall. Le paramètre que voici : Kagamé vole les minerais stratégiques de la RDC (il est l’agresseur et le pilleur), Trump les achète et finance leur transformation (il est le receleur) ;  et en même temps, il est  médiateur dans le prolongement de la médiation qatarie. C’est kafkaïen.
 
Au lieu de s’éloigner de cet imbroglio géopolitique très explosif, Macky Sall y entre par la mauvaise porte, celle de Bujumbura, et récolte des retours de flammes jusqu’au siège des Nations-Unies, contre sa candidature.
 
Au demeurant et à la lumière de la colère du Président Paul Kagamé – le Bismarck africain – l’élection de Macky Sall au Secrétariat général de l’ONU aurait compliqué la mission de la MONUSCO et davantage esquinté la RD Congo.
 
En tout état de cause, le Président Donald Trump a caractérisé, bien avant la candidature de Macky Sall, les États africains sous le vocable de « pays de merde ». Voilà un élément de taille qui rendait inexistantes les chances  de tout candidat issu du continent noir.  
 
Dommage qu’un Président deux fois élu au suffrage universel (l’onction des peuples est supérieure au quitus toxique des fameux membres permanents) soit devancé et bousculé vers la sortie par d’obscurs anciens ministres ou fonctionnaires latinos et caribéens.
 
Ce que je redoutais et ne souhaitais point, est finalement arrivé. On est fâcheusement en face d’une humiliation qui enveloppe le Sénégal et l’Afrique.    

Babacar Justin Ndiaye

Lundi 19 Octobre 2026 - 11:06


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